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Infanticide: ces petits qu’on assassine
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Infanticide: ces petits qu’on assassine
Six ans après le meurtre d’Eléana Gentil, 11 ans, Jonathan Ramasawmy a été condamné à 50 ans de prison. Le 1er juin 2021, Alia Pierre, 14 mois, a été étranglée à Trou-d’eau-Douce. Et en 2020, la petite Farida, 10 ans et Muhammad Ayaan Ramdoo, 2 ans, ont été assassinés à Belle-Mare et Midlands respectivement. Ces crimes sont-ils en hausse ? Quelles sont les motivations derrière ces actes qui témoignent de victimes de plus en plus jeunes et d’une violence exacerbée ? Tour d’horizon en marge de la Journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants le 19 novembre et celle des droits des enfants le 20 novembre.
Sa douleur résonne encore. Les années ont beau passer mais elle ne s’estompe pas. «Ma vie sans Eléana est finie. Aujourd’hui, je ressens toujours une grosse douleur dans le cœur. Mon rêve s’est brisé. Je voulais juste que mes enfants vivent bien dans une petite maison. Aujourd’hui encore, je ne parviens à croire que ma fille a été assassinée», déclare Mirella Gentil, la maman d’Eléana, 11 ans, abusée sexuellement avant d’être sauvagement tuée en 2015.
Âgée de 36 ans, cette maman de trois enfants de 20 ans, 11 ans et 8 ans n’arrive pas à travailler, en proie à des dépressions. Elle essaie de survivre à ce meurtre sordide dont la sentence a été prononcée le 8 octobre, condamnant Jonathan Ramasawmy à 50 ans de prison. Ce dernier avait plaidé coupable pour ce crime qui a secoué Cité Anoska et le pays tout entier. «Je ne sais ce qu’il s’est passé dans la tête de ce jeune. Je n’aurais jamais cru qu’il puisse faire cela à ma fille. Nous l’estimions comme un membre de la famille. J’essaie de prendre courage pour ma famille. Sans la présence d’Eléana, rien n’est pareil. Mon seul souhait désormais est que l’État procure un logement sécuritaire pour mes enfants.»
Comme elle, beaucoup de familles sont toujours éprouvées par la perte de leurs petits, victimes d’infanticide. Plusieurs choquent encore aujourd’hui, à commencer par celui d’Alia, 14 mois, tuée le 1er juin 2021 par son beau-père. Ce dernier, un toxicomane de 29 ans, a avoué à la police avoir étranglé la petite car elle pleurait. L’an dernier, deux infanticides avaient défrayé la chronique.
L’atrocité s’amplifie
Ces crimes sont-ils à la hausse ? Se basant sur les chiffres, l’inspecteur Shiva Coothen, de la Police Press Office, indique que le taux n’est pas alarmant. En effet, un infanticide était répertorié en 2018, aucun en 2019, deux en 2020 et un en 2021. De son côté, un ancien Deputy Commissionner of Police (DCP) affirme qu’il y a une augmentation des cas d’infanticide à Maurice. Ce constat est renchéri par Ranjit Jokhoo, ancien inspecteur de police. «Dans beaucoup de cas, bon nombre d’enfants sont sans défense et souffrent en silence. Diverses atrocités sont commises à leur encontre. Cela passe inaperçu, faute de dénonciations des proches et des enseignants.»
Pour sa part, Laurent Baucheron de Boissoudy, psychologue clinicien qui travaille à OpenMind, une association travaillant avec des enfants et adultes en souffrance psychologique, affirme qu’on peut constater une hausse des crimes envers les enfants depuis quelques années. «Autrefois, même dans la rubrique des faits divers, ce type de drame était exceptionnel. Aujourd’hui les crimes perpétrés sur des enfants semblent malheureusement plus fréquents.»
D’après lui, ce phénomène très préoccupant a plusieurs explications. Le chômage et l’oisiveté, la consommation en très forte hausse de boissons alcoolisées et de drogues, notamment. «Je pense aussi à l’effet de l’hyper consommation qui rend psychologiquement envieux, égoïste, capricieux et développe l’incapacité à se limiter, à se retenir.»
Pour quels motifs les petits sont-ils ciblés par des criminels ? Shiva Coothen désigne une proximité entre le meurtrier et la victime. «Dans la plupart des cas, les assaillants agissent sous l’influence de la drogue ou de l’alcool. Des fois, comme dans le cas de Petite-Rivière en 2018, le mobile du meurtre est la vengeance.» Selon l’ancien haut gradé de la police, le contrôle des enfants échappe aux parents. Il déplore également la pression des pairs, surtout après les heures de classe. «Puisque les enfants sont plus vulnérables, ils sont des cibles plus faciles. D’ailleurs, comme ces petits sont plus crédules, ils sont manipulés et souvent utilisés comme mules pour la drogue. Ce type de stupéfiants prend de graves proportions à Maurice et est au cœur de ces meurtres d’enfants», ajoute-t-il.
D’après le psychologue clinicien, les adultes d’aujourd’hui appartiennent à la génération d’enfants qui, depuis les années 1980 et 1990, ont passé un temps exceptionnellement long devant la télévision sans que personne ne se préoccupe de l’impact psychologique que pouvait avoir sur le système nerveux central le visionnage de dessins animés et de films ultras violents. «Dans l’univers du cinéma, de la télévision et de certains jeux vidéo, les valeurs morales sont profondément bafouées avec surtout une absence de limites terrifiantes. Ces stimuli, multi- pliés des milliers de fois, ont contribué à dérégler l’équilibre psycho affectif et social des jeunes et des moins jeunes.» Et lorsque la frustration apparaît, certains individus sont alors incapables de l’accepter et de la gérer. Ils vont directement avoir recours au passage à l’acte violent et parfois meurtrier, ajoute-t-il.
D’autres motivations sont l’argent et la sexualité. «Parfois, les assassins perçoivent ces enfants comme étant encombrants. Le plus triste est la complicité des conjointes qui couvrent davantage le partenaire auteur du crime que leur bébé», mentionne l’ancien policier. D’autant que les infanticides les plus récents démontrent un rajeunissement des victimes, dont des nourrissons. Paradoxalement, l’atrocité de ces crimes s’amplifie, indique Ranjit Jokhoo. En effet, la violence commise s’aggrave. «Définitivement, il y a une hausse de l’intolérance et du degré de violence à l’égard des enfants. Et c’est inexplicable. Et ces cas se multiplient. Auparavant, on n’oserait même pas frapper un enfant. Avant quand quelqu’un était ivre, on pouvait le voir à son comportement mais avec la drogue synthétique, les toxicomanes basculent dans un état second sans s’en rendre compte.»
Par conséquent, la prévention de ces actes doit être privilégiée à tout prix. À cet effet, la vigilance doit être décuplée. Selon l’inspecteur Shiva Coothen, les parents ne doivent pas confier leurs enfants à n’importe qui. Et si toute trace de violence corporelle est décelée, par exemple durant le bain par le parent ou par l’enseignant en classe, il faut être interpellé et le dénoncer.
Quand la mémoire perd la tête
Décidément, la violence n’a pas de limites. Outre les enfants victimes, même les statues y passent. En effet, celle érigée en mémoire des enfants victimes de violence au Jardin de la Compagnie à Port-Louis est en piteux état. Représentant un enfant, voilà que celui-ci a été décapité, sans doute par des vandales. Un symbole anti-violence qui se retrouve lui-même agressé.

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