Publicité

En tournage: Voyage au bout d’une nuit «habitée» avec David Constantin

28 juillet 2021, 17:26

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

En tournage: Voyage au bout d’une nuit «habitée» avec David Constantin

Tourner à gauche dans un champ de cannes à Crève-Cœur. Se retrouver au camp de base au pied d’une imposante cheminée. Avant de se rapprocher de la montagne, dans une clairière éclairée comme en plein jour. Ce n’est que le clap de début du tournage du deuxième long-métrage du réalisateur. Incursion sur le plateau d’un «road-trip» nocturne.

David Constantin, réalisateur : un «road-trip» peuplé d’ombres

Un road-trip de nuit à travers Maurice. Voyage que nous propose le réalisateur David Constantin. Il tourne actuellement son second long métrage, Regarder les étoiles. À la tombée de la nuit, c’est dans un champ de cannes à CrèveCœur, éclairé comme en plein jour, que nous avons assisté au tournage d’une séquence. Ce que le réalisateur cherche à capter: une nuit «habitée», où défilent des ombres, des personnages comme sortis de nulle part. «Ce sont des gens que j’ai rencontrés, des situations que j’ai vécues. Elles paraissent parfois farfelues ou inquiétantes, mais il y a toujours une forme de bienveillance», explique David Constantin.

Crève-Coeur, village fétiche du réalisateur. «Depuis 20 ans, dans quasiment tous mes films, il y a un bout à Crève-Cœur.» D’où vient cette prédilection ? «Il y a une ambiance, une douceur hors du temps à Crève-Coeur. Nous y avons toujours été bien accueillis. C’est le centre de l’île, l’un des endroits d’où l’on ne voit pas la mer, où l’on est vraiment dans un écrin de verdure.»

Le principal personnage féminin est celui d’une ouvrière bangladaise.

Après Lonbraz kann (le premier long-métrage de David Constantin sorti en 2014), le réalisateur souhaite changer de génération. «Lonbraz kann parle de ceux qui partent à la retraite», avec la fermeture d’un moulin à sucre. Regarder les étoiles«s’intéresse à une nouvelle génération qui n’a pas le même rapport à la terre. Elle est toujours dans l’entre-deux. Entre la modernité et les traditions et leur part de mysticisme. Cette génération se veut moderne, elle représente quelque chose qui n’est plus l’île Maurice que l’on a connue. Mais malgré tout, les personnages sont encore très attachés à leur ancien monde».

Quel point de vue adopte le réalisateur face aux mutations ? David Constantin affirme qu’il a «le regard de quelqu’un qui aime Maurice», mais qui constate aussi la «désillusion des jeunes générations». Ce qui ne l’empêche pas d’avoir écrit un scénario qui «reste optimiste en montrant que l’on peut avoir la maîtrise de son destin en saisissant – ou pas – les opportunités». Autre point commun avec Lonbraz kann, explique le réalisateur, montrer «l’incapacité à exprimer ses émotions. Les non-dits sont porteurs d’une violence latente». Dans Regarder les étoiles, cela se traduit à travers la relation pèrefils des acteurs, Jérôme Boulle et Edeen Bhugeloo.

Dans le scénario, le personnage féminin est celui d’une ouvrière bangladaise. Ce qui permet au réalisateur d’aborder le thème de la migration. «Où que l’on soit, on veut partir, on rêve d’ailleurs.» Avec au centre de ce petit monde, un personnage invisible et inodore : l’argent. Le budget de Regarder les étoiles est de Rs 20 millions.

Jérôme Boulle: Le «Bolom» et sa quête

La tignasse grisonnante qu’arbore Jérôme Boulle sied bien à son personnage de Bolom dans Regarder les étoiles. «Bolom est un vieil ouvrier. Chacun des personnages est dans une quête. Bolom a fait les 400 coups, il a négligé sa femme», explique l’acteur. Le processus de rédemption du personnage le poussera même à déterrer les os de sa défunte épouse, mais… pas de spoiler. «Bolom n’est pas dans une quête matérialiste. À la mort de sa femme, il s’est senti abandonné.»

Séance de maquillage des mains pour Jérôme Boulle.

Jérôme Boulle n’en est pas à sa première expérience de cinéma. Les spectateurs ont eu l’occasion de le voir dans Lonbraz kann, Bénarès de Barlen Pyamootoo, Les enfants de Troumaron de Harrikrisna et Sharvan Anenden (2012). «En 2003, pour ma première participation à un film mauricien, tous les techniciens étaient des étrangers. Dix ans après, pour Lonbraz kann, seuls les chefs de poste étaient des étrangers. Cette fois, toute l’équipe est mauricienne.» Le journaliste et acteur souligne que «90 % de l’équipe a moins de 35 ans. Ce sont des jeunes qui sont formés, pa kouma dir pé bat baté».

Edeen Bhugeloo : vivre de son art

Il décrit son personnage de Ronaldo comme celui d’un «zanfan sité» qui a perdu sa mère à l’âge de 16 ans et qui a été élevé par un père absent et alcoolique. Parmi les modèles de Ronaldo : le personnage de Leonardo DiCaprio dans Le loup de Wall Street. «C’est l’image que Ronaldo veut donner de lui-même.» Edeen Bhugeloo poursuit la description : «Ronaldo a un unique costume trois-pièces. Il fait des combines et empoche l’argent avant de disparaître.» Son but: quitter Maurice pour le Canada.

Ses origines métissées font qu’il «se sent rejeté dans son propre pays», dit l’acteur de son personnage. Il va tout faire pour persuader son père (joué par Jérôme Boulle) de vendre son terrain pour financer son voyage. N’enfermez pas l’acteur dans le registre comique. Si Edeen Bhugeloo admet que le grand public l’a sans doute vu dans les épisodes de Crazy TV, sur les réseaux sociaux, lui revendique une expérience dramatique qui va bien au-delà.

En 2011, il est à l’affiche du thriller dramatique La rencontre, court-métrage de Jon Rabaud, projeté au Festival de Cannes en 2013. Le spectateur le verra d’ailleurs à la sortie de Blue Penny, le premier long-métrage de Jon Rabaud. Edeen Bhgeloo était aussi au générique de The Comeback de Sharvan Anenden. Sans oublier que son nom figure au générique de Serenity de Steven Knight, dans la série télévisée allemande Island doctor ou encore la comédie de Netflix Amor de madre. Depuis 2006-2007, il fait du théâtre, «toujours dans le drame». Plus récemment, il était sur les planches dans l’adaptation de Les justes de Gaston Valayden. Edeen Bhugeloo est de ceux qui s’accrochent pour vivre de leur art. Il a l’ambition de faire son film, «quand j’aurai 40 ans. Pour le moment, j’apprends comment ça marche».

 

 

 

 

 

Publicité