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Décroissance de la population: l’immigration peut-elle nous sauver ?

17 novembre 2020, 22:04

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Décroissance de la population: l’immigration peut-elle nous sauver ?

Avec une croissance négative de 0,04 % depuis l’indépendance, le vieilissemnt de la population et la baisse de la natalité gagnent du terrain. Le Family Planning and Demographic Yearbook 2019, qui sera publié dans une quinzaine de jours, en fait état. Résultat : ces facteurs favorisent un manque accru de main-d’œuvre. D’où l’ouverture à l’immigration comme planche de salut. Quelles autres stratégies pour inverser cette tendance ?

Si, en 2019, le nombre de Mauriciens âgés de 60 ans et plus était de 214 859, soit 17,6 % de la population, 21 ans plus tard, le chiffre sera alarmant. Jumoondar Sunkur, Chief Demographer au ministère de la Santé, estime qu’en 2040, cette tranche d’âge doublera pratiquement, passant à 321 000, soit 28 % des Mauriciens. «C’est alarmant dans la mesure où nous avons moins de main-d’œuvre. Ainsi, l’an dernier, le ratio était de quatre Mauriciens travaillant pour une personne du troisième âge. En 2040, cela chutera à deux personnes actives pour un aïeul, ce qui est vraiment préoccupant.»

Le Dr Bhavish Jugurnath, expert-comptable et économiste, va plus loin, estimant que d’ici 20 à 30 ans, un Mauricien sur deux devra travailler pour financer les prestations sociales des personnes âgées. Sur cette tangente, Maurice se retrouvera privé de ressources humaines à un certain moment. Une conséquence qui inquiète également Sanjay Matadeen, Senior Lecturer en économie et stratégie à Middlesex University. «On manquera de main-d’œuvre dans les secteurs clés de l’économie. Parallèlement, la population vieillissante est la question la plus urgente, qui nécessite une stratégie. Ce sera comme un fardeau pour les jeunes, qui devront travailler pour les plus âgés, notamment pour leur pension», confie-t-il.

D’après Vidya Charan, executive director de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), il aurait fallu, dès les années 60, contenir la population face au taux de croissance de 3 % et une économie essentiellement basée sur l’agriculture, qui devait soutenir des services de santé et d’éducation ainsi qu'un taux de chômage très élevé. Hélas, depuis 1999, cet indice a chuté. Une tendance qui se maintient jusqu’à l'heure. Un autre facteur influe sur la décroissance : l’exode des Mauriciens. «Certains reviennent au pays mais à un âge très avancé», explique-t-elle. Ce qui accentue le vieillissement de la population.

À cela, s’ajoutent de sérieuses conséquences : la baisse de la consommation et de la  productivité face à une plus faible population, ce qui nécessite des investissements massifs dans les services de santé. «Il y aura également une répercussion sur la production, la consommation, y compris l’importation et l’exportation. Les investisseurs auront une préférence pour les pays dotés d’une main-d’œuvre jeune, dynamique et moins chère», ajoute-t-elle.

«Il faut faire comme Singapour» 

Alors que le nombre de séniors augmente, la baisse du taux de natalité envenime paradoxalement la situation. Ainsi, Maurice n’arrive pas à atteindre le taux de remplacement voulu. Selon Jumoondar Sunkur, idéalement, 100 couples devraient avoir 210 enfants. Aujourd’hui, une centaine de parents n’en ont que 137. À ce stade, 50 % d’une population totale de 617 000 femmes, seules environ 308 000 de 15 à 49 ans, peuvent donner naissance. Hélas, d’ici 2040, la population féminine totale aura chuté à 575 000 et, seules 42 % d’entre elles,  environ 137 000 pourront enfanter. Une réduction drastique. «Depuis 2018, le ministère fait campagne pour encourager le mariage chez les jeunes et la procreation d’au moins deux enfants», ajoute notre interlocuteur. Il évoque des initiatives, comme le congé de maternité prolongé à 14 semaines au lieu de 12, entre autres. «À Maurice, avoir un enfant et l’élever coûte très cher. Beaucoup de couples ont seulement un enfant auquel ils donnent le meilleur en termes d’éducation et autres atouts. De plus, le coût de la vie est plus élevé», soutient Sanjay Matadeen.

Face à cette problématique, Maurice devra à un moment s’ouvrir à l’immigration, indique-t-il. «Il faut faire comme Singapour. Il y a beaucoup plus d’étrangers qui y travaillent que de natifs. De plus, dans les pays arabes dotés d’une population de cinq millions, trois millions viennent d’ailleurs et exercent des low-skilled jobs», mentionne-t-il. Cependant, il serait difficile de recruter des étrangers à Maurice pour ces types d’emplois, étant donné que ceux-ci sont largement répertoriés dans les bases de données du chômage. En revanche, cette formule fonctionnerait pour les high-skilled jobs puisqu’elle entraînerait la consommation, la production et la fiscalité. Sanjay Matadeen suggère un type de migration circulaire ou temporaire avec, par exemple, un permis de travail ou un permis technique de cinq ans.

En Europe, cette ouverture a commencé pour le lavage de voitures, entre autres petits boulots. «Sans main-d’œuvre, le coût du travail va hausser le ton drastiquement dans l’île. C’est déjà un casse-tête de trouver un maçon, un plombier ou un jardinier», précise-t-il. Pour Bhavish Jugurnath, plusieurs pays, dont le Canada et l’Australie, ont été confrontés à la même problématique. Pour diminuer le poids sur la santé, une politique d’assurance de santé a été introduite pour un service de soins payants. «À Maurice, le service est toujours gratuit. Dans le monde, tous les systèmes gouvernementaux ont compris que les mesures sociales pour les aïeux ne sont pas soutenables. Cela empire d’année en année.» Comme il n’y a pas de ressources pour renouveler l’économie, les États cherchent des migrants.

Bhavish Jugurnath appelle aussi à identifier les raisons qui entravent la natalité. «Problème financier ? Contexte social ? Stress ? Les parents travaillent jusqu’à tard. Il faut revoir les facilités pour les couples», affirme-t-il. Citant l’exemple de Singapour, il mentionne les meal benefits, une stratégie permettant aux familles de dîner au restaurant plutôt que d’avoir à cuisiner. Il faudrait voir quels types de mesures conviennent davantage à la situation mauricienne.

Pour la responsable de la MFPWA, les jeunes seront particulièrement confrontés à l’absence de renouvellement de la population. «Nous tirons la sonnette d’alarme pour un réajustement du taux de fertilité de 1,37 % à 2,1 % pour maintenir l’équilibre et la stabilité», affirme Vidya Charan. Jumoondar Sunkur approuve. Subséquemment, la sensibilisation à l’importance de fonder une famille, la création d’emploi et un contrôle rigoureux des fléaux sociaux chez  les jeunes sont cruciaux. «On donne beaucoup de facilités aux personnes âgées mais il faut l’étendre aux jeunes couples qui travaillent pour pouvoir renverser la tendance.»

 

 

Le vieillissement de la population progresse dans le monde 

<p>Selon Vidya Charan, en Europe, le taux de la population vieillissante sera d&rsquo;environ 25 %&nbsp;en Asie et de 12 % en Amérique Latine. En Amérique du Nord, ce chiffre atteindra les 22 % alors que&nbsp;l&rsquo;Afrique affichera les 5 %. Quant à notre île, elle se démarque déjà avec&nbsp;18 % des plus de&nbsp;60 ans. Selon les prévisions, ce taux progressera davantage dans les 20 prochaines années. Vidya Charan insiste&nbsp;donc sur l&rsquo;importance de revoir notre stratégie d&rsquo;immigration. <em>&laquo;Les pays tels que la Chine, le Japon, Singapour, la France, entre autres, ont dû revoir leur&nbsp;politique dans ce domaine&nbsp;pour faire face aux défis démographiques.&raquo;</em></p>

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