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Éducation: De jeunes illettrés racontent leur calvaire

29 avril 2019, 17:40

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Éducation: De jeunes illettrés racontent leur calvaire

Lire et écrire : bon nombre de jeunes ne maîtrisent pas ces bases de l’alphabétisation. Ce phénomène grandissant au sein de cette génération inquiète les travailleurs sociaux. Nathanaël, 17 ans, et Kaylai, 29 ans, illettrés depuis l’adolescence, ont décroché un certificat de l’association Auxiliaire jeudi.

«Mo rev zordi se ed bann dimoun pou zot kapav kon lir. Ledikasyon enn gran zafer sirtou pou bann zenes kouma mwa», lâche Nathanaël Fortuné, 17 ans. Il raconte que sa scolarité a viré au cauchemar. Il ne pouvait rien apprendre : «On vous met à l’écart. Je ne savais rien. Je ne pouvais rien apprendre. J’ai échoué à tous mes examens. Ça me rend triste car une école devrait être là pour nous aider.»  Pendant des années, son illettrisme le ronge. Au quotidien, c’est comme braver une tempête. Par exemple, pour acheter des provisions ou simplement prendre l’autobus,il doit se fier à la bonne foi du boutiquier ou de bons samaritains sur la route.

Pour trouver du travail, la tâche est encore plus ardue. «Quand on a des entretiens, ma mère m’accompagne. Parfois c’est elle qui parle. Moi je n’y arrive pas. Je suis bloqué. Je ne sais pas pourquoi. Je reste dans mon coin comme je ne sais ni lire ni écrire. Je n’ai jamais voulu être comme ça mais l’école nous ignore totalement», ajoute ce jeune, qui témoigne sous autorisation de sa mère.

Comme lui, Kaylai, 29 ans, était analphabète : «J’ai fait la sixième et même le pré-vocationnel mais en vain. Les professeurs vous rejettent. On vous place au fond de la classe. Vous n’êtes qu’un ignorant. Pour la société, vous êtes fini.» Ces «mauvais souvenirs» trottent toujours dans sa tête. À 13 ans même, elle ne savait pas compter et encore moins lire l’heure ou émettre sa signature. Elle maîtrisait juste l’inscription de son nom. «Quand des opportunités de travail se présentaient, je n’y allais pas. Je ne savais même pas comment remplir les formulaires. Je devais toujours chercher de l’aide. Et s’il n’y avait personne, j’abandonnais.»

«Plus honte»

Et quand il fallait identifier la destination d’un auto- bus, elle se faisait lyncher : «Les gens à qui je demandais de l’aide me disaient : tu n’es pas partie à l’école ? Tu n’as rien appris ? Je me sentais mal.» Ces sentiments ont fini par décupler sa volonté de renverser la situation. «Avec les nouvelles technologies, j’ai envie d’apprendre. Pour envoyer ou lire un message, c’était une grosse difficulté. C’est grâce à une connaissance, qui était dans la même situation avant, que j’ai découvert l’ONG Auxiliaire. J’ai attendu mon tour et maintenant, je me sens comme une personne instruite. Je peux parler et écrire en français comme en anglais.»

Ainsi, Kaylai inscrit quelques phrases en anglais sur du papier. «Désormais, je n’ai plus honte.» Idem pour Nathanaël, qui a retrouvé espoir : «Sa kour-la kinn tir mwa dan sa dife la. Mo ena enn gran fierté dan mo leker.» Si ces jeunes ont réussi à reprendre le chemin de l’école, tel n’est pas le cas pour bien d’autres. Anastasia Duval, la présidente de l’association Auxiliaire, constate d’ailleurs l’illettrisme de beaucoup de jeunes à Maurice : «On voit davantage de personnes âgées dans les cours d’alphabétisation. En fait, les jeunes ont honte. Ils sont intimidés. Pour eux, cette situation est comme un handicap.» Selon elle, ces derniers s’enfoncent davantage dans la drogue synthétique et des fléaux parallèles. «Il faut les encourager. Ils apprendront beaucoup de choses.»

De son côté, Edley Maurer, Manager de l’association Safire, qui encadre les enfants des rues, tire la sonnette d’alarme sur l’illettrisme des jeunes, surtout ceux âgés entre 11 et 15 ans: «Nous sommes reconnaissants pour les bonnes intentions comme le Nine-Year Schooling, le transport gratuit, etc. mais ces jeunes ne s’adaptent pas à ce système. C’est alarmant.» Il distingue deux catégories de jeunes touchés par l’illettrisme, soit ceux qui restent en scolarité sous la pression familiale mais ne s’y adaptent pas et ceux qui décrochent. D’ailleurs, selon le Digest of Education Statistics, le taux d’abandon scolaire (dropout) est à la hausse à l’adolescence, touchant 6,5 % des collégiens.

Échec scolaire

Selon Edley Maurer, 30 % de la population est en échec scolaire. «Il faudrait agir dès les grades 2 ou 3 et empêcher cette situation de perdurer. Il faut enquêter sur le problème de scolarité, de l’environnement et de la famille, etc. et non pas donner juste des Panadol.» Le remède est à plus grande échelle. En attendant, Kaylai et Nathanaël ont repris goût à la vie mais aussi aux chiffres et lettres. Employée en soins de beauté, la jeune femme ambitionne maintenant de passer son permis de conduire et d’obtenir son passeport. Quant à Nathanaël, il vient de décrocher un travail au sein d’une entreprise spécialisée en produits en aluminium. «J’ai pu m’en sortir. Je peux maintenant aspirer à un avenir et aider d’autres jeunes comme moi», conclut-il.

 

En chiffres

<p style="text-align: justify;">En 2013, 4,6 % des collégiens avaient laissé tomber leurs études, selon <em>Statistics Mauritius</em>. En 2015, ce taux est passé à 5,8 % puis à 6,5 % en 2017. Le phénomène touche davantage les garçons au cycle secondaire, et principalement à partir de Grade 11. Dans le pré-vocationnel, les filles sont plus nombreuses à décrocher. Le taux était de 13,5 % pour ces dernières années contre 8,8 % chez les garçons en 2017, avec un total de 10,5 %.</p>

<h3 style="text-align: justify;">Association auxiliaire : 121 illettrés complètent leur formation</h3>

<p style="text-align: justify;">&nbsp;Soutenue par la <em>National Corporate Social Responsibility</em> (CSR) Foundation à hauteur de Rs 975 000 depuis 2017, l&rsquo;association Auxiliaire a permis de former 121 personnes anal- phabètes. Les bénéficiaires ont reçu leur certificat de fin d&rsquo;études le jeudi 25 avril au collège Notre-Dame, à Curepipe. Ce projet cible à la fois des adultes et jeunes en échec scolaire. Depuis la première intervention en 2017-2018, 144 bénéficiaires ont été ciblés à Curepipe, Bramsthan, Grand-Port, Rose-Belle, Montagne-Longue, Bois-Pignolet, Pamplemousses et Brisée-Verdière.</p>

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