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«Nous subissons les effets d’une guerre de prix en Europe», affirme Devesh Dukhira
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«Nous subissons les effets d’une guerre de prix en Europe», affirme Devesh Dukhira
La baisse du cours du sucre sur le marché mondial inquiète usiniers et planteurs. Ils se plaignent qu’avec le prix actuel, ils arrivent difficilement à couvrir les coûts de production. Comment analyser une telle situation ?
Il est clair que nous subissons actuellement le cours du prix à l’échelle mondiale. Depuis le début de 2017, le prix du sucre blanc sur le marché londonien a baissé de 35 %, passant de USD 550 à l’époque à USD 360 aujourd’hui. Bien évidemment, quand nous vendons notre sucre sur le marché mondial, nous n’avons aucun contrôle sur le prix de vente ou sur les fluctuations des principales devises dans lesquelles le cours du sucre est fixé.
Une première estimation du prix de la tonne de sucre ex-Syndicat pour la présente récolte a été évaluée à Rs 13 500 la tonne en septembre dernier. Ce prix représente déjà une baisse de Rs 2 000 par rapport à la précédente saison et il n’est pas écarté que le prix continuera à chuter.
Faut-il s’attendre que le prix descende à son niveau le plus bas des dix dernières années, soit autour de Rs 12 600 la tonne en 2014/15 ?
À Rs 13 500 la tonne, les producteurs sont déjà en-dessous du seuil de profitabilité. La baisse continue des cours mondiaux et européens est déjà une source d’inquiétude pour tous les «stakeholders». Comme cité plus haut, nous subissons actuellement l’effet combiné de la baisse des prix du sucre écoulé tant sur le marché mondial que sur le marché européen, prix qui sont d’ailleurs de plus en plus alignés sur ceux du marché mondial – et de l’abolition des quotas sur le sucre de betterave en Europe.
Aussi, il ne faut pas occulter le fait que l’Europe produit actuellement du sucre en excédent alors que la compétition entre les producteurs européens est féroce. C’est à une véritable guerre de prix qu’on assiste en Europe et ailleurs. Avec pour résultat qu’il est devenu difficile pour Maurice, petit producteur, de trouver de meilleurs prix pour son sucre. La précarité de notre situation s’explique également par le fait que notre marché domestique, sur lequel on aurait pu compter, ne représente que 10 % de notre production.
Il y a aussi l’appréciation de la roupie vis-à-vis du dollar qui a davantage impacté le prix du sucre ?
Tout à fait. Car la fluctuation du taux de change reste un facteur des plus incertains actuellement, malgré nos efforts de gestion du Forex. Le dollar a chuté ces dernières semaines pour atteindre environ Rs 32,50 et cette perte de valeur est une des causes principales de la baisse continue du prix ex-Syndicat, ayant un impact direct sur nos revenus. La compétitivité de notre industrie, comme pour tout secteur tourné vers l’export, dépend de la valeur de la roupie. En fait, jusqu’à juin dernier le dollar valait plus de Rs 35,00, mais les mois suivants il est passé sous cette barre. Ces dernières semaines, il a encore dégringolé, accentuant la pression sur les producteurs locaux. Déjà à Rs 34 le dollar, le Syndicat des sucres faisait face à un manque à gagner de Rs 400 sur chaque tonne de sucre vendue sur le marché mondial.
«Relations privilégiées avec une soixantaine de clients européens»
Cette situation interpelle-t-elle le gouvernement ? Quelles sont les solutions à court et moyen terme ?
Évidemment, le gouvernement n’est pas insensible à cette situation. D’ailleurs, un comité technique, co-présidé par Raj Makoond, CEO sortant de Business Mauritiusn et Vishnu Gondeea, ex-secrétaire permanent au ministère de l’Agro-industrie, se penche sur cette problématique afin de venir avec des propositions concrètes et voir dans quelle me- sure les producteurs peuvent être compensés en raison de ces baisses de prix. Il ne faut pas oublier que la consomma- tion globale augmente d’au moins trois millions de tonnes chaque année, et il faut donc que le prix (re)devienne intéressant pour qu’on puisse produire ces trois millions de tonnes de sucre additionnelles.
Ce qui m’amène à insister sur le fait qu’il est grand temps d’exploiter les sous-produits de la canne comme la mélasse et la bagasse. C’est une démarche qui permettra aux planteurs de diversifier leurs sources de revenus. Mais le plus important est de se mettre partiellement à l’abri des fluctuations de prix au niveau du marché mondial.
Existe-t-il d’autres facteurs à considérer pour alléger la précarité actuelle de l’industrie sucrière avec la chute de prix ?
Il y a effectivement d’autres facteurs comme la nécessité de réduire les coûts de production en améliorant le niveau d’efficience dans cette industrie. Il existe des mesures à prendre par cette industrie pour doper l’efficience et favoriser une plus grande compétitivité.
Est-ce que le recrutement l’année dernière d’un International Marketing Executive s’inscrit dans les actions du Syndicat des sucres pour arracher les meilleurs «deals» pour notre sucre ?
Laurent Courteille, le ressortissant français qu’on a recruté en septembre 2017, a une longue expérience en marketing du sucre. Il est basé sur place, ce qui lui permet d’être en contact permanent avec les acheteurs, pouvant ainsi mieux négocier les prix en Europe et ailleurs. Cela afin que les producteurs locaux soient plus au fait des évolutions du marché en temps réel.
Peut-on déjà faire une évaluation de cette nouvelle stratégie de marketing ?
Notre directeur de marketing a pris son poste il y a à peine six mois. Je crois qu’il est prématuré de se livrer à un exercice d’évaluation et voir déjà les retombées de son travail en Europe et ailleurs. C’est un travail de longue haleine qui prendra le temps qu’il faudra avant de donner des résultats probants, comme c’est le cas d’ailleurs dans toute organi- sation qui vient de mettre en place une nouvelle stratégie de marketing. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que Laurent Courteille opère dans des paramètres définis par les producteurs.
Par ailleurs, je dois ajouter que depuis l’abolition du prix garanti pour le sucre en Europe, suivi du démantèlement des quotas et la libéralisation du marché en octobre 2017, il y a eu des efforts de marketing déployés en Europe pour positionner nos sucres spéciaux. Aujourd’hui, nous avons développé des relations privilégiées avec une soixantaine de clients européens qui achètent nos sucres spéciaux. Parallèlement, le Syndicat s’est engagé dans une diversification de notre marché pour la commercialisation de ces sucres avec une présence dans une cinquantaine de pays dans le monde. Huit ans plus tôt, nous n’étions que dans une trentaine de pays.
Nous ne comptons pas en rester là car nous explorons d’autres marchés pour identifier de nouvelles opportunités commerciales pour nos sucres.
En même temps, il faudra gérer l’impact financier de l’exportation de sucre sur le marché britannique suivant l’avènement du Brexit ?
Depuis cette annonce en juin 2016, le Syndicat suit de près l’impact du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. L’Angleterre représente actuellement 15 % de nos exportations et se positionne comme un marché important pour les sucres spéciaux à forte va- leur ajoutée. Si pour le moment le Brexit n’a pas eu d’impact sur les exportations sucrières car les prix sont libellés en euro, la crainte est qu’avec la dépréciation de la livre sterling, le pouvoir d’achat des Britanniques ne diminue, avec des conséquences négatives sur le long terme concernant la consommation de nos sucres spéciaux exportés sur ce marché.
Après 50 ans d’indépendance, il faudra se rendre à l’évidence que ce n’est plus le King Sugar qu’on a connu dans les années 70 et 80. Il a été dé-trôné par l’émergence d’autres piliers économiques. Sa contribution au PIB au fil des années est devenue insignifiante. Vous y croyez dans la pérennité de ce secteur ?
Pourquoi ne le devrais-je pas ? Cette industrie a joué son rôle dans le développement économique et social du pays. Elle a évolué avec son temps et a connu plusieurs phases de restructuration. Aujourd’hui, elle a une configuration qui lui permet de vivre et de subir la concurrence internationale dans les meilleures conditions. Certes, son poids économique n’est plus le même avec une contribution de 0,72 % au PIB et une main-d’œuvre en nette baisse à environ 13 800 personnes.
Certes, le secteur est confronté à des défis mais ces derniers sont surmontables. Il suffit que toutes les parties concernées soient solidaires et regardent dans la même direction. C’est ce que nous essayons de faire au niveau du Syndicat, pour redonner une nouvelle vie à une industrie qui a marqué l’histoire de ce pays.
Et 50 ans après … ?
La consommation globale est de 175 millions de tonnes par an. Avec une augmentation de 3 à 3,5 millions de tonnes chaque année, on ne peut pas dire qu’il n’y aurait pas d’avenir. Bien que l’industrie passe par un cap difficile, des perspectives ne manquent pas. À commencer par les sous-produits comme la biomasse employée pour produire de l’électricité et la mélasse utilisée pour la préparation d’alcool et d’éthanol.
Certes, il faudra développer des marchés niches. Outre l’Europe et les États-Unis, il faudra accroître le nombre de marchés, en particulier dans des pays en voie de développe- ment. N’oublions pas que la Chine et l’Inde ont adopté de nouvelles tendances en matière de consommation.
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