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16 jours d’activisme: reprendre sa vie en main à 18 ans

3 décembre 2017, 15:09

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16 jours d’activisme: reprendre sa vie en main à 18 ans

N’avoir qu’un seul parent sur cette terre mais qui refuse pourtant d’assumer votre responsabilité, tout en vous privant du droit d’être adopté par une autre famille, cela a longtemps été le dilemme de Pia. Jusqu’à ce qu’elle trouve refuge à l’abri Safe Haven de Gender Links (GL) au lendemain de ses 18 printemps, à la fin du mois d’août. Pia a joué de malchance depuis l’enfance puisque sa mère, traumatisée par un événement dans son passé, souffre de troubles mentaux sévères au point où elle doit être placée à l’hôpital Brown-Séquard.

Pia a été élevée par ses grands-parents et ses oncles. Son père, jardinier de son état, s’est mis en couple avec une voisine qui a une fille d’une précédente union. La situation de Pia s’est corsée lorsque son grand-père est décédé et que sa grand-mère l’a suivi dans la tombe 40 jours plus tard. Il lui est impossible de vivre avec ses oncles qui ont leur vie à mener. Elle doit alors aller habiter chez son père.

Que sa belle-mère fasse des préférences pour sa fille agace Pia. La jeune fille trouve injuste qu’elle soit obligée de se charger de tous les travaux domestiques, alors que la fille de sa belle-mère se paie du bon temps. Pia, qui n’a pas la langue dans la poche, l’exprime tout haut. Elle s’entend alors dire «ki mo lagel, ki mo pa kot mwa isi, ki li pou trap mo lamin ek met mwa déor so lakaz. Ki li pou grenn mo lédan si mo kontinié réponn. Li met tioula ar mo papa pou mo gagn baté».

Elle supporte tant bien que mal. La révolte vient lorsqu’elle n’est pas autorisée à se rendre aux fêtes scolaires. «Pa ti éna liberté ditou. Nek al lékol ek fer louvraz. Lerla mo’nn komans figué », reconnaît-elle. De quelques heures, ses fugues qui lui valent des «kriyé ek ménas met mwa déor» se prolongent de plusieurs jours chez des amies d’école. Si bien que son père la rapporte comme disparue auprès des autorités et la Child Development Unit entre en jeu.

Les parents d’une de ses amies d’école veulent l’adopter. Elle est partante, même si cela signifie se convertir à une autre religion. Son père refuse. Tout comme il refuse de la reprendre sous son toit. «Mo léker inn extra fermal. Zot dir zot pou met mwa dan shelter mé pandan enn mwa zot fer ferm mwa lopital mantal

Après quoi, son père saisit la cour et demande qu’elle soit placée au Rehabilitation Youth Centre (RYC). «Mo’nn kondané trwa zan», dit-elle en se remémorant sa première impression du lieu. «Fouf, ti difisil ! Mo’nn trouv mwa divan enn gro laport avek enn ta baro dan lafénet ek enn ta kadna. Mo ti ankor bet sa lépok- la.» Au RYC, précise-t-elle, elle découvre ce qu’est l’hypocrisie, la confiance trahie, la sincérité de l’amitié…

Mais ce frottement avec des filles ayant vécu d’autres réalités la change aussi. «La plipar tifi ti korek, mé éna dir zot pou bat mwa si zot gagn mwa. Mo’nn les pasé parski pa tou létan ki sat bwar dilé so. Mé a la long, zot inn fer mwa vinn mem stil ki zot. Monn bizin montré ki mo pli for ki zot, ki mo enn mari. Mo ti bizin fer sa pou sirviv ek pa les zot fer dominer ar mwa.» Elle ajoute qu’au RYC, elle a eu le temps de réfléchir sur son avenir. «Mo’nn pans pou prémié fwa kot mo pou alé, ki an tan normal mo ti pou dan Form V mé ki sirkonstans lavi inn boulvers tou. Monn mem dimann mwa si mo ti pou bizin trasé (NdlR : se prostituer) pou viv.» Elle décide de ne plus y penser jusqu’au jour de ses 18 ans, où elle est remise en liberté.

Et comme elle s’y attendait, son père n’est pas là. Michel Vieillesse, directeur de l’organisation non gouvernementale Kinouete, qui l’a suivie, lui trouve une place chez les Filles de Marie à Bonne-Terre. Et là, «mo’nn aprann latasman » et la vraie affection avec les religieuses. Elle apprend aussi à cuisiner, à jardiner et à s’occuper de personnes âgées. Après un mois, le directeur de Kinouete lui trouve une place à Safe Haven, l’abri ouvert par GL, en septembre, pour accueillir les filles de 18 ans qui n’ont nulle part où aller. Elle demande à visiter le lieu d’abord et à rencontrer Anushka Virahsawmy, la directrice. Satisfaite de ce qu’elle y a vu et de l’accueil qu’elle a reçu de la directrice de GL, Pia accepte d’y aménager, le 3 septembre dernier. Celle qui a toujours été entourée s’y sent un peu seule car elle est la première adhérente. Elle est bientôt rejointe par trois autres filles dont son amie qui était aussi au RYC. Pia apprend des tas de choses à Safe Haven, notamment à faire un petit business plan de confiture de pommes.

Vu que Pia déclare qu’elle veut suivre un cours en hôtellerie pour pouvoir travailler sur un paquebot de croisières, Anushka Virahsawmy lui a fait suivre un cours de français auprès de la Websun Academy, à Quatre-Bornes. Ainsi, du lundi au vendredi, elle s’y rend et apprend le français entre 10 et 15 heures. Elle a de longues discussions enrichissantes avec la directrice de GL et elle finit par voir plus clair en elle. «À Safe Haven, mo’nn réalizé ki mo but dan lavi sé vinn House Coordinator de Safe Haven. Mo anvi fer bann tifi ki pomé pran zot lavénir dan zot lamin, fer zot réaliz réalité lavi, fer zot gagn enn hygiène de vie ek gagn lédikasion akadémik ek informatik pou zot kapav dibout lor zot lipié. Dan Safe Haven, mo’nn réalizé pou prémié fwa ki mo éna enn valer. Mo anvi fer bann lézot tifi konpran sa zot osi

Safe Haven: réussir à prévenir les violences ultérieures

<p>Les enfances difficiles sont souvent un terrain fertile pour l&rsquo;acceptation de violences subséquentes et ça, Anushka Virahsawmy, la directrice de GL l&rsquo;a bien compris. D&rsquo;où l&rsquo;ouverture de l&rsquo;abri Safe Haven, qui recueille les jeunes filles de 18 ans ayant rencontré des difficultés familiales et qui n&rsquo;ont nulle part où aller. Opérationnel depuis septembre grâce aux fonds de la CSR Foundation et de particuliers qui contribuent mensuellement aussi bien financièrement qu&rsquo;en nature, Safe Haven accueille actuellement quatre jeunes filles, dont Pia. D&rsquo;ici fin décembre, elles seront rejointes par trois autres, dont une est déjà maman. Anushka Virahsawmy est satisfaite de la façon dont les choses se déroulent.<em> &laquo;Je suis convaincue qu&rsquo;il faut travailler avec les jeunes pour prévenir la violence car elles sont plus réceptives, ont une façon différente d&rsquo;envisager les choses et vivent différemment de nous, adultes. Grâce à notre encadrement, notre écoute, notre façon de leur parler et l&rsquo;affection que nous leur témoignons, nous voyons la différence. Elle sont envie de se réaliser, de saisir cette deuxième chance que nous leur offrons.&raquo; </em>La directrice de GL fait remarquer que Pia est un exemple. <em>&laquo;Elle est notre ambassadrice. Elle s&rsquo;en sort très bien, s&rsquo;occupe des courses, établit le roster pour les filles et aide la coordonnatrice de la maison. Si bien que je l&rsquo;ai responsabilisée en la nommant assistante de la coordonnatrice. Elle fait parfois des bêtises, mais elle se reprend aussitôt. C&rsquo;est prometteur.&raquo;</em> Anushka Virahsawmy ajoute qu&rsquo;elle redouble d&rsquo;efforts et d&rsquo;attention avec les cas les plus difficiles. <em>&laquo;Nous faisons plus de suivis avec les filles qui ont des difficultés plus lourdes à gérer et ensemble, nous essayons de trouver des solutions.&raquo;</em></p>

<p>Si elle est très reconnaissante envers toutes les institutions et les particuliers qui soutiennent Safe Haven &ndash; le dernier en date étant un White Ribbon Charity Dinner organisé le 23 novembre par le haut-commissariat australien en collaboration avec le Suffren, les chefs de coeur et &laquo;Monticket.mu&raquo;; qui a rapporté Rs 400 000 &ndash; elle ne trouve pas normal que le ministère de la Sécurité sociale n&rsquo;inscrive pas ces filles sur le Registre social pour qu&rsquo;elles bénéficient d&rsquo;une allocation et que le ministère de l&rsquo;Égalité du genre ne fasse pas des démarches pour qu&rsquo;elles aient une maison même si elles sont seules. <em>&laquo;C&rsquo;est justement parce que ces jeunes filles sont sans ressources et sans famille qu&rsquo;elles doivent être inscrites sur le Registre social et être éligibles à un logement pour qu&rsquo;elles puissent prendre un nouveau départ dans la vie. De notre côté, tant que nous aurons le soutien d&rsquo;instances et de particuliers, nous poursuivrons nos efforts pour les remettre sur la voie.&raquo;</em></p>

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