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Salim Hossanee: «Maurice est le marché final de consommation des drogues»
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Salim Hossanee: «Maurice est le marché final de consommation des drogues»
En 2017, plus de Rs 3 milliards de drogues ont été saisies par l’ADSU. Outre Madagascar et l’Afrique du Sud, d’autres axes pourraient se développer avec l’arrestation récente de Kazakhs. Comment fonctionnent ces réseaux ? Maurice est-elle le lieu de transit ou la destination finale du trafic ? Salim Hossanee nous éclaire sur la situation.
Maurice est perçu comme une plaque tournante du trafic de drogue dans l’océan Indien. Qu’en pensez-vous ?
Je ne crois pas que Maurice soit une plaque tournante de la drogue. C’est vrai que depuis le début de 2017, il y a eu de grosses saisies. Ceci est lié à un accroissement du nombre de consommateurs de drogue à Maurice. Le pays n’est pas un lieu de transit, mais plutôt la destination finale à des fins de consommation.
Quels sont les réseaux régionaux par lesquels les trafiquants opèrent ?
Les réseaux de drogue sont majoritairement constitués de pays comme Madagascar et l’Afrique du Sud. Avec le cas des 135 kg d’héroïne saisis dans des compresseurs en mars 2017, il se peut qu’il y ait un axe avec l’Asie et probablement l’Afghanistan. De par l’emballage, nous avons des soupçons.
Comment fonctionnent ces réseaux ?
Il y a trois modes de transport : la voie postale où on expédie la drogue à quelqu’un ; la voie maritime par cargo, comme dans le cas de la saisie des 135 kg d’héroïne ; et finalement la voie aérienne où le passager transporte la drogue. Avec la douane, l’ADSU exerce une vigilance accrue à l’aéroport, au port, à poste centrale…
Justement, qu’en est-il de la rivalité entre la Mauritius Revenue Authority (MRA) et l’ADSU ?
En fait, il n’y a aucune rivalité entre nous. Nous avons une mission commune : combattre le fléau de la drogue. Nous échangeons des informations.
La police a récemment arrêté des Kazakhs soupçonnés de trafic de drogue. Est-ce là un nouvel axe qui se développe ?
Dans le passé, on a interpellé des Allemands, des Britanniques, des Français, des Portugais et des Zimbabwéens, soupçonnés dans des cas de drogue. Pour les Kazakhs, nous avons initié une enquête. Il faut l’approfondir pour déterminer si un nouvel axe se développe.
Et pour les autres pays que vous mentionnez, est-ce d’autres maillons du trafic ?
Ceux-ci n’ont pas été établis. On se sert de ces ressortissants car ils sont «insoupçonnables».
Que voulez-vous dire ?
Les trafiquants pensent que l’ADSU et la MRA, entre autres, ne vont pas soupçonner ces personnes. Ces dernières sont des mules utilisées par les commanditaires.
Comment l’ADSU parvient-elle à repérer et démanteler ces trafics régionaux ?
L’ADSU travaille en collaboration avec des brigades anti-drogue des pays tels que La Réunion, Madagascar, les Comores, l’Afrique du sud, l’Amérique, l’Angleterre, la France. Nous échangeons des renseignements aussi bien locaux qu’internationaux. En fait, nous nous basons sur l’Intelligence-Led Policing. Donc, dès réception des informations, nous allons vérifier, contre-vérifier, confirmer, puis passer à l’attaque. C’est là que nous menons une opération débouchant sur des saisies.
Ces saisies, sont-elles toujours fructueuses ?
La plupart du temps, elles le sont. Cela dit, il y a parfois des cas où les trafiquants nous échappent.
Ces démantèlements éclairent-ils sur la provenance de la drogue, les transporteurs et le marché de consommation destiné ?
Effectivement. Nous avons déterminé que la drogue, notamment le cannabis et l’héroïne, provient de Madagascar. D’Afrique du Sud, c’est principalement de l’héroïne. Maintenant, pour les transporteurs, nous avons identifié trois profils. D’abord, ceux qui collaborent avec la police et balanceront les noms des trafiquants. Puis, il y a les réticents. Nous pensons qu’ils connaissent les commanditaires mais ne veulent pas les dénoncer. Enfin, nous avons ceux qui ne savent même pas pour qui ils travaillent. Dans ce cas, ils sont dictés par des conditions d’extrême pauvreté et ont besoin d’argent. Quant à la consommation, c’est Maurice qui est le marché final.
Une fois les commanditaires identifiés, réussissez-vous toujours à les arrêter ?
Quand nous le savons, nous faisons une investigation pour remonter la filière et les arrêter. Il y a beaucoup d’étapes. Cela fonctionne majoritairement. Et même si les transporteurs sont réticents, nous approfondissons l’enquête pour avoir le commanditaire. Mais c’est un travail de longue haleine.
Quel est le volume de drogue saisi à ce jour ?
De janvier à octobre 2017, pour le subutex, 12 789 comprimés ont été saisis avec une valeur marchande de Rs 30 millions. Et 81 kilos et 155 g de cannabis totalisant Rs 48,6 millions. Parallèlement, 87,92 g de cocaïne ont été confisqués pour Rs 1,3 million. Pour le hashish, nous avons prélevé 2 kilos et 111 g d’une valeur de Rs 6,3 millions. L’héroïne se chiffre à 197 kilos, 147 livres et 360 g pour une valeur de Rs 2,9 milliards. En outre, 16 926 tablettes de sédatifs ont été saisies, représentant Rs 2,5 millions. 706 comprimés d’ecstasy valant Rs 1 million ont aussi été prélevés. Et finalement, 5 kilos, 820 livres et 260 g de drogues synthétiques ont été confisqués pour une valeur de Rs 8,7 millions. Les saisies de drogue totalisent Rs 3,1 milliards. Cette année, les chiffres semblent être plus élevés que les années précédentes…
Pourquoi ?
Le marché de la drogue est un business très lucratif. Vous le voyez, ça rapporte gros. À titre d’exemple, 1 kilo d’héroïne rapporte Rs 15 millions. C’est un gain énorme et l’appétit du gain grandit davantage.
La drogue synthétique gagne aussi du terrain. Quelles en sont les raisons ?
C’est très en vogue, surtout dans les collèges car un pouliah ne coûte que Rs 50. Deux camarades de classe peuvent se partager les frais et la dose. De plus, cette drogue de synthèse, fabriquée en laboratoire, est modifiée par l’ajout d’autres substances illicites par les toxicomanes, notamment du thé granulé ou encore des feuilles de plantes écrasées.
Qu’en est-il du réseau local ?
Le cannabis est la seule drogue produite à Maurice. Il est plus accessible. À la campagne comme à la ville, cela prolifère. On ne veut pas stigmatiser les gens dans ces régions car nous savons que beaucoup sont paisibles et respectueux des lois. De l’autre côté, nous constatons que les vendeurs ne représentent qu’une petite minorité.
En termes de consommation, le cannabis, l’héroïne et le synthétique sont les drogues les plus récurrentes à Maurice. Non seulement le trafic de drogue est un marché très lucratif, mais on utilise des mules, c’est-à-dire des gens pauvres tentés par l’argent.
Quelles méthodes doivent être instaurées pour un meilleur contrôle des drogues sur la région ?
Il faut réduire l’offre et la demande. En termes d’offre, la police, la MRA, les gardes forestiers travaillent sur la répression à travers la loi.
La loi ne serait donc pas assez sévère ?
Elle l’est. Un trafiquant encourt une peine de 30 ans d’emprisonnement. C’est très sévère…
Revenons-en à la suppression de la demande pour contrôler la drogue.
Cela commence par l’éducation. Avant l’aller et au retour de l’école, la famille doit faire un briefing et un debriefing avec les enfants. Cela permettrait de repérer les anomalies. Les ONG, les écoles et la société civile font déjà un travail mais il faut s’impliquer davantage et briser l’indifférence. Tant qu’un drame ne frappe pas à notre porte, on ne réalise pas les conséquences des dégâts de la drogue.
D’ailleurs, dans cette lignée, des officiers de l’ADSU font des projections sur la question dans les écoles, collèges et centres de jeunesse. Et sur la région, il faut renforcer les divers services, la coopération régionale et une vigilance accrue à tous les niveaux – l’aéroport, les eaux territoriales, le port, etc. Il est impératif de créer une synergie entre les divers acteurs de la lutte anti-drogue, dont l’ADSU, la MRA, la National Coast Guard, la poste, l’Independent Commission against Corruption, les services pénitenciers.
Parallèlement, il faut établir une sorte d’Interpol régional pour faciliter l’échange d’information en temps réel. Le temps est un facteur important dans le trafic de drogue. Il faut réagir rapidement pour déclencher toute opération.
Bio express
<p>Originaire de Plaine-Verte, Salim Hossanee compte 30 ans de service dans la force policière. Il caressait le rêve d’exercer ce métier depuis son adolescence. Ancien scout et étudiant du collège Bhujoharry, il était émerveillé par «l’aura se dégageant de l’uniforme». Il a assuré le service au sein du poste de police de sa localité et au District Headquarters d’Abercrombie. De 1996 à 1997, il a travaillé à l’ADSU. Puis, il a exercé au sein de la National Intelligence Unit pendant 16 ans. Et depuis le 25 novembre 2016, il est de nouveau à l’ADSU comme ASP.</p>
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