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Journée internationale - Préjugés contre la langue créole: «Nous sommes tous responsables»
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Journée internationale - Préjugés contre la langue créole: «Nous sommes tous responsables»
Permettre l’utilisation officielle de la langue créole au Parlement. C’est, pour Dev Virahsawmy, auteur, traducteur et linguiste, vouloir marcher plus vite que la musique. Il souligne que la «majorité des parlementaires ne maîtrisent pas la langue à l’oral». «La nuit, ils voient la lune et pas lalinn», ironise l’auteur. Ces «bons gens», ajoute-t-il, «ne savent ni lire ni écrire en morisien».
Conséquence : si le créole avait droit de cité au Parlement, «au moment de corriger la copie de leurs discours, on se serait retrouvé avec un embrouillamini dans le Hansard». Il estime donc qu’il faut avant tout passer par un gros travail politique. «Il faut que l’on ait une fois pour toutes le courage de reconnaître que la langue nationale, c’est le morisien.»
Dev Virahsawmy va plus loin. Pour lui, aménager la langue créole implique le développement d’une culture et d’une identité nationale. «Il faut un symbole culturel fort», affirmet-il. Qui passe par des lois pour que la démocratie (gouverner pour le peuple, par le peuple, avec le peuple) reconnaisse la langue du peuple.
Qui fait de la résistance ? Dev Virahsawmy pointe du doigt «l’élite conservatrice à Maurice qui est très égoïste. Elle pense que la reconnaissance de la langue créole va la priver du monopole des connaissances que donnent des compétences dans les langues étrangères. Donc, elle fait tout pour empêcher sa diffusion».
Il stigmatise également la presse écrite, «qui ne fait pratiquement rien pour aider la diffusion du créole». Il n’oublie pas la presse parlée, où «certains journalistes et animateurs véhiculent l’image d’une langue bâtarde que l’on peut parler n’importe comment». Il affirme : «Nous sommes tous responsables.»
Facteur déterminant: changer les mentalités. Notre interlocuteur rappelle que la lutte en faveur de la langue créole n’a connu que deux générations. Il se souvient qu’il y a 50 ans de cela, quand il écrivait des articles scientifiques sur l’importance de la langue mauricienne, «le seul journal qui me soutenait était l’express, dirigé par Philippe Forget». Force est de constater que 50 ans plus tard, Dev Virahsawmy n’est plus le seul à vouloir faire avancer la cause de la langue créole. «Il y a plusieurs jeunes chevronnés qui mènent le combat.»
Avec fierté, il confie avoir reçu la demande d’une professeure d’université au Japon pour publier une traduction en japonais de la pièce Toofan, qui est elle-même une traduction en créole de The Tempest de Shakespeare, par Dev Virahsawmy. Sa traduction en morisien des comptines Mother Goose a été publiée en Allemagne.
Et sa nouvelle, Linpas Flanboyan, a été traduite en anglais et est disponible sur le site de vente en ligne Amazon. Dev Virahsawmy ne manque pas de rappeler que des textes sacrés, dont le Coran, le Nouveau testament et certains extraits de l’Ancien testament, ont été traduits en créole.
Sur le plan humain, quand il s’agit de réticences face à la langue créole, Arnaud Carpooran, doyen de la faculté Social Science and Humanities, résume ainsi la situation : «Il est difficile de se débarrasser des préjugés. Plus les gens sont âgés, moins ils sont éduqués et moins ils sont ouverts.»
L’auteur du Diksioner Morisien mesure les progrès accomplis à l’échelle des écoliers qui, depuis six ans, voient le créole «sur un pied d’égalité avec l’hindi, l’ourdou, le mandarin qui sont des langues nobles». Pour ce qui est des instituteurs, «malgré les réticences qu’ils pouvaient avoir, ils ont obligatoirement modifié leur point de vue en accueillant dans le staff room des professeurs de créole, en nouant des liens d’amitié». Il anticipe les mêmes changements quand la langue créole fera sa rentrée au secondaire en 2018.
Paradoxe : l’État a contribué à structurer la langue créole pour qu’elle se dote d’une graphie et d’un dictionnaire. Et pourtant, dans les ministères par exemple, l’utilisation écrite de la langue est anarchique. «Le système éducatif et le ministère des Arts et de la culture ne font pas assez d’efforts pour convaincre les différentes institutions d’utiliser le créole en respectant la graphie établie.»
Arnaud Carpooran se souvient qu’en 2006, lors de la première édition du Festival International Kreol, «j’avais dit que le plus grand combat du créole est sur le plan institutionnel». Il estime que «c’est une question de temps. J’aurais préféré que cela aille plus vite. Pour parodier Malcolm de Chazal, les préjugés sont plus durs à déraciner que la canne à sucre».
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