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Salette Siao: Le boute-en-train de la famille Tsang Man Kin
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Salette Siao: Le boute-en-train de la famille Tsang Man Kin
Salette Siao, officiellement née il y a 64 ans sous le nom de Benjamine Tsang Man Kin, dégage une énergie sans commune mesure avec son âge. Il faut dire qu’elle soigne sa ligne en faisant régulièrement de la gym à domicile et de la natation dans sa piscine couverte. Elle a le cheveu impeccablement coloré et permanenté, est légèrement maquillée et est d’une élégance discrète. Pour elle, l’âge ne compte pas. «J’ai l’impression d’avoir 30 ans. Je me lève de bonne heure et je prépare le petit-déjeuner et le repas du midi tous les jours. Chacun part avec son panier.»
Il n’est pas aisé d’être la benjamine de six filles, sans compter ses six frères. C’est pourtant dans ce berceau familial installé dans le Ward IV à Port-Louis que Benjamine Tsang Man Kin est venue au monde. Voulant attirer l’attention de sa mère, qui est débordée, sur sa petite personne, elle pleurniche constamment. Si bien que sa mère finit par l’appeler Salette. «Ma mère était une femme extrêmement pieuse. Elle disait que je pleurais comme la Vierge de La Salette et que si la Vierge pleurait sur les péchés du monde, moi, je pleurnichais pour rien.»
Elle fréquente une école à la Plaine-Vénus appartenant à la société Tagore. Entourée d’enfants d’origines diverses, elle capte vite des chansons en hindi et en tamoul. Et 60 ans après, elle est toujours capable de chanter sans ânonner ces vieilles mélopées gravées dans sa mémoire.
Comme elle est dotée d’un tempérament aventureux, rien ne l’effraie ou ne la rebute, ce qui la place assez souvent dans des situations comiques et parfois dangereuses comme elle le raconte dans Mémoires espiègles. Salette Siao fait sa scolarité secondaire au Queen Elisabeth College. Elle excelle en langues.
Elle aurait souhaité faire des études supérieures en Grande-Bretagne, mais ses parents n’en ont pas les moyens. Willy, son père, est négociant en vin pour le compte d’Oxenham et sa mère est femme au foyer. Elle entame un diplôme d’études générales de lettres auprès du Lycée Labourdonnais, obtient une bourse française et part pour Paris. Elle réussit une maîtrise en lettres modernes à l’université de Sorbonne Paris IV.
Benjamine Tsang Man Kin regagne Maurice avec l’idée d’enseigner dans un collège reconnu. Son beau-frère Max Wong Ah Sue, propriétaire du collège Keats, à Chemin-Grenier, lui demande de le dépanner et d’y enseigner les langues pour quelques mois. Elle accepte. Sauf qu’au lieu d’y rester quelques mois, elle y fait toute une carrière en tant qu’enseignante, puis rectrice. Mariée à l’avocat Ah Mow Siao, qu’elle connaît depuis qu’elle a 15 ans, elle lui donne trois enfants, Jonathan, Jade et Jehan, aujourd’hui adultes. Pour fédérer les élèves du collège Keats, Salette Siao reprend une mélodie composée par un anonyme et lui invente des paroles. Elle en fait l’hymne de l’école et, du coup, les élèves développent un sens d’appartenance.
Pièces de théâtre
Cette boulimique du vivre et de savourer l’instant présent – car «tout passe, y compris nous» – prend une retraite anticipée pour faire ce qui lui tient à coeur, c’est-à-dire apprendre la langue de ses ancêtres. Elle y réussit en un an, même si elle continue à parfaire sa maîtrise de cette langue.
Elle écrit aussi un grand chant en mandarin, intitulé le Chant de Huaren (ce dernier mot signifiant la diaspora), repris par la troupe de Wu Han en Chine, qui a refait la musique. Elle compose sept pièces de théâtre, «toutes des comédies», précise cette femme joviale, jouées et dont cinq ont été primées lors des festivals organisés par le ministère des Arts et de la culture.
Salette Siao confie que les langues lui viennent facilement. «On se fait une tonne de complexes en se disant qu’on ne maîtrise pas telle ou telle langue, mais ce qui importe selon moi, c’est le contenu, le message et l’émotion que la langue transmet.» Comme sa quête identitaire est forte et qu’elle veut présenter et exporter ses oeuvres en Chine, elle a mis sur pied une association culturelle intitulée Culture on the Move, dont l’objectif est de réunir des amoureux du mandarin, peu importe leurs origines, pourvu qu’ils aient un regard positif sur la vie, qu’ils soient proactifs et amicaux. «Nous chantons, nous faisons du théâtre et nous rendons visite aux personnes âgées.»
Salette Siao a vécu tant d’expériences marrantes durant son enfance et son adolescence que lorsque les frères et soeurs Tsang Man Kin se retrouvent attablés autour d’un bon repas, ces derniers lui demandent de raconter ses tranches du passé. Elle ne se fait pas prier et s’exprime de façon très théâtrale car elle adore jouer des rôles. Ce sont alors des fous rires à n’en plus finir. On fait aussi appel à elle pour la rédaction de discours. «J’ai dû en écrire une centaine pour la famille.» Lorsque ses amies n’ont pas le moral, c’est à elle qu’elles téléphonent pour les remonter. «C’est comme si j’étais le clown de la famille et de mes amis.»
En 2015, elle se décide. Pour que ses souvenirs ne s’égarent pas dans l’oubli, elle va les écrire et la famille pourra les consulter. Elle le fait en un mois, allongée sur son lit, en tapant sur son smartphone. «C’est venu seul. C’était comme une rivière qui coulait.» Les choses en seraient restées là si son mari ne l’avait pas encouragée à en faire un recueil de 270 pages, à distiller au plus grand nombre et à faire rire.
C’est ainsi qu’est né Mémoires espiègles, illustré par le caricaturiste POV, et vendu à Rs 600 dans les libraires des Éditions Le Printemps, chez le Trèfle et Bookcourt. Il a été tiré à 1 000 exemplaires et en une dizaine de jours, 300 se sont déjà écoulés. Ce n’est nullement étonnant car elle y raconte ses 400 coups dans un français simple mais non moins touchant comme l’épisode où en voulant jouer à la grande, elle a cloué des bouchons de liège sous les talons de ses chaussures plates ou encore comment elle esquivait la quête du dimanche de manière astucieuse pour «ne déplaire ni au Bondieu ni à ma mère».
Salette Siao n’est pas femme à se croiser les bras. Les projets bouillonnent dans sa tête. Maintenant qu’elle a compilé ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, elle pense à faire de même avec ses écrits en mandarin. Ce qui est sûr, c’est que nous n’avons pas fini d’entendre parler d’elle.
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