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Beas Cheekhooree: ouvrir les frontières des possibilités pour le secteur manufacturier

1 avril 2017, 11:00

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Beas Cheekhooree: ouvrir les frontières des possibilités pour le secteur manufacturier

Discipline, rigueur et exactitude caractérisent Beas Cheekhooree, Managing Director de la Mauritius Chemical and Fertilizer Industry (MCFI) depuis 2013. C’est notamment apparent dans son désir de ne pas être en retard à sa première réunion de conseil d’administration de la Mauritius Export Association (MEXA), alors que l’entretien se prolonge. Ces caractéristiques tiennent à l’instruction reçue de son père Roopnarain, industriel qui a lancé, avec son frère, la fabrique de savonnettes Mopirove en 1980, de même qu’à l’éducation reçue des frères irlandais au collège St-Joseph, où ce Curepipien de 56 ans a étudié. Mais le commerce coule dans les veines de la famille Cheekhooree bien avant les années 60. Son grand-père, mercier, allait vendre ses produits de textile à des sucreries avant d’ouvrir un magasin en vogue à l’époque à Curepipe, Petit Bateau. 

Les Cheekhooree ont à cœur l’éducation de leurs six enfants, et à chaque anniversaire et en fin d’année, ces derniers se voient offrir des encyclopédies. Une aubaine pour Beas qui est curieux de tout. Si bien qu’à l’heure du choix de matières au niveau secondaire, bien qu’il ramène de bonnes notes en littérature, il opte pour les sciences. «La science est large. Elle n’a pas de balises. C’est cet aspect de pouvoir tout imaginer sans limites qui m’a intéressé», raconte-t-il. Vu ses excellents résultats de fin de cycle secondaire, il pense à des études supérieures en médecine. Mais son grand-père, qui était ingénieur des chemins de fer, insiste pour qu’il aille étudier le génie chimique. Filière fortement encouragée également par son père. 

Admis à l’université de Middlesbrough, il part pour la Grande-Bretagne. Un parent vivant à Londres l’encourage à trouver une université dans la capitale anglaise plutôt. À la polytechnique où il se renseigne, il ne reste que deux places attribuées à des Africains mais qui n’ont pas donné signe de vie. La chance lui sourit puisque l’un d’eux ne se présente pas. C’est ainsi qu’il est admis et entame ses études d’ingénieur chimiste. 

Il entame un Master en philosophie qu’il doit interrompre car son père est souffrant et lui demande de rentrer. Il se plie à sa volonté et rejoint Mopirove, où il travaille comme responsable de production pendant cinq ans. À la mort subite de son père en 1990, lui et les siens se désengagent de Mopirove. À partir de là, Beas Cheekhooree va démarrer une très longue carrière dans le secteur textile. L’aventure débute à Shape Fabrics, à La Tour Koenig, où Alain Rey l’embauche comme responsable de production. L’entente entre les deux est parfaite. Par contre, ce sont les moyens financiers qui manquent. L’usine est rachetée par le no 2 mondial de fabrication de tissu denim, l’Indien Arvind Mills, qui garde le personnel. Il est nommé General Manager et dispose de tous les moyens pour moderniser l’entreprise. Une fois le projet terminé, il fait part de son désir d’avoir des responsabilités plus stimulantes. Il se retrouve à Ahmedabad, dans l’État du Gujarat en Inde, où Arvind Mills a une grosse unité. Il y passe deux ans. Là, tout est décuplé. 

Il sent toutefois que son épouse Simla et sa fille Tisha ont des difficultés d’adaptation. Il préfère regagner Maurice où il se fait embaucher par Novel Textiles à l’île d’Ambre. L’usine appartient à la famille Chao, des Hongkongais. Il voyage énormément aux États-Unis et en Europe et interagit avec les grandes marques et les couturiers. Lorsqu’il sent, au bout de quatre ans, que les Hongkongais vont se désengager de l’île Maurice, il change de secteur. 

Il est recruté comme Logistics,Transport and Aviation Manager à Shell où il s’occupe de la gestion et de la distribution des produits pétroliers, et de l’approvisionnement du Jet A1 aux avions. Shell étant une multinationale, il a l’occasion de parfaire ses connaissances. Entre-temps, Novel Textile est rachetée par un consortium composé de Ian Espitalier-Noël et Italdenim. La nouvelle société s’appelle Denim de l’île et il y est embauché comme General Manager (GM).Il s’éclate pendant deux ans, mais il est vite repêché en tant que GM par RS Denim, qui appartenait à Ram Mardemootoo. Il est séduit par le projet du promoteur. Si le projet est énorme, les fonds de roulement finissent par manquer et Ram Mardemootoo revend l’usine au groupe Firemount. L’entreprise est rebaptisée FM Denim et subit une importante transformation. 

Après le textile, Beas Cheekhooree rejoint le groupe Harel Mallac comme Managing Director (MD) de deux sociétés tournées vers l’Afrique, où il est responsable du commerce des produits chimiques jusqu’à sa nomination à la tête de la MCFI. Il estime avoir apporté du sang neuf à cette compagnie basée à Mer-Rouge et s’active à lui redonner sa dimension stratégique régionale. 

Ce père d’une seconde fille, Tanvi, 16 ans, qui fait sa Form VI au Lorette de Quatre-Bornes, alors que son aînée étudie à Melbourne pour être ingénieur chimiste, a longtemps été approché pour présider le conseil d’administration de la MEXA. Il avait refusé jusque-là, faute de temps. De plus, il a été membre du conseil de la Chambre de commerce et d’industrie en 2015 et 2016. S’il a accepté, c’est parce qu’il estime que «Maurice est à la croisée des chemins. Le pays a vécu deux autres grandes époques charnières : la période pré-indépendance et le début des années 80, avant le développement de la zone franche manufacturière. Là, nous y sommes encore entre la globalisation et le protectionnisme, l’île Maurice doit tout faire pour renverser son déficit commercial. Tous les Mauriciens patriotes comme moi, chacun à sa façon, doivent s’investir et apporter leur contribution pour aider le pays à retrouver son souffle.» 

Son ambition pour la MEXA ? Que celle-ci joue son rôle pleinement et aide tous les producteurs, petits et grands, du secteur manufacturier à exporter leurs produits. «Nous avons un grand chantier devant nous et le temps presse.» Sa phrase fétiche : «Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.» Une chose est sûre : Beas Cheekhooree va s’y atteler.

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