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Découverte : Philippe Duley, directeur pédagogique adjoint à l’ESJ de Paris

18 mars 2017, 16:30

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Découverte : Philippe Duley, directeur pédagogique adjoint à l’ESJ de Paris

Philippe Duley, 60 ans, s’exprime avec une frénésie rarement entendue. Ce qui explique sans doute aussi qu’il ne soit jamais resté longtemps sur un quai de gare. Si, après sa maîtrise en histoire et histoire de l’art, ce Bourguignon avait songé à monter dans le train de l’enseignement, «par défaut, car à l’époque on ne se projetait pas dans l’avenir et on ne zappait pas d’une carrière à l’autre», des piges pour le journal Le Progrès de Lyon lui font vite réaliser qu’il ne doit pas rater le train à grande vitesse du journalisme. Car le rythme de ce métier et l’adrénaline qu’il lui procure correspondent totalement à son tempérament d’hyperactif.

Une fois qu’il a le pied à l’étrier, il ne s’arrête plus mais «change de crémerie tous les deux ans», exception faite pour ses avant-dernier et dernier postes. Il apprend le journalisme sur le tas, en  travaillant pour plusieurs journaux, notamment Le Bien Public et Le Courrier. Jusqu’à ce que son regard affûté tombe sur une annonce parue dans le quotidien Le Monde, indiquant que l’Est Républicain recrute. Sûr de son fait, il envoie sa candidature par écrit. «C’était une lettre très percutante qui commençait par : “Ça y est, je suis prêt !”» Une formule qui fait mouche et qui lui vaut d’être recruté comme secrétaire de rédaction régional pour le quotidien.

Mais Philippe Duley n’est pas homme à se contenter à faire du rewriting et à corriger les coquilles. «J’ai besoin de pousser les portes à chaque fois.»

À la suite d’un séjour en Pologne, à l’époque de Solidarnosc, il écrit un reportage qui est publié dans l’hebdomadaire du journal. À partir de là, il commence à se faire un nom dans la grande presse. Ayant assisté à un rallye d’Indira Gandhi en Inde deux ans plus tôt, lorsque le monde apprend l’assassinat de la Première ministre indienne, il met deux heures et écrit un article à partir de ses souvenirs. Papier qui s’avère un winner. «Je pense que j’avais une plume», dit-il avec l’assurance tranquille de celui qui possède le savoir-faire.

Au bout de quatre ans à cumuler secrétariat de rédaction et écriture, il s’ennuie ferme. Une annonce dans Le Monde vient une fois de plus à sa rescousse. Le Parisien cherche un rewriter. Il envoie une lettre de motivation énergique qui séduit. Il est embauché. Après deux ans, il passe journaliste au sein du service société puis devient adjoint au rédacteur en chef, avant de se voir confier le poste suprême, celui de rédacteur en chef. On le met simultanément sur le Web. Il veut faire, bien faire et sa direction le laisse faire.

Au cours des 20 années qu’il passe au Parisien, il travaille comme un forcené, multipliant la parution de cahiers et de magazines spéciaux, entre autres La Parisienne, journal féminin ou encore Vivre Mieux, qui donne aux lecteurs une version positivée des faits de société. À un moment, il est un des trois rédacteurs en chef multimédia et cogère 300 journalistes.

Il aurait sans doute terminé sa carrière au Parisien si la direction n’avait pas demandé, à lui ainsi qu’à ses homologues, de dégraisser, sans toutefois leur donner carte blanche à propos de qui remercier. Ils refusent cette méthode qui les prive de leur sacro-sainte liberté de managers. Leur opposition répétée à l’égard des consignes de la direction leur vaut le départ. Philippe Duley n’en conserve aucune amertume. Mais il paie cher son investissement de 35 ans de travail en continu par le diagnostic de deux artères bouchées et une angioplastie avec pose de deux stents.

Il ne reste pas longtemps sans emploi car la direction de l’ESJ le recrute pour qu’il anime un cours sur la presse et le multimédia. Ce qu’il fait jusqu’au  niveau des étudiants en cinquième année de journalisme. «Lorsque vous avez été patron du Parisien, vous êtes un Zidane», dit-il sans prétention, comme une évidence. Le CFPJ peine à trouver un animateur de stage de rédacteur en chef et de manager des médias. La direction de ce centre d’excellence en formation journalistique s’en ouvre à lui et il réalise que c’est exactement son histoire qu’il peut transmettre à des professionnels des médias aspirant à devenir patrons de presse.

Pour lui, enseigner le métier après l’avoir pratiqué ne constitue pas une rupture. «Ce n’est pas un cours que j’anime mais c’est un résumé de mon expertise de manager que je transmets, avec le recul en plus. Et je le fais comme si je gérais une rédaction. Je leur dis : “J’étais comme vous. Voilà comment j’ai fait pour devenir manager. Prenez le meilleur de ce que je donne.”» Bien que spéculer sur l’humain et façonner les gens soit «un exercice compliqué», il trouve «gratifiant de les faire devenir les plus grands journalistes d’investigation et les plus grands managers des médias de France.»

Philippe Duley est aussi l’auteur de plusieurs livres, en particulier un à succès sur les infirmières, un métier abordé sous la loupe de la littérature et du cinéma et pour lequel il perçoit encore des droits  d’auteur. Et un autre livre sur l’islam moderne, après des heures interminables de conversation avec Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de France. Exercice pour lequel il redécouvre la responsabilité du journaliste et le poids des mots dans un contexte sensible.

Il a aussi écrit des livres non publiés jusqu’ici, à savoir une fiction à partir des célèbres artistes ayant vécu à Montmartre, où il habite, et qui a buté sur la fermeture de la maison d’édition qui lui avait commandé l’ouvrage. S’y ajoute un autre sur l’ex-président Nicolas Sarkozy, vu par un de ses proches collaborateurs, qui y a ensuite mis son veto.
Marié à Sylvie depuis 32 ans et père de Jeanne, 19 ans, qu’il n’a pas toujours vu grandir, Philippe Duley a perdu sa mère une semaine avant son départ pour Maurice. Il a pourtant maintenu ce déplacement car il a senti que c’est de la défunte qu’il tient sa combativité. «Je lui devais bien ça.» Un signe de l’amour filial certes mais aussi que le travail est sacré….

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