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Yann Arthus-Bertrand : Opportuniste et fier de l’être
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Yann Arthus-Bertrand : Opportuniste et fier de l’être
Yann Arthus-Bertrand court le monde, jonglant avec ses multiples casquettes. De passage chez nous la semaine dernière, cet hyperactif s’est posé pour se raconter. Esquisse d’un homme qui se dit opportuniste «dans le bon sens du terme».
DU haut de ses 70 ans, Yann Arthus-Bertrand enchaîne les projets comme d’autres enfilent des perles. Il a, à son actif, plus de 70 publications, dont La Terre vue du ciel, traduite en 24 langues et vendue à trois millions d’exemplaires. Il touche aussi au cinéma : une dizaine de documentaires télévisés populaires et quatre films, dont le poignant Human. Ce film, regroupant les témoignages de 110 personnes sélectionnées dans 65 pays, a été projeté la semaine dernière au cinéma Star de Bagatelle. En septembre dernier, sa coréalisatrice, Anastasia Mikova, le caméraman, Dimitri Vershinin, et lui ont démarré le tournage d’un documentaire de la même envergure intitulé Woman. Des Mauriciennes en feront partie.
Ce qui est surprenant en l’écoutant se raconter, c’est que ce fils aîné, issu d’une famille bourgeoise – ses parents sont des orfèvres joailliers connus à Paris – n’a pas de diplôme. «J’étais réfractaire à l’autorité, un sale gosse», avoue-t-il. «C’est étrange mais je n’ai pas trouvé l’enseignant qui me donnerait le déclic pour les études. Aujourd’hui, par contre, je suis obsédé par la littérature, les biographies, les rapports, la découverte du monde.»
Ayant quitté le domicile familial à 17 ans pour tenter une carrière d’acteur, il réussit à donner la réplique à Michelle Morgan dans Dis-moi qui tuer. Avec le recul, il se trouve «mauvais acteur, un petit con à l’époque».
Puis, il tombe amoureux d’Huberte, la mère de son meilleur ami. Elle a 20 ans de plus que lui. Ils vivent ensemble à la campagne, avec des chevaux, et mettent sur pied la première réserve zoologique dans l’Allier, dans le centre de la France, qui attire bon nombre de touristes. «Cela m’a donné confiance en moi, en la vie.» Il se découvre alors une passion pour la nature et les animaux, en particulier les félins. Il se documente sur les travaux scientifiques, étudiant les félins et les chimpanzés du Kenya et du Rwanda.
Son couple battant de l’aile après huit ans, il quitte Huberte et se rend au Kenya. Là, il observe les lions du Masai Mara qu’il photographie, d’abord à partir de leur territoire terrestre, ensuite à partir du ciel, gagnant à l’époque sa vie comme pilote de montgolfière. Une autre dimension s’offre à son regard. À son retour en France, il dispose d’un stock impressionnant de photos et propose des photo-reportages à National Geographic, Figaro Magazine, Paris Match et GEO. Sa carrière de photojournaliste est lancée. «Quand tu es opportuniste, la vie t’entraîne et c’est à toi de choisir ta voie. Quand tu n’as pas de diplôme, ta vie se construit par paliers.»
Il fonde Altitude, la première agence de photographie aérienne, et enchaîne les reportages vus du ciel. Ce qui donne plusieurs publications à succès. «Avec l’aérien, tu prends du recul sur les choses et tu réalises que les villes et les hommes font partie de la nature. L’aérien te permet de comprendre rapidement l’impact de l’homme sur la nature.» Il devient riche et célèbre.
Survoler autant la Terre et constater les dégâts à l’environnement éveillent sa conscience écologique. En 2005, il lance la fondation d’utilité publique, Goodplanet, qui vise à la sensibilisation de la population aux enjeux environnementaux. Pendant six ans, il informe les téléspectateurs sur l’état du monde avec l’émission télévisée Vu du ciel. Il n’a pas toujours bonne presse, certains titres l’accusant notamment de ne pas dénoncer suffisamment les États pollueurs.
Il passe derrière la caméra en tant que réalisateur. Ce qui donne le longmétrage Home,vu par 600millions de personnes. Il enchaîne avec le documentaire 7milliards d’autres recueillant 6 000 témoignages.
Il fonde alors Hope Production, société qui produit des films engagés pour la plupart, dont Human. Encensé par certains médias, il est démoli par d’autres. «Ce n’est pas le film qu’ils n’ont pas aimé car les gens qui ont témoigné en ont fait son succès. C’est moi que les journalistes n’aiment pas. Sans doute parce qu’ils trouvent que je ne suis pas assez modeste, pas assez en retrait et qu’un artiste ne doit pas être content de ce qu’il fait. Le succès populaire dérange toujours un peu», dit-il, en précisant qu’il s’est peut-être aussi montré maladroit.
Il est aussi critiqué pour sa proximité avec l’ancien président, Nicolas Sarkozy. «Quand on est photographe et activiste écologique, on est consulté. Comme d’autres, je l’ai été par Sarkozy. J’étais assez proche de lui. Le retour de bâton a été d’être assimilé à la droite. C’est le risque que l’on court lorsqu’on est opportuniste.»
Il est incapable de dire ce qu’il fera après avoir bouclé le tournage de Woman, dans deux ans. «J’aurais aimé entreprendre des tas de choses que je ne ferai jamais. Mais cela ne m’empêche pas de rêver. Depuis 20 ans, j’ai réussi mais j’ai aussi raté des choses», affirmet-il, estimant n’avoir pas accordé suffisamment de temps à son épouse Anne, atteinte de la maladie de Parkinson, à leurs trois fils et à leurs quatre petits-enfants. «Ce que j’aimerais, c’est me projeter davantage vers les autres, et ça, je ne l’ai pas encore totalement réussi. J’ai la chance de faire un métier qui peut me rendre meilleur. Je me dis que je peux toujours faire plus, faire mieux. J’y travaille…»
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