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Olivier Crambade: «L’énergie solaire pourrait constituer un tiers du mix énergétique de Maurice»

3 février 2017, 12:15

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Olivier Crambade: «L’énergie solaire pourrait constituer un tiers du mix énergétique de Maurice»

Le dernier projet de ferme solaire résulte d’un partenariat entre Harel Mallac et Dhamma Energy. Son directeur général nous explique les perspectives de l’énergie solaire.

Quels sont les facteurs qui ont occasionné la mise en place d’un partenariat avec Harel Mallac, en vue de la création de cette ferme solaire à Mont-Choisy ?

Ce partenariat a vu le jour grâce à la combinaison de deux facteurs. Le premier concerne la décision du gouvernement mauricien de lancer un appel d’offres international pour la création de fermes photovoltaïques à travers l’île. Cela nous a immédiatement intéressés. C’est une démarche qui s’harmonise avec notre stratégie qui consiste à nous positionner comme partenaire des pays qui se tournent vers les sources d’énergie alternatives. Pour assurer le plein développement d’un projet d’une telle envergure dans un pays étranger, il est essentiel d’avoir un partenaire local bien implanté, qui connaît le cadre légal, les us et coutumes du pays.

Le second facteur de notre présence ici est donc ma relation d’amitié avec Antoine Harel, président du conseil d’administration d’Harel Mallac, que je connais depuis plus de 25 ans, et qui était très enthousiaste à l’idée de mener ce projet ensemble.

Maurice n’a pas de pétrole mais du soleil. Quel devrait être la proportion de l’énergie solaire dans le mix énergétique du pays ?

Une île est par nature un territoire limité. C’est un facteur qui donne à la terre une plus grande valeur car elle n’est pas extensible. Les fermes solaires telles que celle de Solar Field ne peuvent donc pas se voir allouer trop d’espace, car il faut prévoir des terres pour d’autres utilités, telles que l’aménagement des habitations et l’agriculture.

Par contre, un projet de production de l’énergie solaire peut se répandre à souhait sur les toits de bâtiments industriels comme résidentiels. Nous pourrions tout à fait imaginer, pour Maurice, que la part de l’énergie solaire constitue un tiers du mix énergétique. Vous avez la chance de pouvoir faire appel aussi aux éoliennes et aux vagues pour la production d’électricité.

Il va falloir toutefois faire appel aux sources traditionnelles que sont le charbon et le pétrole pour encore quelques années, pour couvrir les peaks journaliers (de 18 à 21 heures environ) qui nécessitent de mettre en route des centrales complémentaires. Toutefois l’espace utilisé actuellement par les fermes solaires est très marginal. Si on devait dédier seulement 5 % de la superficie des terres à l’implantation de fermes solaires, on obtiendrait une proportion très significative de l’énergie renouvelable dans le mix énergétique de l’île.

Les rayons du soleil sont certes abondants mais le coût d’installation des dispositifs au niveau des maisons individuelles n’est pas à la portée de tout le monde. Que faudrait-il faire pour réduire les coûts ?

On peut déjà constater que les coûts d’installation ont fortement baissé ces dernières années, grâce aux avancées technologiques et à la production de masse de panneaux solaires. Néanmoins, j’imagine trois autres facteurs qui contribueront à cette baisse des coûts.

Primo, le facteur humain. C’est un élément qui nécessite de créer des entreprises et de former des individus pour installer et maintenir ces panneaux et infrastructures. Tout comme on a vu en quelques années se développer les compétences liées à l’arrivée des réseaux satellitaires de télévision à Maurice, il y aura certainement bientôt un bon nombre de techniciens disposant des compétences liées à l’installation et la maintenance de panneaux solaires. Deuxièmement, à partir du moment où les banques se rendront compte des économies immédiates que font les particuliers qui optent pour la génération d’électricité chez eux, elles proposeront des prêts sans doute très attractifs.

Tertio, c’est évidemment le cadre légal mauricien, qui mérite encore d’être peaufiné. C’est une mesure qui devrait permettre aux particuliersd’opter sans aucune complication administrative et technique pour le solaire, et les inciter à le faire. Cela amènera notamment le Central Electricity Board à se moderniser, en s’équipant de compteurs qui puissent calculer la consommation de l’énergie électrique du particulier et l’injection d’électricité que celui-ci vend sur le réseau national.

«La totalité de la surface de l’île est favorable au développement de l’énergie solaire.»

Quelles sont les autres localités qui sont favorables à l’installation de fermes solaires ?

La totalité de la surface de l’île est favorable au développement de l’énergie solaire. Cependant, certaines régions s’y prêtent plus volontiers, de par la valeur de la terre. C’est un facteur qui aura un impact sur le secteur foncier, tout particulièrement sur la filière terre et du maillage du réseau électrique. Les alentours de Grand-Baie sont, en ce sens, très favorables.

Dans un pays à tradition agricole, quelles sont les autres sources d’énergies renouvelables qui peuvent être exploitées ?

Les éoliennes et la biomasse constituent deux sources intéressantes. La biomasse permet d’assurer une gestion concertée et durable des déchets verts du pays. Le recours à une telle activité permettra aux agriculteurs de
disposer d’un revenu supplémentaire. En revanche, l’utilisation de la biomasse n’est malheureusement pas une solution capable d’éviter l’émission de carbone, comme c’est le cas pour l’énergiesolaire ou les éoliennes.

Les espaces situés en mer peuvent-ils être utilisés pour l’aménagement de fermes solaires? Si oui, où pourrions-nous les envisager à Maurice, et quelles seraient les implications financières d’une telle démarche ?

Les seuls exemples de fermes solaires aménagées dans un environnement aquatique sont situés sur des lacs. La mer ne conviendrait pas du tout à ce type d’activité. Cela pour deux raisons. D’abord à cause de la salinité de l’eau, et ensuite à cause du mouvement des vagues qui seraient très préjudiciables à l’équipement.

Est-il possible qu’un jour l’énergie solaire puisse supplanter les autres sources d’énergie?

Il n’est pas utopique de penser que l’énergie solaire pourrait devenir la première source d’énergie au monde dans quelques années. Un des arguments est le fait que les coûts de production de l’énergie solaire diminuent
rapidement. L’obstacle reste le stockage de cette ressource. Il faut être optimiste que cet obstacle pourra être surmonté vu que la recherche sur le sujet avance très vite.

D’ici quelques années, il sera tout à fait possible de mettre en place des dispositifs de stockage à des coûts compétitifs, et d’émettre une offre complète intégrant une production et un stockage plus accessible aux utilisateurs.

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