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Laissés-pour-compte sdf : un combat au quotidien

15 janvier 2017, 07:36

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Laissés-pour-compte sdf : un combat au quotidien

«Mopa mem koné kot mo fami été ek mo pa mem anvi koné.» Propos empreints de rancœur de Salim. L’homme à l’air hagard qui nous fait face est un sans domicile fixe (SDF) depuis plus de dix ans déjà. Comme lui, ils sont nombreux à vivoter dans les rues, au jour le jour. Sans but, sans ambition et sans espoir. Vivant en marge de la société. Souvent, c’est à leur mort qu’ils font parler d’eux. À l’instar des deux SDF retrouvés morts par la police en moins d’une semaine.

Ce mode de vie sans attaches, Salim le connaît très bien. Aide-chauffeur en journée, ce SDF raconte que sa vie n’a jamais été un fleuve tranquille. «Autrefois, j’avais ma femme et mes deux filles. Mais lorsque j’ai commencé à me droguer, ma femme a refait sa vie et m’a pris mes deux filles.» S’en sortir ? Il est persuadé qu’il ne reçoit pas assez d’aide pour cela : «Séki mo gagné ek mo travay pa asé pou mo manzé mem.» Ses nuits, il les passe à l’abri de nuit de Roche-Bois. «C’est toujours un toit et c’est mieux que rien.»

À l’arrière de l’Aapravasi Ghat, à Port-Louis, ils sont cinq personnes, dont une femme, à dormir à la belle étoile. En cette matinée de jeudi, ils viennent tout juste de se lever. Encore installés sur leur lit – des piles de carton –, ils semblent heureux de cette «visite» et se livrent sans ambages. «Dépi bien lontan nou la. Personn pa finn sey ed nou zamé. Nou rod led é nou gagné, mé li pa finn asé pou rési sorti ladan», lâche l’un d’entre eux.

La plupart ne travaillent pas. «Dimounn finn rézet nou. Nou pa gagn travay. Nou pé bizin démann enn ti kas, mé li pa asé.» Et d’envoyer un message à l’attention des autorités afin qu’elles leur viennent en aide, surtout à l’approche de la saison des pluies. «Kan éna lapli, nou plis ki lisien. Na pa koné kot pou kasiet.»

Parmi les SDF, figurent aussi des professionnels qualifiés qui ont connu des revers de fortune, commente Diana Sadeeapa Chetty-Flore, présidente du groupe Tonnelle, qui vient en aide aux SDF. «Il y a même un gynécologue qui a exercé à l’étranger. Après la mort d’un de ses patients, il a tout perdu. Sa famille lui a tourné le dos. Aujourd’hui, il est à la rue. Nous le côtoyons. C’est triste, mais c’est la dure réalité.»

Autre cas : celui d’un enseignant d’un collège d’État devenu alcoolique. Dans ce cas également, la famille a décidé de couper les ponts. Difficile pour nombre de ces hommes – et femmes – de remonter la pente sans le soutien psychologique de leurs proches, commente Diana Sadeeapa Chetty-Flore.

«C’est une population qui grandit d’année en année», constate pour sa part Lindsay Cybele, gérant de l’abri de nuit de Caritas à Port-Louis. «La plupart des SDF à Maurice sont des hommes. Il existe des femmes et des adolescents, mais ce n’est pas commun», renchérit la présidente du groupe Tonnelle.

«Même si la majorité de ces personnes est alcoolique, ici à Tonnelle, on les appelle les mam san baz pour ne pas les stigmatiser. On leur donne la possibilité chaque dimanche, entre 4 heures et 19 h 30, de se raser et de prendre une douche au centre Marie-Reine-de-la-Paix. On leur offre aussi du thé chaud et enn ti dipin diber. Ils jouent aux caroms ou aux dominos. Il y a des causeries sur l’Évangile, après quoi nous leur offrons un bon petit plat chaud», raconte la présidente.

De plus, du côté de Caritas, Lindsay Cybele explique que tout est mis en œuvre pour les aider à sortir de ce calvaire. Lui, qui gère un abri de nuit dans la capitale, voit arriver quotidiennement, à la tombée de la nuit, une trentaine de personnes âgées de 18 à 60 ans – les mineurs sont pris en charge par la Child Development Unit, fait-on comprendre.

«Nous ne leur offrons pas uniquement un toit et un repas, mais nous les aidons aussi en leur apportant un suivi psychologique.» Par exemple, dès qu’un SDF fait son entrée au centre, il a deux semaines pour trouver un emploi ; les volontaires de Caritas l’aident à ouvrir un compte bancaire afin qu’il puisse faire des économies. «Mé éna ki pa rési fer progré», se désole Lindsay Cybele.

Deuxième étape : la réunification avec leur famille. Très souvent, les SDF se retrouvent à la rue car leur famille a rompu tout contact avec eux. Il est de ce fait impératif qu’ils se réconcilient avec les leurs. «Éna tro bwar, éna finn gagn bann problem mantal», d’où l’abandon de leur famille, note Lindsay Cybele. Hélas, la route est souvent très longue…

Les frais d’enterrement pris en charge par l’hôpital

<p>Deux SDF retrouvés morts durant la semaine écoulée&hellip; L&rsquo;on peut se demander qui prend en charge les frais d&rsquo;enterrement, étant donné qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de famille ? La présidente du groupe Tonnelle explique que le père Souchon, de son vivant, leur procurait un enterrement digne. Une messe et même le cercueil étaient offerts par l&rsquo;association. Mais aujourd&rsquo;hui, les frais sont pris en charge par l&rsquo;hôpital. Caritas, pour sa part, essaie de retracer la famille du défunt. <em>&laquo;Kan zot vinn dan sant, nou démann zot oka éna désé ki sanla bizin apélé</em>&raquo;, fait ressortir Lindsay Cybele. <em>&laquo;Ils fournissent un nom et un numéro de téléphone. Mais au cas où la famille n&rsquo;est pas disposée à leur offrir des obsèques, on laisse l&rsquo;hôpital s&rsquo;en charger.</em>&raquo;</p>

 

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