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Sécheresse: des planteurs résignés à abandonner leurs terres
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Sécheresse: des planteurs résignés à abandonner leurs terres
Terre aride, branches desséchées, feuilles mortes, sol rocailleux… Sous le soleil brûlant de l’été, les plantations font peine à voir. Quid des tuyaux d’arrosage? Pas une goutte ne perle à leurs extrémités. Les traits creusés par la fatigue et le découragement, les planteurs sont résignés. Ils s’avouent vaincus face à Dame Nature. La décision est prise, il faut abandonner les terres.
Nous allons à la rencontre de Hassen Auleear, à Triolet. Bientôt à l’âge de la retraite, il dit ne plus avoir la force d’attendre jour et nuit que la pluie vienne enfin apporter un soulagement. Face à la sécheresse, il laisse à l’abandon plusieurs arpents de terrain. «Je n’ai gardé qu’un arpent de terre où je cultive la pomme d’amour. J’aurai déjà dû faire la récolte mais comme il n’y a pas de pluie, la croissance des plantes est affectée et la récolte est donc retardée. À ce stade, il est difficile de faire aboutir la récolte. Même s’il se met à pleuvoir, c’est trop tard. Entre la location du terrain et les fertilisants, j’ai déjà investi plus de Rs 75 000.»
Cet investissement, il essaie tant bien que mal de le récupérer. Mais vu l’état des terres, avoir une bonne récolte relève du miracle. «Sur quatre tonnes de pomme d’amour que j’aurai dû récolter, je pourrai probablement en récolter au moins une tonne, avec un peu de chance.»
Ces pertes, il les estime à plus de Rs 100 000 avec la vente perdue. Selon lui, le pays affronte une des pires sécheresses. Quid des autres terrains? «J’avais déjà préparé le terrain pour la plantation des bringelles. Mais j’ai dû tout arrêter en cours de route. Je ne peux pas prendre le risque d’investir et de tout perdre. L’argent qu’il me reste, je dois l’utiliser pour nourrir ma famille.»
«Samem mo métié»
Pour la préparation d’un arpent de terre, il a investi près de Rs 120 000 pour la location et la préparation du terrain pour une année, la location des machines et le paiement de la main-d’œuvre. «Si au moins l’Irrigation Authority communiquait avec nous… Elle dit publier des communiqués dans les journaux mais les planteurs n’achètent pas le journal tous les jours.»
À l’aube de ses soixante ans, changer de métier est à présent chose impossible pour cet habitant du Nord. «Samem mo métié.» En attendant que le ciel soit plus clément, il se retrouve à veiller jusqu’aux petites heures du matin cette goutte d’eau qui lui permettra de se sortir d’affaire.
Nous continuons la route pour arriver à Petit-Raffray. Nous y rencontrons Gir Seechurn. Son amour de la plantation, il le tient de son père qui lui a légué des terres pour continuer à planter des légumes. «J’ai cinq blocs de deux arpents de terres et je n’en utilise qu’un à cause des aléas du climat. La sécheresse nous affecte beaucoup. C’est ça notre gagne-pain. C’est difficile. Sans compter le manque de main-d’œuvre et les vols.»
Son enfance, il l’a passée dans les plantations. Plus le temps passe, plus il est difficile pour lui de s’adonner à sa passion. Sur les deux arpents de terres qu’il a gardés, il prévoyait de mettre des bringelles et des piments. Toutefois, sans eau, il n’ose pas. «S’il se met à pleuvoir, nous pourrons redémarrer les plantations. Ma production a été réduite de plus de 75%.» Selon lui, il y aura définitivement moins de légumes sur le marché.
Sunkurlal Sungkur, qui a, lui, des plantations à Solitude, est catégorique. L’unique option serait d’abandonner les terres pour éviter d’encourir trop de pertes. «Sans eau et sans main-d’œuvre, nous ne pourrons pas faire de plantation.»
Avec le risque de l’arrêt de l’irrigation, la situation n’est plus viable. «Un arpent de plantation de pomme d’amour nécessite un gros investissement. Comment le planteur peut-il prendre un tel risque s’il n’y a aucun bénéfice?»
Ils s’accordent tous sur un point : le métier de planteur est certes dur mais passionnant. Abandonner leurs terres et leur métier est un fardeau bien lourd à porter et un choix cornélien.
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