Publicité
Rose de Lima Edouard: «Ici nous avons un produit pour chaque touriste»
Par
Partager cet article
Rose de Lima Edouard: «Ici nous avons un produit pour chaque touriste»
Le tourisme, la réforme électorale, le kreol rodriguais... Autant de sujets qu'aborde Rose de Lima Edouard, commissaire des Arts et de la culture à Rodrigues.
Que représente le Festival Kreol pour vous ?
Le Festival Kreol promeut Rodrigues comme une destination touristique. Notre principal marché touristique, c’est la France. Mais grâce à la récente ligne aérienne qui existe entre La Réunion et Rodrigues, nous avons pas mal de Réunionnais. Nous voulons justement que les gens nous connaissent et qu’ils connaissent Rodrigues. Et le Festival Kreol nous permet de promouvoir notre culture, que les Rodriguais veulent montrer.
À Maurice, Rodrigues a la réputation d’avoir l’audace d’apporter des mesures, parfois révolutionnaires et surtout impopulaires. Comment faites-vous?
(Rires) Oui, c’est vrai et, d’ailleurs, Maurice prend exemple sur nous. Nous avons pris pas mal de mesures qui n’ont pas plu, mais elles étaient nécessaires. Il y a eu l’interdiction des sacs en plastique, mais aussi la fermeture de la pêche à l’ourite (pieuvre). Pour les Rodriguais, l’ourite est un des mets les plus consommés. C’était une décision très difficile à prendre. Les pêcheurs étaient affectés, mais nous les avons aidés à se reconvertir le temps de la fermeture de la saison.Et nous avons vu des résultats positifs. Laissez moi vous dire que d’autres mesures sont prévues. Nous mettons toujours l’humain au centre de nos décisions. Je pense que nous sommes très courageux.
Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre travail?
Nous essayons de faire en sorte que les jeunes retournent à l’entrepreneuriat. Ce n’est pas facile parce que les parents ne veulent pas nécessairement que leurs enfants soient dans ce domaine. Certains préfèrent le secteur public.
Vous êtes également la commissaire de la Jeunesse et des sports. Vous savez qu’à Maurice, nous avons un sérieux problème de drogues de synthèse auprès des jeunes. Quelle est la situation à Rodrigues?
Ici, nous n’allons pas dire que nous n’avons pas de problème à ce niveau. À Rodrigues, nous entendons plus souvent de cas concernant les consommateurs de cannabis et non de drogues de synthèse. Mais nous avons mis en place un comité de prévention que je préside et tous les acteurs influents y siègent.
Vous disiez lors de votre discours à l’occasion de l’ouverture de la 17e édition du Festival Kreol que vous souhaitiez que le nombre de touristes venant à Rodrigues double d’ici 2020. Vous savez que certains touristes ne sont pas forcément à la recherche d’authenticité sans un certain niveau de confort et d’infrastructures. Est-ce que cela est pris en compte?
Nous avons un produit pour chaque touriste. Nous avons des hôtels de luxe. Nous avons aussi le concept de touriste chez l’habitant, une initiative que nous avons lancée. Mais ce n’est pas évident. Le défi est de faire que les Rodriguais offrent un service de qualité tout en gardant l’âme rodriguaise. C’est un des défis que nous voulons relever. Nous essayons autant que possible de vanter le charme de notre nature. Par exemple, nous avons nos caves et nos réserves indigènes. Nous vantons également le fait que nous sommes une destination détente.
Comment voyez-vous Rodrigues dans dix ans?
(Rires) Le chef commissaire nous demande cela à chaque fois. Nous devons répondre aux attentes des Rodriguais. Nous voyons l’île développée, nous voyons que les gens seront davantage fiers de leur identité… Nous voulons que la population soit fière de vivre à Rodrigues.
Vous dites que les Rodriguais doivent être fiers de ce qu’ils sont et de leur langue. Ne pensez-vous pas qu’il est temps pour le kreol rodriguais de faire son entrée à l’Assemblée régionale?
Nous avons lancé la discussion. Mais disons que notre priorité est de faire que le kreol rodriguais soit introduit dans les écoles. Il faut comprendre que la lutte pour l’autonomie a aussi été une lutte identitaire et culturelle. Et la langue, c’est la culture. Nous avons déjà lancé le processus pour que, comme le kreol morisien, le kreol rodriguais soit introduit dans les écoles. Et là-dessus, il y a consensus à l’Assemblée régionale.
En parlant d’autonomie, avec la réforme électorale qui a été votée, sentez-vous que c’est vraiment ce que voulaient les Rodriguais?
Cette réforme n’est pas tombée du ciel. Nous avons parlé à des familles et chaque parti a eu l’occasion de soumettre un mémoire à ce sujet. Nous recherchions la stabilité ; la réforme parle de la représentation des femmes. Il n’y a pas eu d’unanimité, c’est vrai, et c’est tout à fait normal. Mais ceux qui ne sont pas venus à l’Assemblée régionale pour voter doivent assumer leurs responsabilités.
Vos mesures impopulaires passent, les idées révolutionnaires aussi. On a l’impression que les choses avancent beaucoup plus vite à Rodrigues. Où se trouve le secret?
Je vais vous donner mon opinion personnelle. Je pense que c’est dû au fait que le peuple rodriguais est homogène. 90% de la population rodriguaise a des origines africaines. Je pense que cela facilite certaines choses, parfois. Et puis, notre mandat est basé sur la démocratie participative. Il y a un dialogue permanent. Nous essayons autant que possible de faire comprendre aux gens ce que nous envisageons. Nous faisons ce qu’il faut, mais avec les gens.
Lors de l’ouverture du festival, une de vos collègues parlait de la manière dont les Rodriguais procèdent lors des cérémonies funèbres et on a cru comprendre que certaines personnes ont essayé de faire changer les traditions. Qui sont ces personnes?
Mais vous avez déjà la réponse à cette question. À Rodrigues, il y a une façon particulière de procéder à des cérémonies funèbres. C’est un moment de partage et de solidarité et nous devons préserver cela. Une des traditions importantes, c’est que l’on rende un dernier service à un proche décédé en lui donnant un bain. La culture, ce n’est pas uniquement le séga tambour…
Donc, à Rodrigues les sociétés funéraires ne peuvent pas offrir le service de bain des défunts?
Nous ne voulons pas casser cette tradition. Cela ne veut pas dire que les Rodriguais ne sont pas membres de sociétés funéraires… Mais ils continuent à faire la toilette de leurs morts. Voilà…
Publicité
Publicité
Les plus récents