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Banané zanfan, banané bann gran dimounn

1 janvier 2017, 06:42

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Il fut un temps, dans mon enfance, où l’arrivée du Nouvel An était LA fête par excellence, celle qu’il ne fallait rater sous aucun prétexte. Les familles, surtout les plus modestes, se faisaient un point d’honneur d’accueillir comme il se devait ce tout premier jour d’une nouvelle année qu’on voulait tout le temps meilleure que celle qui venait de s’écouler. La maman et le papa préparaient un bon menu, avec les faibles moyens dont ils disposaient, toujours quelque chose de spécial et de rare, que toute la famille partageait au déjeuner et au dîner. En ce temps-là, le téléphone portable n’existait pas, encore moins les «smart phones» ou les réseaux dits «sociaux». Tout le monde faisait honneur au repas, sans avoir la tête plongée dans leur mobile, à «liker» des photos d’«amis» situés à l’autre bout du pays ou à «converser» avec des inconnus. On se parlait en vrai, on riait de tout, on trinquait à la famille, à la camaraderie, aux amours… 

En ce temps-là, les valeurs familiales s’appelaient encore respect, responsabilité, bonnes manières, justice, égalité, honneur ou encore travail. L’argent ne coulait pas à flot, c’était même des fois la sécheresse bien avant la fin du mois, mais les parents ne laissaient rien paraître. Ils trimaient en silence, économisaient sou par sou, rognaient sur leur propre confort personnel pour que leurs enfants ne puissent manquer de rien. En ce temps-là, le temps de l’insouciance, les enfants n’avaient que deux ou trois vêtements «du dimanche». Pour une année. Du linge qu’ils usaient jusqu’à la corde, tirant le maximum du minimum qu’ils avaient. 

Le Nouvel An était l’occasion d’avoir des vêtements neufs, voire une paire de savates neuves… Mais les enfants ne se plaignaient pas. Jamais. Ils savaient. Sans même qu’ils aient à poser des questions aux parents. Ils participaient ainsi au soulagement du fardeau familial, en ne se roulant pas par terre, comme des enfants mal-élevés, pour réclamer le dernier jouet à la mode ou les vêtements griffés hors de prix vus dans les grandes surfaces. Ce temps où on se souhaitait «banané», le sourire aux lèvres et les yeux pétillants de bonheur, semble loin maintenant. 

Maintenant, c’est le règne de l’argent roi qui prévaut. La société de consommation a fait son oeuvre de destruction, en minant les valeurs qui ont contribué à produire le miracle économique mauricien des années 80 et 90. Les avancées technologiques, toujours les bienvenues mais tout aussi mal utilisées, ne font rien pour aider à recoller ce qui peut encore l’être. Les liens familiaux ne sont guère solides : des maris et des femmes qui souffrent d’un déficit de communication ; des divorces qui deviennent la norme plutôt que l’exception ; des enfants qui s’isolent dans leur monde virtuel, fait d’amis «connectés» en réseau ; des relations filiales qui n’existent plus que pour obtenir de l’argent de poche, par exemple ; les grands-parents qui ont perdu leur rôle de transmetteur de valeurs et de traditions, la liste est longue. C’est triste. Le Mauricien ne sait plus sourire. Certains diront qu’il ne le peut plus, la faute à trop de contraintes, de pressions, de problèmes qu’il ne peut surmonter tout seul. Où est passé ce Mauricien qui souriait même dans l’adversité et la précarité ? 

Ce Mauricien a disparu, certainement tué par l’image de voir son enfant s’en aller dormir le ventre vide, le gosier sec ; de voir sa femme crouler sous les petits boulots précaires, qui ne rapportent pas gros ; de voir son frère attendre vainement un travail qui ne viendra jamais, malgré sa collection de diplômes académiques ; de voir sa soeur souffrir, victime de violence domestique ; de voir son ami sombrer dans l’enfer de la drogue, sans espoir de s’en sortir ; de voir ses voisins qui ne lui parlent pas, pour des raisons bassement ethniques ou communales ; de lire le désespoir dans les yeux de ses parents âgés, malades et qui arrivent difficilement à vivoter de leurs maigres pensions… Alors, que faire pour lui redonner goût à la vie ? 

Nul ne détient la bonne réponse à cette question. C’est plutôt DES réponses que l’ensemble des Mauriciens se doivent de chercher. Pour y arriver, il nous faudrait sûrement redéfinir un projet de société ; ne pas hésiter à tout effacer pour recommencer à zéro ; avoir des dirigeants politiques compétents, propres et visionnaires ; un système éducatif qui comprend les réalités du 21e siècle et qui s’y adapte ; savoir se remettre en question jour après jour, avec conviction ; prendre ses responsabilités quand et où il le faut ; trouver quels moyens utiliser pour aider le pays et non pas s’attendre à être aidé par le pays, entre autres. Autant de résolutions qui semblent appropriées pour ce premier jour de l’an. Il ne tient qu’à nous pour n’en réaliser ne serait-ce que quelques-unes, cette année. Engageons-nous à changer notre société pour le meilleur. «Banané zot tou !» 

 

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