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René Leclézio: «Laissons la politique aux politiciens, l’investissement aux investisseurs»
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René Leclézio: «Laissons la politique aux politiciens, l’investissement aux investisseurs»
Au Caudan Development Ltd, c’est «business as usual», note René Leclézio, Managing Director de Promotion and Development. La société holding Promotion and Development (PAD) mise sur un projet d’envergure dans la filière culturelle. Un moyen de contrebalancer la morosité dans les autres secteurs, dont le commerce.
Le dernier bilan financier de Caudan Development Ltd, qui fait partie de la société holding Promotion and Development (PAD), fait état de revenus de Rs 461 millions et de dépenses opérationnelles de Rs 390 milliards. Qu’est-ce qui explique des dépenses opérationnelles de cette envergure. Est-ce la nature de vos activités commerciales ?
En partie, oui. Mais il y a aussi des facteurs combinés, qui vont des coûts fixes par rapport à la location de bureaux – qui sont restés sans occupants depuis quelque temps – aux paiements excessifs d’heures supplémentaires aux agents de sécurité de Caudan Security. Des coûts dont nous avons dû tenir compte dans le dernier bilan, et qui ont influé sur les résultats financiers.
Le bilan financier indique une hausse du taux de remplissage à l’issue de cette période financière…
Au 30 juin dernier, nous avions dépassé la barre des 90 %. Mais nous avons toujours des espaces bureaux à louer et des magasins à remplir. La concurrence est rude dans ce créneau d’activités, avec des périodes cycliques pour le taux de fréquentation des magasins. C’est le cas actuellement pour le shopping qui, visiblement, attire un peu plus de monde au Caudan.
Vous faites aussi référence aux paiements excessifs pour des heures supplémentaires ?
Il faut faire remarquer que l’activité liée aux services de sécurité souffre d’un manque de bras sur le marché local. En fait, nous éprouvons des difficultés à recruter des agents de sécurité vu qu’ils refusent aujourd’hui de travailler la nuit. Avec pour conséquence que nous avons dû recourir à de nouvelles technologies pour pallier cette pénurie d’effectifs, soit l’installation de caméras et de «sensors».
L’autre solution, à terme, est la possibilité de faire venir des travailleurs étrangers pour s’adonner à cette tâche. Notamment en provenance de l’Inde où il existe un réservoir de travailleurs formés dans la sécurité. Or, il se trouve que le gouvernement n’a jusqu’ici pas accédé à notre demande d’importation de main-d’oeuvre. Évidemment, nous allons poursuivre notre démarche afin de faire comprendre aux autorités la pertinence de notre demande.
Entre-temps, Caudan Development a réussi son opération de levée de fonds par le biais de l’émission d’un milliard d’actions à Re 1 unité ?
Tout à fait. Ce projet a passé toutes les étapes pour être approuvé par l’ensemble des actionnaires. Concrètement, cette enveloppe de Rs 1 milliard vise d’abord à financer l’ambitieux projet culturel dans lequel la compagnie se propose d’injecter Rs 750 millions pour la mise en place d’une industrie de la culture et de la créativité. Et ensuite à réduire le niveau d’endettement de la compagnie qui a atteint plus de Rs 800 millions au 30 juin dernier.
Avec ce projet, le Caudan fait son entrée dans l’industrie de la culture et de la créativité...
Absolument. Du reste, ce projet s’inspire des résultats d’une récente étude réalisée par le cabinet Ernst & Young sur l’économie du patrimoine et de la créativité à l’échelle mondiale. Le constat dressé par Ernst & Young est clair : ce secteur est hautement porteur en termes de production de revenus, de création d’emplois et de recettes d’exportation. D’où notre démarche en investissant dans ce projet dont l’attrait principal demeure l’installation d’une infrastructure composée d’une salle polyvalente de 400 places dotée d’équipements d’une valeur de Rs 100 millions. D’ailleurs, le Caudan souhaite s’inscrire dans sa troisième phase de développement grâce à ce nouveau pôle culturel.
Une manière pour le secteur privé d’investir dans la culture ?
Effectivement car l’industrie des arts, de la culture et de la créativité a un énorme potentiel et notre rôle consiste à mettre en place les structures devant permettre son développement pour atteindre un nouveau palier d’évolution. Évidemment, dans un tel projet, il faut se donner les moyens de ses ambitions pour sortir des sentiers battus et offrir aux Mauriciens épris d’art et de culture un produit répondant aux normes internationales. Et je crois, sans risque de me tromper, que notre offre sera unique à Maurice et dans les pays de la région.
Et en termes de logistique et de représentations ?
Nous allons faire appel aux technologies les plus récentes dans ce domaine en termes d’éclairage, de caméras, de climatisation, de sonorisation, et ce, pour permettre aux spectateurs d’assister dans de meilleures conditions à des présentations de haut niveau, en live ou en différé. Certes, il n’y aura pas que des représentations théâtrales. Le centre sera aussi utilisé pour la tenue d’activités artistiques, événementielles, poétiques, culturelles, musicales et littéraires.
C’est un nouveau créneau d’activités au sein du groupe pour contrebalancer la performance d’autres pôles qui souffrent des effets de la morosité ?
Dans une certaine mesure, oui. Mais il s’agit aussi de pouvoir dégager un bon mix au niveau de la clientèle qui, tout en fréquentant le Caudan pour le shopping, peut être attirée vers d’autres attractions comme celles que nous comptons proposer à partir du 12 mars 2018.
Vous êtes également à la tête de PAD qui est la holding de Caudan Development Ltd, de la Mauritius Freeport Development Ltd (MFD) et du groupe Médine, entre autres. Comment se présentent les autres activités du holding ?
Les choses bougent. Au niveau de la MFD, il y a le projet d’infrastructure pour la logistique dans l’enceinte aéroportuaire, qui est déjà bien enclenché. La compagnie renoue aujourd’hui avec la profitabilité et se positionne comme un des leaders dans son secteur.
Quant au groupe Médine, c’est un groupe qui est impliqué dans plusieurs projets liés à quatre secteurs d’activités, nommément l’immobilier, l’agroindustrie, l’éducation et les loisirs, et ce, conformément à sa nouvelle orientation stratégique. Aujourd’hui, Médine est devenu un gros chantier. La route reste encore longue mais avoir une vision à long terme est un acte de foi dans notre pays.
«L’activité liée aux services de sécurité souffre d’un manque de bras sur le marché local.»
Que représente la composante sucre au sein de cette nouvelle stratégie ?
Très minime. Pour le moment, la question de fermeture ne se pose pas. Nous avons un litige avec le Syndicat des Sucres au sujet des primes de raffinage que nous percevons quant à la vente de notre sucre.
Vu que notre demande de commercialiser seul notre sucre n’a pas été acceptée, nous demeurons toujours de facto membre du Syndicat. Le ministre de l’Agro-industrie Mahen Seeruttun s’est engagé personnellement à intervenir pour trouver une solution à ce litige. Nous espérons qu’il y parviendra à la satisfaction de toutes les parties. Car il faut se rendre à l’évidence : la fermeture de Médine, si fermeture il y a, coûterait beaucoup plus cher que les primes que le Syndicat est appelé à nous payer.
L’économie a été reléguée au second plan suivant les changements devant intervenir au sommet de l’État après le souhait du Premier ministre de se retirer. C’est une situation qui est loin de rassurer les investisseurs au vu du manque de visibilité ?
C’est aux investisseurs d’investir. Il faut laisser la politique aux politiciens. La visibilité est dans les investissements que nous faisons. Pour moi, c’est du business as usual et nous sommes résolument engagés à jouer pleinement notre rôle d’investisseur et d’opérateur économique.
Vous n’éprouvez aucune crainte quant à l’avenir économique du pays ?
Bien sûr que non. Maurice n’est pas l’Afrique, où les changements politiques peuvent tout bousculer du jour au lendemain. Nous allons célébrer nos 50 ans d’indépendance en 2018 et, autant que je sache, il n’y a pas eu de bouleversements économiques durant cette longue période.
Pensez-vous qu’il faille remettre l’économie au centre des priorités ?
Pour la communauté des affaires, elle l’est déjà car nous avons des comptes à rendre aux investisseurs et à nos employés. Notre focus est sur l’économie. En revanche, pour ceux qui recherchent des faveurs auprès du gouvernement pour leur business, c’est une autre paire de manche.
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