Publicité

Bhooneswur Sewraj: «Ce titre est une reconnaissance par mes pairs»

24 septembre 2016, 16:29

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Bhooneswur Sewraj: «Ce titre est une reconnaissance par mes pairs»

Me Bhooneswur Sewraj, plus connu comme Raju, avoue qu’il n’a jamais eu pour priorité l’argent puisqu’il vient d’un milieu aisé. Il a, par contre voulu, se faire un nom dans le métier. Récemment nommé Senior Attorney, son but est atteint, dit-il. Mais cela s’est parfois fait au détriment des siens.

Ce qui frappe de prime abord avec Raju Sewraj, c’est le léger accent étranger qui teinte son français. Rien de plus normal puisque sa mère, Janki Kumari Sinha, est originaire de l’Inde. L’autre aspect marquant de sa personnalité qui ressort de cet entretien se déroulant dans son opulent bureau, c’est sa franchise. Il n’essaie pas d’enjoliver la réalité ou de se faire passer pour meilleur qu’il n’est.

C’est ainsi que ce fils né du deuxième lit d’Arjoon Sewraj – grand propriétaire terrien dans le Nord, un des fondateurs de Triolet Bus Service comme du club de foot Hindu Cadets et importateur des cigarettes Mills –, avoue, par exemple, que contrairement aux autres aspirants avoués, qui devaient étudier et travailler simultanément lors de leur articleship, il n’a pas été astreint à la même rigueur de travail. Car il était apparenté aux deux avoués chez qui il a fait son stage.

Il n’hésite pas à dire aussi que, pour lui, «l’argent est secondaire», puisqu’il en a toujours disposé. Et que ce qu’il a voulu avant tout, c’est se faire un nom en instruisant des affaires très médiatisées. Sans compter ses confidences sur le fait qu’il n’a pas toujours été le père modèle qu’il avait pensé être…

Difficile de croire que cet avoué de 54 ans, qui a réussi à asseoir sa réputation en 27 ans de carrière, n’était pas très chaud lorsque l’un de ses beaux-frères, Ganesh Ramdewar, Senior Attorney, a suggéré à son père de l’envoyer faire des études d’avoué. La logique derrière cette demande étant que la famille Sewraj possède de nombreuses affaires et qu’elle ne serait pas en reste de judicieux conseils légaux. Lui veut terminer ses études de sciences au collège Royal de Rose-Belle et aller étudier la médecine à l’étranger pour faire plaisir à son père. Mais s’il s’écoutait, il aurait fait des études en gestion des affaires.

Accepté dans deux universités, une britannique et l’autre sud-africaine – ce qui constitue un exploit car à l’époque, l’apartheid sévit toujours dans ce pays de l’Afrique australe –, à l’approche du grand départ, il sent une grande tristesse chez son père qui est affaibli par la maladie. Très attaché à ce dernier, Raju Sewraj fait alors un virage de 360° et décide de rester à Maurice et d’étudier pour devenir avoué. Ce milieu est à l’époque très fermé. Pas pour lui qui y a de la famille. Ainsi, il fait les deux premières années de son articleship chez feu Surren Lallah et les deux années suivantes au bureau de Kailash Purryag.

«Dès le départ, j’ai peut-être été plus favorisé que les autres car faire son articleship signifiait travailler et étudier en même temps . Du fait que j’étais apparenté aux deux avoués susmentionnés, la question de travailler ne se posait pas. Je me rendais chez eux pour voir quelles affaires étaient traitées, quelles plaintes devaient être rédigées… Et j’allais en cour avant de me rendre à l’université de Maurice pour suivre la formation du Council of Legal Education.»

Il n’empêche qu’il s’applique tant et plus qu’il sort major de sa promotion et obtient le prix de la Law Society. Il se met à son compte en 1989. Dans sa pratique professionnelle, il se montre «très sélectif. Je voulais embrasser une profession où j’aurais une reconnaissance, me faire un nom sur les high-profile cases». C’est ainsi qu’il instruit des cas pour les grands noms du barreau comme sir Hamid Moollan, Désiré Basset, Gavin Glover, Mooloo Gujadhur et feu Khader Bhayat, pour ne citer que ceux-là.

Appelé à dire quel cas l’a le plus marqué, Raju Sewraj cite une demande de garde d’enfant émanant d’un père suédois. L’avocat pour qui il instruisait l’affaire était Marc Hein. «Avant ce cas, je ne comprenais pas pourquoi un homme qui divorce devait se battre pour la garde de son enfant puisque la maman était là. C’est lorsque j’ai instruit ce cas que j’ai compris la profondeur de l’amour paternel et le lien qui devrait exister entre un père et son enfant.»

«Pour avoir un travail parfait, il y a un prix à payer. Les gens vous paient et vous devez donner le maximum de vous-même.»

À l’époque, il est certes marié à Santessa, à qui il dédie d’ailleurs son titre de Senior Attorney, mais n’était pas encore père de famille. Ils ont par la suite eu un fils, Nevish, aujourd’hui âgé de 23 ans, et une fille, Tassya, dix ans. Raju Sewraj s’est longtemps considéré comme un «papa modèle» jusqu’à ce que son fils vienne lui annoncer son départ pour des études supérieures de droit. «C’est là que j’ai réalisé qu’à force de travailler et d’être perfectionniste dans mon métier, je n’avais pas passé du temps avec mon fils. Le matin, je quittais la maison très tôt et je rentrais tard lorsqu’il était sur le point d’aller se coucher. J’ai réalisé que je n’avais jamais joué au football avec lui. Quand il m’a annoncé son départ prochain, mon monde s’est écroulé.»

Ayant pris la pleine mesure de ce manquement, il a essayé de rattraper le temps perdu. Sachant par exemple que son fils, qui étudiait le droit à Bordeaux, en France, aime comme lui l’équipe de foot de Chelsea, alors que le club Paris Saint- Germain allait disputer une finale contre cette équipe, il leur a acheté deux billets pour qu’ils voient le match ensemble. «J’ai essayé de me racheter depuis. Mais bien que le temps ait passé, cela m’affecte toujours lorsque je réalise que Nevish est plus proche de sa mère que de moi. S’il a besoin de quelque chose, il se tourne toujours vers elle en premier. Gardant tout cela en tête, j’essaie de ne pas commettre la même erreur avec notre fille.»

Depuis cet accablant constat, il se fait un devoir d’éteindre son téléphone le vendredi dès qu’il rentre chez lui et consacre son week-end entier à sa famille. «Il arrive parfois que lorsque je suis sur une grosse affaire, j’emmène le dossier à la maison pour le faire avancer. Mais je ne m’en occupe que le dimanche après-midi.» Il pense que son fils, qui attend ses résultats de Bar et est en stage à son cabinet, a compris en baignant dans ce monde légal que «pour avoir un travail parfait, il y a un prix à payer. Les gens vous paient et vous devez donner le maximum de vous-même».

Ce passionné de chevaux – il est membre de l’écurie Perdrau depuis trois ans – ne se rend au Champ-de- Mars que lorsque ses trois chevaux courent. «Depuis le début de la saison, je n’y ai été que deux fois», déclare cet homme qui se dit «comblé par Dieu».

Qu’est-ce que sa nomination en tant que Senior Attorney changera dans sa vie? «Ce titre est une reconnaissance par mes pairs mais ne changera rien dans ma vie professionnelle. Je serai toujours le même Raju Sewraj…»

Publicité