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Astrid Hirschelmann, criminologue: «Un acte de folie meurtrière»

5 mars 2016, 07:59

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Astrid Hirschelmann, criminologue: «Un acte de folie meurtrière»

 

Une criminologue francaise, Astrid Hirschelmann, de l’Université de Rennes 2, jette un regard sur le double crime de Camp-de-Masque-Pavé. Elle estime que c’est un acte de folie meurtrière.

Y a-t-il généralement un lien entre le degré de violence et l’état d’esprit d’un meurtrier ?

Ce type de crime a moins à voir avec un état d’esprit qu’avec une vulnérabilité-fragilité psychologique chez l’auteur qui, dans certaines situations, peut se trouver débordé affectivement, comme cela a été visiblement le cas ici. Il faut analyser la relation entre l’auteur et les victimes. Des actes aussi violents sont plus des actes de désespoir, de vécus et d’impasses psychiques que des actes haineux et planifiés.

Le fait que l’auteur ne s’enfuit pas après le crime, qu’il tente éventuellement de se suicider et/ou se trouve dans un état confusionnel sont des signes assez significatifs. Les victimes sont moins attaquées pour ce qu’elles sont que pour ce qu’elles représentent dans la situation (un mal ou une douleur à supprimer).

À quel âge peut-on parler de crime passionnel ?

Au fond à tout âge. Sachant que les adolescents sont particulièrement fragiles sur le plan de l’affectivité et de l’intimité et sont souvent très affectés par des difficultés relationnelles, surtout lorsque leur estime de soi est faible et les liens d’attachement et l’affectivité sont perturbés. Les déceptions amoureuses sont souvent vécues comme assez tragiques et laissent parfois apparaître des tendances mélancoliques («je ne vaux rien», le droit d’existence est remis en question). Agresser l’autre revient en définitive à s’agresser soi-même et relève d’un acte de désespoir profond.

Dans ce cas présent, la famille du présumé meurtrier n’a rien vu venir. C’était un adolescent comme les autres, sans histoire, et qui n’a démontré aucun signe de violence dans le passé. Sa seule particularité, selon ses voisins, c’est qu’il est un peu renfermé sur lui-même et timide. La question est : y a-t-il des signes avant-coureurs chez un adolescent susceptible de tuer «par amour» ?

Pour l’entourage, il est difficile d’interpréter les signes avant-coureurs. Il y en a toujours, mais on mesure mal leur ampleur. Les proches observent souvent une agitation anxieuse, effectivement le repli sur soi n’aide pas, car la personne rumine trop ses difficultés toute seule.

Mais, sauf pour les proches, qui sentent souvent un changement de comportement avant-coureur, il est difficile d’anticiper un meurtre, surtout, comme probablement ici, lorsque la personne se sent débordée lors du passage à l’acte. L’acte ressemble à ce qu’on appelle classiquement une «folie meurtrière». Le temps du passage à l’acte, l’auteur perd le contact avec la réalité et lorsqu’il se ressaisit ou reprend ses esprits, il se trouve souvent dans un état de désespoir important. D’où des tentatives de suicide, une errance ou une stupeur possibles après le passage à l’acte.

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