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Mary-Anne Legallant, coordinatrice des centres d’éveil à Caritas: «Il faut un salaire minimum»

30 novembre 2015, 09:09

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Mary-Anne Legallant, coordinatrice des centres d’éveil à Caritas: «Il faut un salaire minimum»

Les enfants, d’après l’article 27 de la Convention, ont droit à un niveau de vie décent. Comment leur permettre si leurs parents eux-mêmes sont incapables de subvenir à leurs besoins de base ?

Au niveau de Caritas, nous avons mis en place les centres d’éveil. Nous prenons les enfants à la base. Car c’est à la base même que l’enfant doit avoir une éducation adaptée avec tout ce qu’il faut pour qu’il se développe. Nous avons 15 centres d’éveil et chaque centre touche 25 enfants. Ils ont 10 ans d’existence. L’enfant vient de l’âge de 2 ans à 3 ans. Il fait un an avec nous puis il rentre à la maternelle. Les enfants ont le repas l’uniforme, le transport, tout est gratuit. On doit d’ailleurs tirer un chapeau aux sponsors à ceux qui nous aident croient dans le projet. Peut-être qu’avec le Kolektif Drwa Zanfan Morisien (ZDZM) cela fera davantage avancer les droits des enfants. Parmi, on défend le droit à l’alimentation, aux loisirs, à une vie décente, c’est ce qui nous tient à cœur.
Mais ce n’est pas seulement l’enfant que l’on prend en compte via ces centres, mais aussi la famille, le budget, le niveau de vie, les besoins de formation, d’une meilleure éducation, les potentialités pour leur permettre d’avoir un autre revenu, s’ils ont un talent à exploiter, à travers le «lifeskill management » notamment, et d’autres formations sur les valeurs humaines. Nous avons une approche globale pour le bien-être de la famille et de l’enfant. Pour redonner à ces personnes leur dignité, retrouver l’estime de soi. Nous avons des lieux de permanence dans 45 paroisses. Nous sommes presque tous les jours disponibles pour apporter notre aide.

Avez-vous l’impression de que ces familles, ces parents, sont conscients des droits de leurs enfants ?
Pas vraiment. On voit ça avec l’éducation, il faut tout le temps les encourager à continuer à envoyer leurs enfants à l’école. C’est dur vu qu’eux-mêmes n’ont pas été à l’école longtemps. Il y a le problème des moyens financiers, ainsi que celui de la motivation des parents. Même si l’éducation est gratuite, il faut cet accompagnement. Pendant les vacances, des centres organisent des activités extrascolaires, les après-midi aussi, nous sommes là pour l’accompagnement. Tout ça pour montrer aux parents l’importance de l’éducation et leur faire prendre leurs responsabilités. La formation des parents aussi c’est notre priorité. On a l’école des parents, pour leur enseigner des valeurs.

Comment définissez-vous au niveau de Caritas un niveau de vie décent ?
Les besoins de base essentiels : logement décent, pas seulement une maison avec une pièce, comme certains NHDC avec une seule chambre où il faut mettre une séparation. Ce n’est pas vraiment un logement décent avec 50 m2. Avoir aussi l’eau, l’électricité, un environnement sain, car la promiscuité engendre des problèmes autres, des espaces verts où les enfants puissent jouer. Or, souvent, avec les NHDC ils sont dans un fin fond où il n’y a pas de transport, il n’y a pas d’accès.

Vous qui êtes sur le terrain, avez-vous l’impression que la situation des enfants s’améliore ?
La situation, n’est pas des désespérée, il y a des améliorations de loisirs, mais ce n’est pas accessible à tous. Nous, nous sommes conscients des besoins de l’enfant pour son développement, on peut offrir une facilité pour une vingtaine/trentaine d’enfants par centre, mais ce n’est pas accessible à tous les enfants. Avec ce collectif et cette collaboration avec le ministère de l’Egalité des genres, cela peut apporter quelque chose.
Cela dépend aussi des endroits. La situation de certains parents est parfois telle qu’ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école. C’est vrai qu’elle est gratuite, mais cela demande du matériel scolaire, des uniformes, de quoi manger. Le school feeding project a été interrompu cette année or, c’est un besoin. Des enfants vont à l’école le ventre vide. Certaines régions s’organisent pour offrir à manger mais pas partout.
Mais nous avons bon espoir. C’est ça qui nous tient ! On a espoir parce que c’est pour cela que nous nous engageons, que nous nous battons. Quand nous voyez ces témoignages de reconnaissance, cela nous donne une motivation à aller de l’avant, de toujours aider. On sait qu’il y a des barrières aussi mais on ne baisse pas les bras.
Maintenant nous sommes en groupe avec le KDZM, nous pouvons davantage donner de la voix. Avant on se battait tout seul, maintenant on est ensemble on peut être entendus. ‘Seul on peut aller vite mais ensemble on peut aller loin’…
Parce que le niveau de vie est en train de dégringoler. Même des familles qui étaient modestes deviennent de plus en plus pauvres. On pense qu’une solution serait d’avoir un salaire décent qui permette aux gens de vivre, un salaire de base.

D’après l’article 31, l’enfant a aussi droit aux loisirs. Comment faire appliquer ce droit si déjà les besoins primaires sont insatisfaits ?
A Caritas, dépendant de l’espace que nous avons, certains des centres d’éveil offrent des facilités de loisirs. Nous proposons également la natation, le badminton, le tennis, la musique, la voile. Pas seulement des matchs de foot. Aller dans un gymnase pour jouer au badminton par exemple, c’est valorisant pour l’enfant. Il faut lui donner le meilleur. Nous organisons des initiations à la danse, au golf. C’est aussi valorisant pour toute la famille, cela contribue à l’estime de soi. Mais beaucoup de jardins d’enfants ne sont pas assez entretenus pour qu’ils puissent y jouer. Il n’y a pas de lumière, le gazon envahit.

De quoi d’autre auriez-vous besoin pour aider davantage les enfants ?
Il faudrait une table ronde, qui réunisse les autorités, les ONG, la société civile. Nous sommes sur le terrain, nous avons la connaissance, on ne peut pas imposer aux gens, on doit faire avec eux. Les pauvres ne sont pas écoutés. Il faut que le gouvernement et la société civile se mettent ensemble pour qu’on puisse voir quels besoins il y a. A Caritas, nous sommes sur le terrain depuis 50 ans. Nous avons vu les fruits que rapportent nos projets.
A part le salaire de base, il faut aussi «empower» ces gens. Les politiques, les lois et le travail de terrain sont complémentaires. Les deux sont importants. Une collaboration est impérative. Par exemple, si, pour le Chidren’s bill Caritas a été consulté via le KDZM, pas directement, pour le plan Marshall nous n’avons pas été consultés du. Or cela nous concerne, nous sommes dans le domaine de la pauvreté. 

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