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Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, directrice, Pédostop: «La synergie entre les organismes qui aident les enfants est insuffisante»
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Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, directrice, Pédostop: «La synergie entre les organismes qui aident les enfants est insuffisante»
- Outre des violences sexuelles, l’article 19 de la Convention vise à protéger les enfants contre toutes formes de violence. Cela relève clairement de la responsabilité des autorités. En sont-elles capables ?
La protection des enfants relève des autorités mais aussi de chaque citoyen mauricien ou vivant à Maurice. Car la majorité des violences que subissent les enfants sont intrafamiliales.
Environ six enfants sur dix dans le monde, de 2 à 14 ans, sont soumis à des châtiments physiques/corporels infligés par les personnes qui s’occupent d’eux de manière régulière, selon l’Unicef, en septembre 2014.
Dans le dernier rapport d’Unicef France et de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie, sur l’impact des violences sexuelles à l’âge adulte en mars 2015, il est mentionné que quel que soit l’âge des victimes, les résultats de l’enquête indiquent que «les sphères familiales et amicales constituent le contexte le plus favorable aux violences et le plus grand réservoir d’agresseurs. Ce sont les enfants qui courent le plus de risques de subir des violences sexuelles, et c’est au sein du foyer que ce risque est le plus élevé».Plus de 90 % des violences sexuelles sont commises par des proches de l’enfant.
Cela dédouane-t-il pour autant l’Etat ?
Non. La protection de l’enfance est aussi, bien entendu, la responsabilité des autorités, de l’Etat mauricien.
Ce qui est primordial c’est la volonté politique de protéger les enfants contre toute forme de violence à Maurice. Si elle est là, le budget sera dégagé pour former les officiers impliqués dans la protection de l’enfance. Et toute mesure, aussi difficile soit-elle de revoir les équipes, de les renforcer, de repenser la structure pour qu’elle soit efficace, sera alors prise.
Nous avons entendu de nombreux discours, nous attendons de voir les actions. Le ministère de l’Egalité des genres, du développement de l’enfant et du bien-être de la Famille semble souhaiter l’efficacité du fonctionnement, ce qui est positif.
Plusieurs recrutements d’officiers et de psychologues ont été effectués, cela était plus que nécessaire depuis de nombreuses années, c’est déjà un pas.
Il reste la formation des officiers. Formation de base et formation continue, assurée par des personnes compétentes. Formation qui devrait être obligatoire. Cette formation devrait être axée sur les problématiques de société auxquelles ils font face : sur les diverses formes de violence et les conséquences. Mais aussi sur la manière de parler aux enfants, d’entendre et de respecter leurs propos, sur l’importance de guider les parents dans leur parentalité pour éviter le recours à la violence, etc. Pour cela, il importe de reconnaitre la nécessité de se remettre en question, la nécessité de se mettre à jour avec les approches efficaces pour aborder les enfants et leurs familles. Ce qui est valable pour tous les corps de métier.
Il manque de synergie entre le Bureau de l’Ombudsperson for Children, la Brigade des Mineurs, la Child Development Unit et les organisations non-gouvernementales. Ce serait précieux d’établir des procédures précises pour agir efficacement dans toutes les situations de signalements où un enfant est en danger.
- De quoi ont encore besoin des organismes comme la CDU ou la police pour mieux s’occuper des enfants victimes ?
Ils ont besoin de formation spécifique sur les problématiques de société. Sur leur manière d’interroger les enfants. Ils ont besoin d’aménager les locaux pour qu’ils soient child friendly.
- Avez-vous l’impression qu’il y ait une réelle volonté politique pour combattre la violence sexuelle et la violence en général contre les enfants ?
La violence est encore trop minimisée et banalisée à Maurice. Les châtiments corporels sont interdits dans les institutions scolaires, selon l’article 13(4) de l’«Education Regulations Act» de 1957, mais pas dans les familles, ni autres institutions.
L’île Maurice a été interpellée plusieurs fois par les Nations unies pour interdire toute forme de punition corporelle. Et dans les Concluding Observations du Comité des Droits de l’enfant de février 2015, l’article 38 le réitère :
«The Committee urges the State party to ensure that its legislation including the Children’s Act explicitly prohibit corporal punishment in all settings. The Committee also urges the State party to promote positive, non-violent and participatory forms of child-rearing and discipline. The State party is also encouraged to establish a clear reporting system of incidents of corporal punishment, notably in schools.»
Il faut s’assurer de l’application de la loi et re insister sur l’article 11 du Child Protection Act mentionnant l’obligation de signalerles cas de violence sur les enfants, selon le Child Protection Act (1998, amendé 2005), «making it a duty for any person exercising any medical or paramedical profession or a member of the staff of a school to report cases of suspected abuse […]»
Le manquement à cette obligation légale constitue une infraction pénale, passible d’une amende n’excédant pas Rs 25 000 et d’un emprisonnement n’excédant pas 2 ans.
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