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Viken Vadeevaloo, directeur, Adolescent Non-Formal Education Network (ANFEN) «Le système éducatif, un crime contre le potentiel humain»
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Viken Vadeevaloo, directeur, Adolescent Non-Formal Education Network (ANFEN) «Le système éducatif, un crime contre le potentiel humain»
La convention des Droits des enfants stipule, articles 28 et 29, que tous les enfants ont droit à l’éducation sur le principe de l’égalité des chances et que cette éducation doit viser à les épanouir. Mais il semble que le système éducatif mauricien ne remplisse pas ce rôle…Pensez-vous que le «nine-year schooling» va améliorer les choses ?
Nous sommes pourtant équipés pour dispenser une éducation de qualité à tous. En sus de tous ses efforts financiers pour le secteur éducatif, l’Etat mauricien peut être fier de ses structures en place. Sommes-nous pour autant efficaces et efficients dans ce secteur ? Dans le fond ça cloche, pour preuve, le réseau ANFEN de 20 centres absorbe 1 100 apprenants éjectés du système scolaire à 12ans. Le droit à l’éducation ne garantit pas un accès à tout le monde. Le taux d’échec dans un système élitiste est évidemment fort car l’approche ne tient pas compte du climat émotionnel et social d’un apprenant. Les moins chanceux sont rejetés et les rescapés du système ont souvent des diplômes florissants mais deviennent individualistes. Beaucoup de recruteurs déplorent que notre système éducatif fasse fi de l’épanouissement du jeune.
Le but de la réforme ne vise pas spécifiquement à faire respecter les droits de la convention. On se complaît dans nos efforts et nos structures. Un adolescent analphabète le restera dans le nine-year schooling car la pédagogie traditionnelle n’est pas adaptée. Dans le secteur non-formel, il existe des méthodes qui, malheureusement, n’intéressent pas les connaisseurs de l’Etat qui conseillent les décideurs.
Cette réforme attendue combat le CPE mais pourrait-elle se réinventer sans revisiter sa pédagogie ? Ne faut-il pas avoir des professeurs à vocation préférentielle pour les plus faibles ? Là on pourra parler d’équité et de démocratisation de l’éducation.
A mon humble avis aucun ministre de l’Education n’a pu fonctionner librement dans son approche. Un lobby rétrograde existe et les syndicats sont souvent des «souffre douleur» qui oublient l’intérêt du pays et de l’enfant. C’est ingrat d’être ministre de l’Education dans notre pays.
Quid du préscolaire qui reste la base de l’éducation ?
La convention ne mentionne pas l’éducation pré-primaire gratuite pour tous, est-ce si difficile de comprendre que c’est là où le bât blesse ? Il n’y a pas de niveau standard pour l’éducation à ce stade de départ !
C’est scandaleux de constater que certains adolescents arrivent chez ANFEN sans savoir écrire leur nom et même sans être capable de tenir un crayon ! Souvent un jeune qui rate son alphabet rate complètement sa scolarité primaire – je rappelle qu’elle est gratuite. On ne peut pas continuer à faire des faux départs avec l’avenir de notre nation, les plus pauvres et les plus faibles en souffrent. Il faut aller plus loin que ce que recommande la convention.
Comment offrir une chance égale à tous (les enfants ayant droit à la non-discrimination d’après l’article 2), sachant que de toute façon, un enfant pauvre ou d’un milieu peu éduqué partira avec un handicap ?
Déjà nous voyons que l’éducation pré-primaire n’est pas démocratisée. D’autre part, notre système ne s’occupe pas assez sérieusement des moins chanceux, un analphabète ne peut pas rester des années à admirer un tableau sans comprendre le sens des mots. C’est plus grave que de la discrimination, c’est un crime contre le potentiel d’un être humain. Einstein dit que tout le monde est un génie mais si vous jugez un poisson par ses capacités à grimper à un arbre il finira par croire qu’il est stupide toute sa vie.
Attention ! La pauvreté n’est pas un handicap à l’éducation. Les parents analphabètes ont des enfants brillants car ils ont la stabilité familiale qu’il faut. La détresse émotionnelle qui peut découler de la pauvreté est un réel frein à l’épanouissement. Petit pauvre et encadré devient grand et fort, c’est connu ! Autre perversion, c’est les leçons particulières, des bourreaux prennent l’argent des enfants qui ne savent ni lire et ni écrire pour ne leur faire atteindre aucun progrès. Il y a de grandes décisions impopulaires à prendre !
Nous devons avoir plus que des structures mais un plan d’accompagnement psycho-social avec des psychologues et travailleurs sociaux qualifiés pour aider dans l’enseignement. Effectivement c’est difficile et complexe mais pourquoi ne pas avoir un plan et un partenariat Etat et ONG ? Pour rendre justice il faut une approche équitable - une société moderne fait plus d’effort pour ses plus faibles membres.
Nous avons de belles années de lutte devant nous et il faut du courage pour réformer ce secteur. On peut espérer qu’un jour Maurice développe un plan Marshall sérieux indéboulonnable par la politique partisane. Nous sommes disponibles s’il y a un forum de discernement et de plan d’action. La société civile fait sa part avec de maigres moyens.
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