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La politique dans le sang

24 août 2015, 11:04

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La présence des dynasties en politique peut facilement être perçue comme un accaparement du pouvoir par certaines familles. Cela serait cependant trop simpliste de s’arrêter à ce raisonnement. Nous avons cherché à comprendre ce qui engendre une telle situation et ce qui en découle dans le contexte mauricien.

 

En considérant l’évolution de notre système politique, il en ressort que cela ne représente pas une anomalie.

 

Toutefois, une transmission de pouvoir de père en fils pourrait mettre en péril les principes fondamentaux de la démocratie.

 

 

Un système élitiste

 

Selon Tania Diolle, chargée de cours en sciences politiques à l’université de Maurice, cette pratique ne sort pas de l’ordinaire. Elle nous fait part que dans un système élitiste, selon les théories d’auteurs tel que Pareto et Mosca, il est tout à fait normal que des parents transmettent leur savoir, leurs passions et leurs idéologies à leurs enfants. Ces enfants à leur tour seront beaucoup plus informés sur le fonctionnement du système et il est fort probable qu’ils développent un intérêt similaire.

 

Notre interlocutrice nous fait part que cette pratique, malgré le fait qu’elle soit très commune en démocratie, peut représenter un danger pour la démocratie s’il n’y a pas de mobilité au sein de cette élite politique. En d’autres mots, cela veut dire qu’il faut qu’il existe des mécanismes au sein du monde politique qui permettent aux jeunes sans patronyme de faire leur entré en politique. Pour l’instant à Maurice, selon Mlle Diolle, c’est ce qui fait défaut.

 

«Le nom est un brand»

 

Jean-Claude de l’Estrac, ancien homme politique, actuellement secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, n’est pas choqué par l’existence des dynasties politiques.

 

«C’est un phénomène courant, elles existent partout dans le monde y compris dans les grandes démocraties, en Inde, aux Etats-Unis et dans d’autres régimes en Asie, en Afrique.»

 

Il explique que le patronyme est en quelque sorte un «brand». Cela sert en politique parce que l’électeur a tendance à privilégier le connu, ce qui lui semble familier. C’est le cas pour les Ramgoolam, les Jugnauth, les Duval, les Mohamed, les Uteem.

 

Jean-Claude de l’Estrac précise toutefois : «Mais si le brand ouvre des portes, il n’est pas un avantage définitif, tous ces noms célèbres ont une fois ou l’autre mordu la poussière électorale. C’est ainsi en démocratie. Dans les régimes autoritaires ou dans des pays où les électeurs sont peu éduqués, le brand name est un avantage plus déterminant.

 

«Je ne trouve pas anormal qu’en politique, comme cela se passe dans d’autres domaines, en affaires, dans le monde artistique, il existe une transmission de culture et de valeurs de père en fils. Ce qui est plus contestable, c’est l’intronisation, la transmission automatique, sans droit d’inventaire», souligne Jean-Claude de l’Estrac.

 

La méritocratie

 

L’avis de ces deux intervenants laisse penser que nous ne sommes pas prêts de voir disparaître certains patronymes dans le paysage politique mauricien. Nul ne peut interdire à un citoyen de faire de la politique, et cela peu importe son nom ou ses liens familiaux. Ce serait une insulte à la démocratie et de l’hypocrisie à l’état pure.

 

Cependant, les acteurs de la vie publique, à commencer par les dirigeants des partis politiques, ont le devoir de s’assurer que le facteur prédominant, dans l’ascension des hommes politiques, soit la méritocratie. Cela assurera une certaine mobilité au sein de la classe politique et de ce fait, préviendra un éloignement entre l’élite politique et les autres composants de la société.

 

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