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«La dénomination ‘child beyond control’ conduit d’emblée à un traitement judiciaire»
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«La dénomination ‘child beyond control’ conduit d’emblée à un traitement judiciaire»

Psychiatre qualifiée en pédopsychiatrie, expert près la Cour d’appel de Paris, le Dr Fanny Cohen Herlem a partagé son expérience avec les magistrats mauriciens.
■ Trouvez-vous les termes «child beyond control» ou «uncontrollable juveniles» (article 18 du Juvenile Offenders Act de 1935) appropriés aujourd’hui pour décrire le comportement d’un enfant ?
Non, car ces termes recouvrent trop de cas différents et n’expliquent rien. De
plus, la réalité montre que la dénomination child beyond control conduit d’emblée à un traitement judiciaire de ces enfants qui n’est pas toujours approprié.
Or, ces enfants sont parfois dits «beyond control» par leurs parents, ce qui signifie que ce sont les parents qui n’arrivent pas à faire face à leurs enfants. Cela devrait d’emblée conduire à se poser des questions sur cette impossibilité, et sur les dispositions à prendre pour les aider.
Enfin, on a vu que cette dénomination était utilisée à mauvais escient et dans des buts problématiques. On pourrait prendre les termes : troubles ou problèmes de comportement, qui, de plus, renvoient aux classifications internationales.
■ Comment peut-on décrire, médicalement plus précisément, ces enfants étiquetés à tort «children beyond control» ?
Les troubles du comportement affectent des enfants ou des jeunes de moins de 18 ans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition, selon leur famille, aux règles de vie qu’elle a édictées ; il peut en être de même dans le milieu scolaire. Ces problèmes ont des origines extrêmement variées et ce n’est qu’après une évaluation minutieuse de la situation que l’on pourra en déterminer une ou plusieurs causes, médicale, psychologique, familiale ou réactionnelle, ces deux dernières pouvant également être le résultat des précédentes.
On peut donner en exemple un conflit majeur entre les parents, qui affecte l’équilibre familial et donc l’enfant, ou bien une pathologie sous-jacente qui peut comporter des troubles relationnels et comportementaux, comme l’épilepsie ou la psychose, ou encore, les troubles secondaires à une agression sexuelle.
■ Certains enfants montrant des problèmes de comportement sont sous traitement ou hospitalisés au Brown Sequard hospital. Maurice ne comptant pas de pédopsychiatre, n’est-ce pas dangereux de placer des enfants sous médication ? Et les médicaments sont ils la solution pour «canaliser» ces enfants ?
Il est évident que le traitement médicamenteux ne peut être que très rarement une première indication. Les enfants doivent d’abord bénéficier, après une évaluation de la situation et du contexte, d’un bilan médical et psychologique, ou psychiatrique, d’un soutien éducatif (ainsi que leur famille), social, et psychothérapeutique. Ils doivent bénéficier d’un programme de prise en charge à court, moyen et éventuellement long termes.
Quand les médicaments sont nécessaires (dépression grave, affection psychiatrique), ils doivent être donnés pour un temps court, leur efficacité doit être évaluée et leur dose adaptée à l’âge du patient. Il faut se rappeler que leur cerveau et toutes les fonctions intellectuelles et cognitives sont en plein développement et qu’ils peuvent être gravement affectés par un traitement inapproprié.
■ Actuellement au sein des RYC, différents profils d’enfants cohabitent. Cette cohabitation n’est-elle pas un frein au travail de réhabilitation ?
Tous ces enfants ont besoin d’une protection et d’une prise en charge adaptée à leur âge et leur problématique. Il est évident que la coexistence des âges et des problèmes si différents n’est pas bénéfique car elle ne permet pas, précisément, de mettre en place un programme de soin et de réhabilitation spécifique à un enfant et un groupe d’enfants.
■ Quelles seraient les alternatives à la prise en charge de ces enfants ?
Que ce soit ou non à la demande des parents, ces jeunes pourraient avec leurs familles bénéficier d’une prise en charge éducative, psychologique et sociale à domicile, si possible, dans un suivi de durée déterminée, qui serait évalué et reconduit si besoin. Ils pourraient également, si la famille est pathogène ou en trop grande difficulté, aller dans des familles d’accueil, formées et suivies aussi. Enfin, si ces solutions s’avèrent impossibles ou échouent, on peut imaginer de petites structures d’accueil, de type familial où l’enfant bénéficie du programme déjà évoqué.
■ Le Service Social International (SSI) vat- il contribuer à une future réforme de la justice pour enfants à Maurice, par le biais de recommandations ?
Si le ministère de la Justice nous en fait la demande, le SSI viendra en appui. Par ailleurs,après la conférence qui s’est tenue du 18 au 25 mai, le SSI fera un rapport qui sera envoyé aux autorités et où figureront les recommandations dont certaines concerneront les enfants dits «beyond control».
■ Quel en était l’objectif de la table ronde avec les magistrats ?
Il s’agissait de mieux comprendre les interventions des magistrats dans ce processus, leurs possibilités et leurs limites, de partager des expériences différentes et alternatives au placement des enfants. Il était aussi question de les sensibiliser aux lignesdirectrices de l’ONU sur la prise en charge des enfants séparés de leur famille et placés en institution, et de voir comment les mettre en pratique. Enfin, de montrer les effets sur le cerveau des enfants du placement précoce et prolongé en institution, aussi bonne soit-elle.
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