Publicité

Femme, imagine-toi autonome!

7 mars 2015, 17:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Femme, imagine-toi autonome!
Imaginer ce qu’il faudrait pour rendre les femmes autonomes. C’est ce à quoi se sont livré les femmes interrogées dans le cadre de la Journée internationale de la femme dont le thème cette année est : «Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez»
 
 
ELISE MIGNOT « La lutte a encore de beaux jours devant elle »
 
 
«Si la condition des femmes a globalement évolué ces dernières décennies, le chemin à parcourir est encore long... Il faut dire qu’on revient de très loin ! Dans ce domaine, les acquis sont fragiles, menacés de perpétuelles remises en question et les inégalités de traitement sont légion. Si nos mères se sont battues avant nous, il semble que la lutte a encore de beaux jours devant elle. Quelle femme d’aujourd’hui n’a jamais ressenti, dans toutes les situations de sa vie, qu’elle aurait été traitée différemment si elle avait été un homme ? Quelle jeune fille d’aujourd’hui n’a pas été injustement renvoyée à sa condition de femme, alors qu’elle pensait innocemment être un individu comme un autre ? Pour qu’un jour, hommes et femmes soient véritablement égaux, ce sont les mentalités de tous qui doivent changer. J’imagine un monde où toutes les filles se sentiront libres de rêver, d’aller, d’être.
J’imagine un monde où toutes les femmes seront respectées, écoutées, entendues.
J’imagine un monde où tous les hommes considéreront les femmes comme leurs égales.
J’imagine un monde où le talent des femmes sera reconnu de tous dans le monde artistique, dans le monde politique, dans le monde économique..
J’imagine un monde d’ouverture aux autres et à la richesse de nos diversités.
Mais chut... écoutez-les, elles sont déjà là ! »
 
 
LOGA VIRASAWMY : «Si on reste dans l’artisanat et les achards on ne va pas avancer»
LOGA VIRASAWMY : «Si on reste dans l’artisanat et les achards on ne va pas avancer»
 
 
«On a fait beaucoup autour des PME. Nous savons que la majorité des PME sont gérées par des femmes. Toutefois on retrouve souvent les femmes dans le même secteur d’activités, c’est-à-dire principalement de l’artisanat ou encore la conception d’achards. Il faudrait donner des formations plus poussées à la femme pour qu’elle puisse se diversifier et devenir une vraie femme d’affaires au même titre que les hommes d’affaires. Si on reste dans l’artisanat et les achards on ne va pas avancer. Il n’y a pas que ces produits qu’on peut commercialiser. D’ailleurs le marché en est saturé. Il faudrait les encourager et les former pour aller vers d’autres activités, « think out of the box » et pouvoir vendre leurs produits non seulement au niveau national mais également au niveau régional voire international. Nous avons également vu que ce sont les femmes qui en majorité ne savent pas lire et écrire. Là encore il faudrait des formations poussées et complètes pour leur permettre d’aller de l’avant. Ce n’est que comme cela que les femmes deviendront vraiment autonomes. Il faudrait que les formations soient faites dans la langue maternelle. Nous devons commencer par le créole avant d’aller vers l’anglais ou le français.»
 
 
LINDSEY COLLEN « Beaucoup de jeunes femmes pensent qu’elles sont émancipées alors que ce n’est pas le cas »
 
 
«Dans le mouvement Libérasyon fam nous pensons qu’il faudrait en finir avec ce règne patriarcal dans lequel nous vivons et qui est responsable de notre oppression. Nous ne désirons pas que la femme essaie de trouver sa place dans cette hiérarchie mais plutôt de la réorganiser entièrement car ce n’est pas en nommant une femme à la tête de la police par exemple que la société changera. La société que j’imagine serait ainsi une société où les valeurs comme le partage, la tolérance seraient promues sans que la femme n’ait d’ordre ou de compte à rendre et où les bonnes décisions seront prises ensemble. Ces valeurs nous les avons déjà, par exemple quand une femme sert à manger, elle va le servir équitablement avec ses enfants ou donnera plus à celui qui en a le plus besoin. La hiérarchie patriarcale n’agit malheureusement pas de la même façon. Elle ne pense pas aux conséquences et est violente. Cette société que j’imagine n’est pas seulement pour le bien-être de la femme mais à travers elle, c’est toute la société qui en sort gagnante. C’est au travers de la mobilisation que nous arriverons à provoquer ce changement, mais ce n’est pas si facile car beaucoup de jeunes femmes pensent qu’elles sont émancipées alors que ce n’est pas le cas. Il y a un gros travail à faire mais je pense qu’une fois commencé cela va aller vite. Et ça a déjà commencé ».
 
 
MAROUSIA BOUVERY « Les heures de travail de la femme devraient être revues à la baisse »
 
 
«Pour moi parler de l’autonomie de la femme, c’est parler de l’économie. Depuis longtemps on parle de salaire égal pour un travail égal. L’autonomie de la femme passe par cette étape surtout du côté du secteur privé. Autant que les hommes, la femme est souvent appelée à faire des « over time », mais son salaire est moindre. Cela a des répercussions sur toute la famille. Le temps de travail mérite également d’être revu. Aujourd’hui encore la femme est le pilier de la famille. La femme malgré une certaine autonomie est toujours appelée à s’occuper de sa famille et de sa maison, c’est pourquoi je pense que les heures de travail de la femme devraient être revues à la baisse. Des facilités telles que des garderies de bonne qualité devraient être mises en place. Avoir un logement décent est un autre souci. Si enn fam pa autonome dan so lakaz koma li fer pou etre autonome ailleur, pou li progresse dans so lavi ? Certaines femmes vivent dans des maisons «over crowded». Il conviendrait que l’état construise régulièrement des maisons. Plusieurs mesures sont nécessaires encore pour que la femme devienne réellement autonome.»
 
 
VINAYA BURRELSUNGKUR «La discrimination est devenue chose normale»
 
 
«Selon moi, si une femme veut être autonome, elle doit pouvoir faire les choses comme le ferait un homme. Maintenant il est vrai que nous vivons dans une société patriarcale et que ce n’est pas si simple. Ce qui paraît évident pour un homme l’est moins pour une femme. Une femme doit se battre davantage qu’un homme. C’est bien de dire à une femme qu’elle doit être indépendante mais encore faut-il que les gens la respectent. Il y a ce qu’on appelle la discrimination inconsciente, c’est-à-dire que la discrimination envers les femmes fait tellement partie de la routine, de nos moeurs qu’on ne la voit plus et qu’elle est devenue chose normale. C’est cela qui doit changer. La femme, tout comme l’homme doit avoir les mêmes droits. Au final, l’autonomie de la femme passe par un changement de mentalité. Pour ce faire la sensibilisation et l’éducation ont un grand rôle à jouer. C’est surtout les jeunes qu’il faut cibler pour que ce changement de moeurs soit vraiment effectif. »
 
 
CLAUDIE RICAUD « L’éducation et l’autonomie financière sont primordiales »
 
 
«Pour moi l’éducation et l’autonomie financière sont deux facteurs qui doivent aller de pair pour que la femme soit autonome. Ils permettent à la femme de s’épanouir et de progresser. Quand je parle de l’éducation cela va dépendre du «background» de la personne. Pour certaines, terminer les études secondaires c’est un grand pas en avant. Pour d’autres finir leurs études tertiaires est une chose normale. Quoi qu’il en soit, il est important d’aller le plus loin possible. La femme doit également apprendre à se faire respecter et assumer son poste. A mon niveau je n’ai jamais eu ce souci, mais je suis consciente que cela existe ailleurs. Quand au niveau de l’autonomie financière, la discussion autour du salaire égal pour un travail égal ne devrait même pas avoir lieu. Une personne autonome doit pouvoir avoir un salaire et décider quoi en faire.»
 
 
SARITA BOODHOO «Il est encore difficile pour elles d’être à la tête d’une institution»
 
 
« Il est plus que nécessaire d’empower les femmes. Il y a déjà beaucoup qui a été fait mais ce n’est pas suffisant. Par exemple, dans la politique, le poste accordé à Maya Hanoomanjee en tant que speaker à l’Assemblée Nationale est historique mais combien de femmes font de la politique ? Pendant les élections générales, il a été question d’une femme par circonscription, mais combien sont impliquées dans les decision making ? Il y a pas mal de femmes dans l’establishment ou encore travaillant comme journalistes mais elles sont très rares les femmes rédactrices en chef. Même si une femme a les qualifications requises il est encore difficile pour elle d’être à la tête d’une institution et de faire entendre sa voix surtout si elle est entourée d’hommes machos. De nos jours, on retrouve beaucoup de femmes dans les PMEs et on commence à voir des femmes à la tête de certaines institutions telles que le Mahatma Gandhi Institute (MGI) par exemple. C’est un commencement mais le chemin est long encore. Pour que la femme soit parfaitement autonome il faut passer par un changement de mentalité et libérer les complexes vis-à-vis des femmes. Les hommes doivent aussi participer à cette libération de la femme ».
 
AMRITA DYALAH« Certaines femmes attendent trop qu’on fasse les choses pour elles»
 
 
« Pour être autonome, il faudrait que les femmes elles-mêmes soient plus déterminées. On ne peut pas penser et agir à leur place. Personnellement dans ma tête, je me suis toujours sentie libre. Je ne me suis jamais sentie inférieure aux hommes. Pour réussir, il faut prendre des risques. Mais combien sont prêtes à les prendre justement? Beaucoup ont peur de prendre des risques et disent après qu’elles ne sont pas autonomes. Il faut au moins essayer. Il y en a qui font plusieurs pas rapidement sans savoir où elles vont, moi je vais doucement tout en sachant ce que je fais. Certaines femmes attendent trop qu’on fasse les choses pour elles. Elles sont à la recherche d’une certaine sécurité et cela les ralentit. Il faut aller de l’avant, se démener, se casser la gueule plusieurs fois mais au final, on en sort grandi. Aujourd’hui contrairement à nos grands-mères nous avons accès à beaucoup plus de choses, à beaucoup de facilités comme l’internet grâce auquel nous pouvons faire plein de choses. Moi je préfère être autonome même si pour cela je dois manger des bouillons brèdes.»

Publicité