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Dans ma jeune tête !
Sachant que j’ai un faible pour les grandes questions existentielles, la semaine dernière, une amie m’a conseillé de lire un blog publié sur un média américain. L’auteure, une jeune femme de 23 ans, traitait, avec une écriture plutôt habile je dois l’avouer, ce qui (selon elle) se trame dans la tête d’un jeune de 23 ans. Elle s’est lancée dans des observations de situations auxquelles font face ses semblables et elle-même, dans la vie de tous les jours et les a analysées d’une façon relativement critique.
Je dois admettre que j’ai pu m’identifier dans certaines de ces situations même si l’article reflétait uniquement la perspective d’un jeune plutôt privilégié, ayant grandi et étudié dans un pays développé et qui, à première vue, n’a aucune bonne raison de se plaindre. C’est d’ailleurs ce qui a créé la polémique autour de ce papier, car beaucoup d’internautes l’ont vu comme le cri d’une «gosse de riche» qui trouvera toujours une raison de s’apitoyer sur son sort.
Pour ma part, j’ai trouvé cet article triste et teinté de pessimisme. En gros l’auteure arrive à la conclusion bien qu’elle fasse partie d’une génération qui a accès à la technologie, au savoir ou à l’éducation en un clic, malgré le fait que le niveau de vie, comparé à celui des parents, a considérablement augmenté, les jeunes de son âge, et elle comprise, vivent dans une frayeur constante du future.
C’est une conclusion déprimante mais pire encore : une vérité désolante. La peur du lendemain. Pour cette raison même, ils sont plusieurs, entre 20 et 30 ans, à avoir pu s’identifier dans cet article. Cela m’a mené à faire une réflexion sur la situation mauricienne. Qu’est-ce qui me préoccupe en tant que jeune mauricien ? Qu’est-ce qui turlupine le cerveau de la jeunesse mauricienne ? Réfléchissons-y un moment.
Le Nomination Day est désormais derrière nous, et nos chers politiciens entament la dernière ligne droite qui les mènera (ou pas) vers leur siège tant convoité au parlement. Avant cela, les deux principaux blocs, ont travaillé d’arrache-pied pour rameuter la jeunesse mauricienne. Organisation de congrès pour les jeunes, les incontournables «vous êtes l’avenir du pays» et tous les autres slogans qu’on a archi entendu résonnent de tous les côtés.
Sur les réseaux sociaux, l’on s’active pour inciter les jeunes à aller voter, à soutenir tel ou tel parti et d’accomplir leur devoir civique. Tout cela sert-il à quelque chose ?
Depuis quelques mois, en tant qu’observateur politique (auto-proclamé), je parle toujours politique quand l’occasion se présente. Chez les 20-30 ans, il existe 3 catégories : ceux qui n’y portent aucun intérêt tout simplement, ceux qui s’y intéressent mais qui éprouvent un dégoût et, finalement, ceux qui sont partisans mais dont la discussion est restreinte aux grandes lignes de leurs affiliations respectives.
En cela, je ne cherche nullement à être le porte-parole de la jeunesse mauricienne. Ce n’est qu’une extrapolation de mes expériences personnelles. Cependant, ce que j’en tire, c’est que les discours de nos politiciens n’atteignent pas la jeunesse mauricienne.
Pour cette dernière ces discours ne sont que «paroles, paroles et paroles» comme le chantait Dalida !
Alors quelles sont nos préoccupations si ces discours ne nous parlent pas ? Le chômage chez les jeunes diplômés, une éducation digne de notre époque, la reconnaissance du talent artistique, l’espoir tangible d’une île Maurice où la méritocratie ne sera pas qu’illusion, un changement qui fera en sorte que ceux qui ont un peu d’optimisme et de patriotisme se diront que l’herbe est verte et le sable fin sur notre terre et pas ailleurs.
Certains me diront que ces mesures sont le fer de lance de certains politiciens. Toutefois, suite aux innombrables contradictions de ces derniers, leur crédibilité en prend un coup, et il est de plus en plus difficile de leur faire confiance.
La jeunesse se recroqueville sur elle-même et adopte une mentalité où c’est «chacun pour soi et Dieu pour tous» suivant l’élan individualiste que prône notre époque et, de ce pas, effaçant tout espoir de solidarité et d’unité.
Si les politiciens veulent reconquérir la jeunesse mauricienne, il faut changer de jeu. Le vieux proverbe « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait» ne peut s’appliquer ici car la jeunesse SAIT ! Nous sommes au courant, et cela ne fait qu’augmenter cette frayeur dont parle l’auteur du blog américain (même si certains la qualifieront d’irrationnelle).
Il y a cette frayeur de ne pas avoir une vie meilleure que celles de nos parents sachant qu’on aura eu amplement plus de moyens. Cette frayeur de voir sur instagram, twitter ou Facebook que les autres ont une meilleure vie que nous ailleurs.
Pour qu’il y ait un discours qui touche la jeunesse aujourd’hui, il faut qu’il puisse s’attaquer à ces frayeurs, qu’il soit à la fois rassurant et crédible, car nous sommes une génération informée qui se laisse difficilement convaincre par des belles paroles «braillées» au micro à un meeting.
Nous sommes une génération qui recherche ce que j’appellerai la «perfection instantanée». Aussi triste que cela peut sembler sur le coup, le fait est qu’on en est là. C’est ce que nos politiciens doivent comprendre.
Le Comte de Chambord disait : «La plus inquiétante jeunesse est celle qui n'a pas d'opinion extrême.» Cette phrase devenue désormais mythique fait allusion à une jeunesse passive, qui reste d’accord avec les «adultes», et c’est cette jeunesse qui inquiétait notre cher Comte.
Pouvons-nous dire que nous avons une jeunesse inquiétante aujourd’hui ? Faut-il que les discours et l’approche de nos politiques changent ou plutôt que la jeunesse grandisse ?
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