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Yahia Nazroo : «Une commission d’enquête est la pire insulte imaginable pour le board d’administrateurs»

24 juillet 2014, 20:58

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Yahia Nazroo :  «Une commission d’enquête est la pire insulte imaginable pour le board d’administrateurs»

La situation dans laquelle se trouve actuellement le «Mauritius Turf Club» (MTC) était prévisible. Et résulte d’un manque d’équité, de transparence et d’inconsistances dans les décisions prises par les administrateurs. C’est ce que soutient Yahia Nazroo. Il se dit en faveur d’une «Turf Authority»

 

Le Premier ministre a annoncé l’institution d’une commission d’enquête sur l’organisation des courses à Maurice. Qu’en pensez-vous ?

D’abord, en tant que turfiste, au vu de la situation dégradante qui prévaut depuis ces deux dernières années, le gouvernement n’avait pas d’autre choix. C’était inévitable, voire indispensable. Toutefois, en tant qu’ancien commissaire des courses,je suis déçu, chagrin et découragé que le MTC soit autant humilié par un grand  nombre d’allégations sur l’organisation et la gestion des courses hippiques. Une commission d’enquête est, pour moi, la pire insulte imaginable pour un board d’administrateurs.

 

Justement, depuis quand êtes-vous au courant de ces problèmes ?

D’abord, je dirai que plusieurs membres ont essayé de donner des conseils, de faire des suggestions et de faire les administrateurs entendre raison pour éviter la situation actuelle. Cependant, toutes nos démarches sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Je vous donne deux exemples : le 14 mars de l’année dernière, j’avais écrit aux commissaires pour objecter à l’acceptation d’une sponsorisation de Paul Foo Kune, directeur de Play Online, pour la première course classique de chaque saison hippique pour une période de trois ans.

Deuxièmement, au début de la saison 2013, j’ai attiré l’attention du club sur la mauvaise constitution du board des Racing Stewards. Ils ont persisté et le board d’appel dans l’affaire Emamdee m’a donné raison. Ils ont été sévèrement critiqués.

 

Comment la situation a-t-elle empiré ?

La situation actuelle n’est pas le résultat des récents événements des dernières semaines de cette saison. Loin de là.Il s’agit plutôt de problèmes inhérents au manque d’équité et de transparence, d’inconsistances dans les décisions, de non-respect des dispositions des statuts et des Rules of Racing et d’un manque de mesures nécessaires pour maintenir une discipline rigoureuse par ceux qui dirigent le club.Qui plus est, en avril 2013, les administrateurs avaient même voulu empêcher les membres d’avoir accès aux procès-verbaux des réunions du conseil d’administration lors du changement des statuts du club. Une mesure que j’ai dû contester auprès du Registrar of Associations. À la suite de l’intervention de ce dernier, les administrateurs sont revenus sur ce changement.

 

Que pensez-vous de la mise sur pied d’une Turf Authority ?

Permettez-moi de préciser que le Premier ministre a indiqué que c’est la commission d’enquête qui décidera s’il y a nécessité qu’une Turf Authority soit mise sur pied. Je suis tout à fait pour la mise sur pied d’une autorité indépendante ; c’est nécessaire et inévitable pour ramener la confiance du public dans une industrie qui brasse Rs 5,791 millions par an. On ne peut pas, en 2014, se dire que les administrateurs sont des bénévoles et que, donc,on ne peut leur reprocher la situation actuelle. Non, ce n’est pas une excuse. Les administrateurs ont le devoir de perform their task professionally.

 

Et qui doit avoir la préséance, le MTC ou la Turf Authority ?

Le MTC sera accountable à la Turf Authority sur tous les aspects des courses. La Turf Authority, selon moi, devrait suivre le modèle de la British Horseracing Authority (BHA). Elle devrait être constituée de plusieurs comités dotés chacun d’un Chairman, qui pourront aider le MTC sur des problèmes précis. Si le MTC veut l’aide du gouvernement, il ne devrait pas s’attendre à ce que cette aide soit gratuite. Il faudra qu’il perform with high standards. Quelques exemples des comités qui devraient être mis sur pied : Media ManagementPublic Relations, Racing Department et un Integrity Department,entre autres. On a besoin d’une Turf Authority qui pourra promouvoir des standards de haut niveau à travers l’équité, l’éducation, la prévention et la dissuasion.

 

Êtes-vous d’accord quand le Premier ministre évoque l’expertise étrangère pour redresser l’organisation des courses à Maurice ? N’avons-nous pas les personnes qualifiées chez nous ?

Pourquoi pas l’expertise étrangère ? Pour les sceptiques, sachez que notre système hippique n’est pas fondamentalement différent de celui de l’Angleterre. N’oubliez pas que le MTC a été créé juste après le British Jockey Club et a donc hérité de cet english background.J’ai moi-même sollicité, en au moins deux occasions, la British Horseracing Authority pour des cas que j’ai défendus en appel. Elle a, à chaque fois, accepté sans aucune hésitation de m’aider. Je ne vois pas comment une telle aide ne serait pas la bienvenue, surtout pour assainir et réorganiser nos courses hippiques. Ceux qui sont intéressés peuvent visiter le site de la BHA ; ils comprendront vite de quoi je parle.

 

Vous avez, semble-t-il, une dent contre Ian Paterson, le Chief Stipe du MTC. Pourquoi ?

C’est une question qui revient à chaque interview que je donne. Plus de 150 membres ont demandé sa révocation par lettre et, parmi eux, au moins un ancien président du club. Je ne suis pas d’accord avec la majorité de ses décisions. D’ailleurs, plusieurs boards d’appel m’ont donné raison, ainsi que la presse.

 

Au Parlement, on a évoqué des prête-noms au sujet des propriétaires des chevaux. Quelle est votre réaction ? 

C’est une affaire complexe qui doit être étudiée attentivement. Mais je préfère laisser cette affaire à la Mauritius Revenue Authority pour enquêter.

 

On parle aussi des conflits d’intérêts au sein du club…

Cette affaire est mon cheval de bataille. Je ne peux tolérer de telles choses. Je parle de cela chaque jour. Je crois que c’est un des plus gros problèmes auxquels le MTC doit s’attaquer rapidement et sérieusement. Les conflits d’intérêts existent au sein du conseil d’administration, du Board of Racing Stewards et même au niveau du board d’appel. Toute perception de conflit d’intérêts amène, inévitablement, un manque de confi ance dans l’intégrité même des courses hippiques et produit une atmosphère malsaine à l’intérieur du club entre les stakeholders. La récente participation du Chief Stipe à un dîner d’anniversaire, avec jockeys et propriétaires de chevaux, n’est qu’un autre exemple d’une situation qui n’a fait qu’empirer ce manque de confiance dans l’intégrité des courses. Ce qui est encore plus grave et choquant, c’est que les administrateurs n’ont pas compris le tort que fait un tel comportement sur la perception du public et des stakeholders.

 

Beaucoup de reproches sont adressés à la police des jeux qui, selon les membres du public, ne fait pas son travail convenablement. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai qu’on attendait des officiers beaucoup plus d’efficacité et de résultats. Cependant, on ne peut pas les blâmer sans savoir comment ils fonctionnent et avec quelles ressources. Ils n’ont pas reçu la formation nécessaire et sont débordés avec d’autres enquêtes qui n’ont rien à faire avec les courses.

 

Et la Gambling Regulatory Authority ?

C’est la même chose. Il n’y a pas assez de ressources et de personnes qualifiées au sein de cette autorité.

 

Que préconisez-vous pour une normalisation de la situation au MTC ?

Vous savez, les élections pour les administrateurs des courses ne se déroulent pas sur la base du mérite. L’introduction du vote par procuration à l’assemblée générale annuelle, au début de l’année, est un autre problème. On a entendu le langage choquant tenu par l’administrateur Soobagrah, qui s’est servi du nom du Premier ministre lors d’une réunion officielle, en présence du président Gilbert Merven dans l’affaire Arena. Qui plus est, ce même Soobagrah siège sur le comité de good governance. Comment voulez vous que le club avance et que les courses progressent ? Les administrateurs devraient avoir une grande connaissance des courses, surtout au niveau international. Ils doivent se familiariser avec leurs confrères internationaux. Je ne suis pas non plus satisfait du contrôle antidopage. Et il faut revoir la sécurité des jockeys, surtout après le décès d’un jeune apprenti, il y a quelques semaines. La communication est très importante dans ce domaine. Et pour conclure, il faut revoir complètement le Racing Department, qui doit fonctionner d’une manière plus professionnelle

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