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Monique Yardin : « Faire naître le désir d’avancer »
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Monique Yardin : « Faire naître le désir d’avancer »
Les résultats du «Higher School Certificate» (HSC) ont mis en lumière des établissements peu connus comme le collège Ste.-Marie, qui existe pourtant depuis neuf ans. Monique Yardin, la rectrice, est aux anges. Portrait d’une femme qui souhaite continuer à faire avancer le collège.
Monique Yardin est si imprégnée de sa mission, qui est celle de réconcilier l’académique au développement holistique de l’enfant, que l’on peine à croire que cela ne fait qu’un an qu’elle dirige le collège Ste.-Marie, à Palma. «J’ai toujours adoré l’école, son ambiance, tout ce qui fait sa vie sociale, les liens que l’on tisse, les découvertes en apprenant des matières», partage-t-elle.
Cette Beaubassinoise est, dès le départ, portée pour les études. Ses résultats de fin de cycle primaire et ceux de l’Alliance française lui ouvrent les portes de trois écoles : le Lycée Labourdonnais où elle se voit offrir une bourse partielle, le collège Lorette de Rose-Hill et le Queen Elizabeth College (QEC). Son père l’oriente vers le QEC.
La compétition qu’elle y découvre ne la dérange pas. «Il n’y a pas de mal lorsqu’elle est saine et que l’on est en competition avec soi. Cela n’apporte que des bénéfices.» Ce qui lui manque en revanche dans cette école, c’est l’instruction religieuse. Mais comme la famille est très croyante et pratiquante, elle participe à toutes les activités spirituelles du college Bon et Perpétuel Secours (BPS) où est scolarisée sa soeur.
C’est à l’âge de 15 ans qu’elle rencontre celui qu’elle épousera à 20 ans, à savoir Ralph Yardin, de huit ans son aîné et qui fait carrière dans la comptabilité sur la sucrerie de Mon- Désert-Alma. S’ils se voient régulièrement, ses études restent prioritaires. «J’étais plus axée sur mes études car cela répondait aux attentes de mes parents. Ils ne me l’ont jamais dit mais je le sentais et je ne voulais pas les décevoir.»
À l’issue de sa scolarisation secondaire, elle suit des cours en gestion des entreprises en vue de décrocher un diplôme supérieur universitaire. Lors de sa troisième année d’études, elle doit trouver un stage en entreprise et frappe à la porte d’Espitalier Noël Ltd. Le comptable René France Harel l’accepte comme stagiaire, avant de lui proposer un autre stage chez De Chazal Du Mée (DCDM). Acceptée par Jean Marc Harel, elle fait le tour de plusieurs départements et lorsqu’elle obtient son diplôme, on la retient en lui offrant un poste permanent. «C’était du pur bonheur.»
Cette mère de trois enfants –Didier, Denis et Béatrice, respectivement âgés de 32, 30 et 25 ans –, reste à DCDM pendant 12 ans. Un vendredi alors qu’elle parcourt l’express, elle remarque un communiqué émanant du collège BPS. L’école recherche un Education Officer en économie et en comptabilité et il est demandé aux postulants de faire acte de candidature avant ou au plus tard lundi. Vu le court laps de temps qui reste, elle trouve ce libellé étonnant. Son mari qui, dit-elle, est doté «d’un sixième sens à faire peur», lui demande si elle a vu le journal. «En riant, j’ai répliqué oui, on or before Monday, et cela s’est arrêté là.»
Elle postule et n’y pense plus jusqu’à ce qu’elle reçoive un appel du BPS lui disant que sa candidature a été retenue. Elle vit un dilemme car elle n’a jamais signifié à son employeur qu’elle démissionnerait. Lorsqu’elle arrive au bureau le lendemain, son patron est déjà au courant car le collège a vérifié ses références. Au final, il lui donne sa bénédiction. «Certaines personnes appelleront cela un concours de circonstances. Pour moi, c’était la main de Dieu.»
Elle ne regrette pas son choix car dès son premier cours avec les élèves de Form IV, elle se sent comme «un poisson dans l’eau. C’était une autre étape de ma vie qui commençait». Une longue tranche de vie car elle reste 22 ans au collège BPS. Entre-temps, elle obtient un Teacher’s Diploma in Business Studies, un Bachelor in Education with Hons in Business Studies et un Master’s en Educational Leadership d’une université australienne.
Monique Yardin trouve aussi le temps de s’occuper de ses enfants et de se consacrer à son principal loisir qu’elle pratique assidûment en compagnie de son mari et qui lui vaut de remporter plusieurs médailles, à savoir le Ballroom and Latin American Dancing. Aimant bien être examinée «for the thrill of testing yourself», elle et son époux étudient pour se préparer à l’obtention d’une Teacher’s licence. Depuis l’année dernière, ils sont donc Associate members de la prestigieuse Imperial Society of Teachers of Dancing de la Grande-Bretagne.
Lorsqu’elle apprend que le college Ste.-Marie cherche un recteur, le concept de la mixité des élèves la motive, de même que la mise en pratique de son Master’s. Elle postule et obtient le poste. À son arrivée, elle observe son nouvel environnement et les personnes qui s’y trouvent. Elle note que les élèves sont comme dans un cocon et semblent un peu coupés des réalités extérieures.
«Comme ce sont des enfants qui semblent pouvoir recevoir ce qu’ils désirent plus facilement que d’autres, ils n’ont pas le temps de rêver et de désirer quelque chose qu’ils l’auront peut-être déjà obtenue. Ils ne semblent pas avoir une vraie motivation pour s’accrocher et avancer. Je décide de les faire travailler sur leurs rêves car quand on n’a pas défini ses rêves, on n’a pas d’objectifs à atteindre. Il fallait aussi les faire se situer par rapport à euxmêmes et aux autres.»
Elle commence par inciter les élèves à prendre part aux concours scolaires organisés. C’est ainsi qu’ils se classent quatrième au concours internet de la Francophonie ; figurent parmi les cinq premiers lors des Omnicane Awards, décrochant au passage un prix spécial du jury ; remportent le prix par zone et le prix national au Young Journalist Competition of the year award ; sont premiers à l’Olympic quiz competition. Ensuite, elle maintient l’organisation des Enrichment Programmes.
«Cette année, nous avons pu bénéficier de l’apport d’un coach en développement personnel qui est venu animer des classes avec pour objectif de put your dream tothe test. Ravin Papiah rencontre donc nos élèves de Lower et de UpperVI hebdomadairement. Je souhaite que les élèves consacrent du temps à préparer leur vie après le collège.»
Si sa première année n’est pas de tout repos, elle ne jette pas l’éponge pour autant. «La charge n’était pas un lit de roses et chaque difficulté rencontrée a contribué à me rendre plus forte et plus déterminée dans ma conviction que l’on peut réconcilier l’excellence académique au développement holistique de l’enfant.»
Depuis lundi, jour des résultats de HSC, elle est sur son petit nuage. «Je ne crois pas en la competition à outrance. Mais lorsque je vois un élève grandir et devenir un jeune adulte sérieux et posé, c’est la recompense légitime de mes efforts, de ceux de ses parents et de ses enseignants. La réussite d’Hugo Bienvenu et de celle d’Audrey Sin Fat, ainsi que celle des 88,3 % de la cuvée 2013, me ravit. Cette bourse d’État devrait conforter les parents dans la philosophie du collège, montrer aux enseignants que leurs efforts ont été payants, inciter les autres élèves à écrire d’autres pages de l’histoire de l’école, réconforter la société qui ne croit pas tout le temps que l’éducation axée sur le mind, body and soul est possible. Cette bourse est arrivée au bon moment. On ne pouvait rêver mieux. Avoir un lauréat presque à la fin de notre première décennie d’existence et rien qu’à notre troisième cuvee de HSC, c’est du baume au coeur. Tout le monde devrait être redynamisé.»
Elle a une pensée toute particulière pour ceux qui sont les architects de ce succès «mais que nous ne voyons pas tous les jours dans l’enceinte du collège. Sans la confiance du Manager Janine Provençal, sans le soutien inconditionnel du président du Board of Governors, Pierre Dinan, et de ses membres, ainsi que de celui de la directrice du Bureau de l’éducation catholique, Gilberte Chung, le college Ste.-Marie n’aurait pas vécu de si bons moments. Il faut aussi louer le diocèse de Port-Louis pour sa décision d’investir dans ce collège. Nous continuerons de porter très haut le flambeau avec la participation de la nouvelle équipe de la PTA sous la présidence de Christine Farla…»
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