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Un esprit curieux de tout

22 octobre 2008, 00:00

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Un esprit curieux de tout

Romeno Ramasawmy, 46 ans, a le verbe et le tutoiement faciles. Cela s?explique par le fait que ce senior technician est avant tout un homme de terrain. En effet, depuis ses débuts dans le secteur de la téléphonie en 1991, cet habitant de Goodlands, détenteur de certificats en engineering, en Electronic Servicing et en Telecommunication Techniques, décernés par la City and Guilds de Londres, est en contact régulier avec la clientèle potentielle. Et ceci en raison du fait qu?il est chargé de l?installation des caméras de surveillance et de celle de lignes dédiées comme My T et ADSL pour ne citer que celles-là.

Depuis toujours, il a voulu comprendre le pourquoi des choses, s?intéressant plus particulièrement à la physique, matière dans laquelle il ne peut malheureusement pas se spécialiser car le collège Friendship qu?il fréquente jusqu?en Form V n?est pas équipé pour cela. Comme l?électricité l?intéresse aussi parce que c?est le métier de son père qu?il a appris en autodidacte, Romeno Ramasawmy va feuilleter les livres de ce dernier.

A la fin de ses études secondaires, il veut continuer à apprendre par correspondance et se tourne vers la City and Guilds de Londres. Ce qui lui permet d?obtenir les certificats susmentionnés, tout en travaillant comme assistant laborantin au collège Eden de Rose-Hill. Son recrutement à MT et son accès subséquent à l?internet lui ouvrent des portes insoupçonnées du savoir. Ainsi, ce passionné de guitare classique qui n?a jamais appris à jouer de cet instrument, le fait à partir de la toile. Aujourd?hui, il est capable de jouer du flamenco et veut apprendre la rumba par le même biais. C?est toujours par Internet qu?il se documente dans tout ce qui a trait à son métier. Si bien que lorsque son supérieur lui demande de trouver une solution au problème d?écoutes téléphoniques lors de l?installation de téléphones publiques sur des lignes déjà connectées, il met au point un circuit anti-écoute assurant la confidentialité à chaque poste raccordé. Tout comme il réussit à étendre la sonnerie des téléphones digitaux dans des environnements très bruyants comme celui des usines. Une idée lui trotte cependant en tête : il veut construire une éolienne à des fins de production d?électricité. Là encore, la toile vient à sa rescousse. A partir de bois de pin, il fabrique une éolienne de deux mètres de diamètre qu?il pose sur un trépied. Comme il est persuadé qu?il faut un vent très fort pour faire tourner les pales, il l?essaie à Melville, non loin du campement de feu sir Gaëtan Duval où c?est toujours très venté. Mais Romeno Ramasawmy n?est pas emballé du résultat. Il expose tout de même son éolienne à l?université de Maurice lors d?une manifestation sur les technologies durables. Il suscite de l?intérêt. «Plusieurs personnes, notamment des éleveurs de poulet, m?ont approché pour m?exposer leur problème et pour voir comment mon système pouvait les aider. Un éleveur m?a expliqué que pour que les poussins parviennent à maturité, ils doivent manger de nuit sous éclairage, même faible. Pour cela, ils utilisent des quinquets. Ce qui consomme du pétrole et présente aussi certains dangers. Les éleveurs m?ont demandé de faire d?autres essais pour voir si l?énergie éolienne pouvait les aider», raconte-t-il.

Le seul hic est que Romeno Ramasawmy n?a pas l?argent nécessaire pour modifier son éolienne et faire d?autres essais. Il fait donc une demande de financement auprès du Mauritius Research Council mais n?obtient aucune réponse. Il met donc son projet en veilleuse pendant quatre ans. Toutes les idées émises sur le recyclage et le développement durable finissent par ramener son projet à la surface. Il décide alors d?utiliser des matériaux recyclés pour monter une autre éolienne. «75% des matériaux entrant dans la fabrication de mon éolienne sont recyclés», explique-t-il en montrant les photocopies de photos des pièces concernées pour faciliter la compréhension. «Pour l?alternateur, j?ai utilisé un aimant que l?on trouve dans un micro-ondes usagé. Les pales ont été fabriquées à partir de bois de pin que l?on utilise sur les chantiers pour faire des madriers. J?ai pris un moyeu de roue pour faire le c?ur du système et finalement, pour l?encadrement, j?ai utilisé une charpente en métal provenant d?un lit collégien. A travers le Net, je me suis documenté sur la soudure et j?ai pu assembler mon éolienne qui fait 1,5 mètre de diamètre.» Tous ses week-ends y passent.

Une fois l?engin assemblé, il le place sur trépied dans sa cour et l?éolienne fait des merveilles. Avec un vent de 12 à 15 km/h, elle fait 220 révolutions à la minute et reliée à une batterie, elle produit 12 watts d?électricité. Par vent de 15 à 20 km, l?éolienne produit 35 watts d?électricité et en période de pointe 60 watts d?électricité. Romeno Ramasawmy souligne que si l?on connecte la batterie reliée à l?éolienne à un inverseur, elle peut produire 240 volts d?électricité et servir aussi bien à éclairer les élevages dans des régions non résidentielles qu?à pomper l?eau des puits à des fins d?irrigation goutte-à-goutte et recharger les mobylettes électriques.

«Une éolienne importée peut revenir entre Rs 35 000 et Rs 40 000 et peut être abîmée par les cyclones. Alors que la mienne, sans la batterie, ne dépasse pas Rs 8 000».</I>

Les choses en seraient restées là si Romeno Ramasawmy n?avait vu le communiqué appelant les participations au concours Innovators Mauritius Award III, organisé par le National Productivity and Competitiveness Council avec le concours de la Barclays Bank et l?agence de pub CREAD. Il décide d?y participer et de présenter son éolienne qu?il installe à Anse-la-Raie pour les besoins de l?enregistrement par le Mauritius College of the Air et ce, à des fins de diffusion pour le jury. Il a confiance de figurer parmi les finalistes mais obtenir la médaille d?or dans la catégorie grand public le laisse bouche bée. La joie succède à la surprise. «J?étais ravi. Je me dis que je n?ai pas sacrifié pour rien le temps que j?aurais pu passer avec mon épouse Amika et nos enfants, Rodesh et Angeli.»

Avec le prix en argent qu?il obtiendra bientôt, soit Rs 200 000, Romeno Ramasawmy veut faire la promotion de son produit. Il veut montrer qu?il a son utilité dans la vie courante dans les secteurs susmentionnés. «Une éolienne importée peut revenir entre Rs 35 000 et Rs 40 000 et peut être abîmée par les cyclones. Alors que la mienne, sans la batterie, ne dépasse pas Rs 8 000 et est démontable avant que le temps se gâte. Ce qui revient à dire que les économies sont garanties.»

Son v?u le plus cher est que le tarif d?interconnexion à l?internet baisse pour qu?un plus grand nombre de personnes puisse en tirer profit. «internet, c?est vrai, peut être à double tranchant. Mais si l?on est motivé par le désir d?apprendre, il révèle un océan de connaissances. On fait de grands débats sur l?éducation mais l?apport de l?internet peut être inestimable en ce sens. A condition que son prix ne soit plus prohibitif?»

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