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Le krach de 1929 et la politique

21 octobre 2008, 20:00

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Le jeudi 24 octobre 1929 éclate à Wall Street le krach le plus long de l?histoire (à ce jour?). C?est aussi la première véritable crise du capitalisme depuis la révolution industrielle. À partir de ce jour -là, les cours sont en chute libre. D?une base de 100 en 1926, l?indice boursier était passé à 216 le 23 octobre 1929 avant de s?effondrer à 144 le 29 suivant. Il tombe à 100 au milieu de l?année 1931. Ainsi commence la Grande dépression, qui suit la prospérité des années 1920, connues comme «les années folles». Elle aura de profondes répercussions dans le monde.

La Grande dépression </B>

La prospérité américaine avait en fait des bases fragiles. Tous les secteurs de l?économie et toutes les catégories sociales n?avaient pas bénéficié de façon égale de la croissance. La hausse des salaires n?était pas suffisante pour permettre l?écoulement de toute la production industrielle ? on parle de surproduction (ou de sous-consommation). L?expansion reposait largement sur les achats à crédit.

La confiance dans la prospérité avait incité, de manière excessive, à la spéculation boursière. Des Américains avaient souvent recours à des crédits bancaires pour acheter des actions. La hausse continuelle des titres avait engendré le goût de la spéculation : des ménages avaient, par exemple, emprunté de l?argent à 9 % pour acheter des titres ne rapportant que 2 % mais qu?ils espéraient revendre à profit. La poussée des cours n?était pas fondée sur l?expansion industrielle.

Quand les cours s?effondrent, les Américains se précipitent pour retirer leur argent des banques. De nombreuses banques font faillite. La spirale est enclenchée. Faute de crédits, la production et la consommation sont considérablement freinées. Les entreprises qui ferment ou qui licencient massivement ne se comptent plus. Une masse d?ouvriers, mais pas seulement, se retrouvent au chômage ; les salaires diminuent. La consommation est davantage réduite, les stocks s?accumulent. Les entreprises s?enfoncent. On dit alors que «la crise nourrit la crise».

La dépression prend progressivement mais rapidement des proportions gigantesques : de 1929 à 1932, la production industrielle s?écroule (-50 %), le chômage passe de 3 % à 25 % de la population active (12,9 millions de chômeurs). Toutes les couches de la population sont touchées. Les classes ouvrières et moyennes connaissent la pauvreté. L?effondrement des prix agricoles ruine les agriculteurs. Ne pouvant plus payer leurs dettes, ils sont chassés de leurs terres. La misère est d?autant plus dure que la protection sociale est quasi inexistante.

La Grande dépression se répand dans le monde, sauf en URSS. Les premiers touchés sont ceux qui avaient bénéficié de prêts américains : l?Allemagne et l?Autriche. Les États-Unis bloquent les crédits qui leur avaient été consentis et rapatrient leurs capitaux. La Grande- Bretagne et la France sont atteintes. Les colonies sont entraînées dans la crise par l?effondrement des cours des matières premières. Les économies se replient sur elles-mêmes.

Le New deal</B>

Quand les élections américaines se déroulent en novembre 1932, l?opinion est désemparée et accepte mal l?optimisme du président sortant Hoover qui pense que la prospérité va vite revenir d?elle-même. Le candidat démocrate Franklin Delano Roosevelt avait, lui, promis pendant sa campagne d?apporter un New deal au peuple américain. Son programme s?appuie sur deux grands axes : augmentation du pouvoir d?achat pour relancer la consommation et donc la production; et engagement de l?État à donner l?élan de la reprise.

Plusieurs mesures concrètes sont prises. Les résultats sont inégaux. Sur le plan économique, ils sont en demi-teintes. Sur le plan politique, les transformations sont conséquentes : le pouvoir fédéral est renforcé et intervient désormais dans la vie économique et sociale du pays. Le système bancaire est régulé. Une loi de 1933 rend incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d?affaires. Les dispositions prises installent «un feu rouge au carrefour très fréquenté des capitaux financiers et de la cupidité incontrôlée», selon les mots de la journaliste américaine Nomi Prins auteure de Other people?s money (2006) (loi abrogée sous le président Clinton en 1999). Sur le plan social, naît une nouvelle conception de l?État : celle de l?État providence. Le New deal redonne confiance au peuple américain.

En Europe, les réponses sont diverses dépendant, pour chaque pays, de la structure économique et de la situation politique d?avant la crise. En Grande-Bretagne, le Premier ministre travailliste Donald Ramsay forme en 1931 un gouvernement d?union nationale. L?État rompt avec les traditions anglaises de libéralisme et de libre-échange. Des réformes sociales sont engagées.

En France, la crise arrive en 1931 dans un contexte de grande instabilité politique. De 1932 à 1936, 12 ministères et 14 plans de redressement financier se succèdent. Le Front populaire de Léon Blum se lance en 1936 dans de grandes réformes sociales et adopte une politique d?intervention de l?État dans la vie économique. Il doit faire face à l?hostilité des détenteurs de capitaux. Le niveau de vie et les conditions de travail des ouvriers s?améliorent sensiblement mais pas la situation économique. En 1938, le Front populaire perd le pouvoir.

<B>La montée des fascismes</B>

Le fascisme pèse constamment sur les années 1930 en France. L?Allemagne et l?Autriche sont touchées en premier et très durement par la crise ; les conséquences économiques sont presque les mêmes qu?ailleurs (en Allemagne, 20% de la population active est au chômage en 1932). De plus, vaincu à la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1919), le pays se sent humilié par les accords de paix. Le gouvernement en place ne répond pas aux attentes de la population et les partis extrêmes gagnent du terrain.

Dès 1930 Hitler joue à fond sur le désespoir et la peur. Il cible les boucs émissaires : démocrates, communistes et juifs. Le populisme et la démagogie sont à leur paroxysme, les propos simplistes d?Hitler attirent les mécontents. La crise ébranle les élites dirigeantes et lui fait perdre le soutien de la majorité. Le désarroi des classes moyenne et ouvrière constitue un terreau fertile à la montée du fascisme et du nazisme. Les milieux d?affaires, convaincus que seul Hitler peut combattre la menace du communisme et relancer l?économie, le soutiennent. En janvier 1933, Hitler est nommé chancelier.

En Italie, le fascisme ? qui rejette la démocratie et le libéralisme ? est installé dès 1925 : l?État est tout, l?individu n?est rien, et le chef (duce) a toujours raison. Le Duce ? Benito Mussolini ? règne en maître sur la population et le pays. La crise lui permet de mieux asseoir sa dictature. La réponse du Duce pour échapper à la crise est l?autarcie. Il lance de grands travaux pour créer des emplois et organise la bataille du blé pour relancer la production agricole et rendre le pays autosuffisant.

<B>L?après-guerre</B>

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) chasse la crise, et la seconde moitié du 20ème siècle voit se succéder des phases diverses du capitalisme et du libéralisme. Les Trente glorieuses (années d?après-guerre jusqu?au choc pétrolier de 1973) sont des années de croissance, de l?État providence et des réformes sociales. Viennent dans les années 1980 le thatchérisme et le reaganisme caractérisés par un retour au libéralisme dur, une répression des revendications sociales et la remise en cause de l?État providence. Les trois décennies qui séparent cette époque de la nôtre sont celles de la mondialisation ; ponctuées de crises contenues (1987, 1998, 2000, etc.), elles voient une montée en puissance de l?ultralibéralisme qui cherche à évacuer l?État de la vie économique.

La crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale avaient obligé à une refonte de l?ordre économique mondial. De quoi sera faite l?après-crise actuelle ? Le keynesianisme avait dans les années 1930 apporté un renouveau dans la pensée économique et Roosevelt s?en était largement inspiré. Les sociaux démocrates européens en avaient fait de même dans les années 1960. Avec la remise en cause d?un certain type de politique économique, quelle nouvelle pensée va animer la future reprise, que l?on espère, pas lointaine ?

<B>Adi TEELOCK</B>

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