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Dichotomies durables

21 octobre 2008, 00:00

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L?éminent parterre est convenablement impressionné. Maurice, un Petit état insulaire en développement, est en train de montrer la voie aux grands pays industrialisés en termes de développement durable. Son Premier ministre encense l?« ambitieux » projet Maurice : île durable (MID) qui va révolutionner la vie de ses citoyens. Alors que les mentalités peinent à changer et le gouvernement à prendre les décisions qui s?imposent, la réalité sur place est toute autre.

« Maurice : île durable est une initiative de grande envergure qui vise à réduire la dépendance de Maurice sur les énergies fossiles dans le contexte plus global d?un développement durable. Sur un Produit National Brut (PNB) de US$7 milliards, la facture énergétique de notre île se chiffre à US$2.2 milliards. Une facture énergétique qui ne fera que croître au fur et à mesure que notre pays continue son développement. Il a fallu réagir et réagir vite. Nous avons donc jeté, avec ce projet, les bases d?une autonome énergétique qui touche aussi bien les aspects économiques, agricoles et culturels. Selon nos prévisions, Maurice va sensiblement réduire sa note pétrolière en vingt ans avec la mise en place d?une nouvelle politique énergétique.»

L?impulsion du projet MID provient donc de considérations aussi bien économiques qu?écologiques. Car un pays qui dépense presque un tiers de son PNB sur des énergies fossiles importées ne peut se targuer d?être sur la voie du développement durable. Certaines décisions récentes du gouvernement font toutefois que la rhétorique du Premier ministre sonne quelque peu faux. Publié en mars de cette année, le MCB Focus no.39, intitulé «Requinquer l?infrastructure publique pour une activité économique accrue », nous rappelait que le parc automobile mauricien a explosé entre 1996 et 2006. La décision du gouvernement d?aller de l?avant avec le projet d?autoroute reliant Terre-Rouge à Verdun, aux dépens d?un mass transit system, ne contribuera probablement pas à réduire la note pétrolière de Maurice. Plutôt que de réduire la dépendance du pays sur l?automobile et, par extension, sur le pétrole, cette autoroute ne fera qu?encourager l?utilisation de celle-ci avec tout ce que cela implique d?émissions de dioxyde de carbone, d?accidents et de stress.

Il y a fort à parier aussi que ce projet n?offrira qu?un soulagement temporaire aux problèmes de congestion routière que connaît le pays. Le MCB Focus estime que le réseau routier devra être agrandi de presque 80 % au cours de la prochaine décennie afin « d?accommoder le flux croissant de véhicules». L?essai prévoit que le parc automobile dépassera les 321 500 véhicules en 2016, comparé à 181 266 véhicules en 2006. Ce ne sont pas un tronçon de route de 21 kilomètres et un «pont magique » qui absorberont tous ces nouveaux véhicules.

De son côté, Kantor, une firme de consultants avait préconisé dans son rapport sur la politique énergétique que l?importation de voitures devrait se limiter aux modèles les plus efficients en consommation de carburants pendant une période de sept ans. «Notre dépendance sur l?huile lourde et le charbon, qui s?élève à 80 % à l?heure actuelle, va être réduite à 57 % alors que la part des énergies renouvelables passera de 20 % à 43 % pendant cette même période. Ces énergies renouvelables concerneront essentiellement la biomasse, l?éolienne, l?hydro, la cogénération et diverses autres énergies dont les vagues et la géothermie. Le projet Maurice : île durable repose sur deux piliers : l?économie des énergies utilisables et l?émergence des petits producteurs indépendants d?énergies renouvelables.»

Indubitablement, la frugalité énergétique sera un des moyens les plus réalistes pour accroître l?indépendance énergétique. S?il est certain qu?il incombera à chaque Mauricien d?amener son eau au moulin, ce sont les producteurs d?électricité qui devront faire les plus gros efforts. Pour cela, des changements importants s?imposent. Dans son rapport sur la politique énergétique de Maurice, Kantor, avait identifié nombre de carences dans ce secteur, dont une réglementation opaque, un système qui privilégie les intérêts des producteurs aux dépens de ceux des consommateurs et une sous-utilisation des outils pouvant réduire la demande énergétique. Pour solutionner ces problèmes, Kantor avait recommandé, entre autres, l?introduction d?une forme de compétition contrôlée dans la génération et la fourniture de l?électricité.

<I>«La crise énergétique fut suivie d?une crise alimentaire, suivie à son tour, d?une crise financière. Les trois nous attendent au tournant.»</I>

En ce qui concerne les énergies renouvelables, le gouvernement a eu raison d?offrir des subventions à ceux qui souhaitent installer un chauffe-eau solaire. Il aura fort à faire cependant s?il désire émuler Chypre où 90 % de l?eau chaude provient de chauffe-eau solaires. Kantor considère que Maurice est idéalement placé pour exploiter les alizés provenant du sud-est mais la part accordée à l?énergie éolienne dans le mix énergétique ne s?élèvera qu?à 5 % d?ici 2020 et à 10 % d?ici 2025.

Nul besoin de mentionner ici le projet de CT Power qui va à l?encontre de l?esprit du projet MID de la façon la plus fondamentale qui soit. Une centrale qui carbure uniquement au charbon est tout ce qu?il y a de moins durable. Enfin, pour que le concept des petits producteurs indépendants d?énergie prenne racine il faudra mettre en place une structure garantissant le rachat de l?énergie qu?ils produisent à des prix préférentiels.

Sur papier, le projet MID respire le bon sens. La crise énergétique fut suivie d?une crise alimentaire qui fut suivie, à son tour, d?une crise financière. Les trois nous attendent au tournant. Plus que jamais, il nous incombe d?assurer un minimum d?indépendance énergétique. Mais pour accomplir cela, certaines décisions doivent être prises d?urgence même si celles-ci déplaisent à certains intérêts puissants. Sans quoi ce projet unique court le risque de devenir chimérique.

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