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Quelles sont les racines de la nature humaine?

20 octobre 2008, 00:00

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Quelles sont les racines de la nature humaine?

L?homme , ce roseau pensant : Essai sur les racines de la nature humaine, Axel Kahn, NIL Editions, 320 pages

Chercheur de renommée internationale, Axel Kahn est docteur en médecine et docteur ès sciences, généticien, directeur de recherche à l?INSERM et directeur de l?Institut Cochin, à Paris.

Au début même de son dernier livre, «L?homme, ce roseau pensant?», Axel Kahn écrit que nous sommes en tant qu?Homo sapiens, d?une affligeante banalité biologique et génétique. « Sur le plan génétique, notre proximité avec les grands singes est considérable : elle atteint 98,7% avec le chimpanzé, elle est encore de 80% avec la souris et de 50% avec la levure.»

Pourtant, poursuit AK, nous sommes sans aucun doute les seuls à connaître cette proximité et cette différence génétique, à nous interroger sur sa signification et à tenter d?analyser les mécanismes de notre spécificité et de nos capacités mentales. Il se demande donc d?où nous vient cette aptitude à nous poser la question de notre origine, de notre nature, de nos pouvoirs, de notre responsabilité. En d?autres mots, ce qui explique l?émergence du roseau pensant qu?évoque Blaise Pascal dans ses «Pensées» : «L?homme n?est qu?un roseau, le plus faible de la nature, mais c?est un roseau pensant.»

Le propos de AK est d?explorer cet entre-deux. «D?un côté un être biologique ordinaire et faible qu?un rien peut détruire, point englouti dans l?univers, d?un autre côté une pensée humaine prenant conscience d?elle-même, pensée connaissante donnant à l?homme accès aux causes de sa fragilité et aux lois de la nature, y compris de sa nature propre.»

AK admet l?existence de bases matérielles (chimiques, génétiques, cellulaires) à la pensée et le caractère évolutif de son histoire. Mais il est persuadé qu?on ne saurait réduire la pensée à cette matérialité qui en est le fondement. «Si l?animalité de l?homme est indéniable, l?espèce de mammifère que nous sommes est pourtant dotée d?un ensemble d?aptitudes dont la combinaison aboutit à un niveau de conscience et des capacités mentales sans pareils. Quelles sont-elles et comment en avons-nous été dotés ?» Telles sont les interrogations auxquelles AK tente de proposer des solutions possibles. Ainsi, au fil des chapitres de son livre, AK aborde successivement la relation à l?autre, la passion de la vérité, le sentiment esthétique, l?intérêt économique, la liberté, le sens du sacré et le bonheur. Etant donné que le bonheur englobe, selon les individus, leurs goûts et leurs choix personnels, le libre développement de toutes ces spécificités, je choisis de m?y attarder.

Imaginons, dit AK, qu?il soit possible d?analyser l?activité neuronale par imagerie cérébrale et de doser les neuropeptides sécrétés chez le poisson dans son élément, le cheval dans le pré ou le chien que flatte le maître devant la cheminée. « Chaque fois, des structures encéphaliques équivalentes et soumises à des régulations voisines seront stimulées. Elles le sont aussi dans le cerveau d?une femme ou d?un homme éprouvant différentes formes de plaisir. Chez tous les animaux supérieurs humains et non humains, les stigmates neurobiologiques du bien-être et du stress sont plus ou moins du même ordre et laissent des empreintes mentales susceptibles d?influer sur les comportements ultérieurs.»

N?y a-t-il donc rien de spécifique dans la manière humaine d?être heureux et malheureux ? Sans doute, répond AK, tout en reconnaissant qu?il n?est pas aisé de déterminer quoi. La question du bonheur, rappelle-t-il, est au c?ur de l?interrogation des philosophes depuis des millénaires. Dans l?Antiquité, sa quête, en tant que «souverain bien», est en pratique l?objet même de la philosophie.

Comme les autres animaux, l?homme sent qu?il est heureux et content. En outre, à la différence des autres animaux, il le sait. Plus souvent, il se sait malheureux. «Cela signifie qu?il construit à côté des perceptions et des sensations communes au monde animal, une représentation mentale de ce qu?est et doit être l?état de bonheur, ce qui en général, gâche tout car cette représentation, produit de l?imagination comme nous l?indique Kant, a une furieuse tendance a avoir un temps d?avance sur le réel, et de la sorte à se dérober sans fin. Il n?y a donc pas d?impératif qui puisse commander, au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l?imagination.» D?où la multiplicité des recettes pour parvenir au bonheur. Les ouvrages présentant ces recettes sont parmi les plus grands succès de librairie dans le monde. Mais il n?est pas certain, écrit AK, qu?aucune soit d?efficacité assurée, c?est-à-dire à la fois praticable et de nature à garantir le bonheur. «Il n?apparaît pas possible de donner des recettes du bonheur puisque ce dernier exige, quoiqu?il ne s?y réduise pas, l?accord harmonieux et durable entre des aspirations et un vécu. Or la diversité de ce à quoi un être humain peut aspirer est immense.»

Devant ce grand paradoxe, Axel Kahn pose la question du niveau de la barre d?accès au bonheur. La placer très haut interdit sans doute de la franchir, bien que cela manifeste la puissance de l?esprit humain. La baisser trop semble peu digne, sauf si la liberté de l?homme est bafouée, comme dans le cas d?Ivan Denissovitch, personnage d?Alexandre Soljenitsyne, qui conclut qu?il a passé une bonne journée au goulag sibérien parce qu?il n?a pas eu faim et froid, et n?a pas été battu ! Que faire alors ? «Etre homme, conscient à la fois de notre animalité et de ses traits spécifiques fondant notre humanité, oser vouloir en réaliser pleinement les potentialités, en communion avec autrui, s?en donner les moyens.»

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