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?Il faut opter pour le professionnalisme?

19 octobre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

■ <B>Maurice vient d?essuyer une cuisante défaite 5-0 face au Cameroun. Elle était prévisible. Comment réagissez-vous après ce résultat ? </B>

? Tout le monde connaît la valeur du Cameroun, tout le monde sait ce qu?est Maurice comparativement. Nous avons fait appel à un entraîneur ad hoc pour cette rencontre. Ce n?est pas facile de reprendre une équipe en quelques jours. Benjamin Théodore a accepté de relever le défi. Les joueurs ont effectué cinq à six séances d?entraînement. Ils ont fait ce qu?ils pouvaient. Il faut accepter le résultat eu égard au statut du Cameroun. Nous ne sommes pas prêts pour jouer à ce niveau. Il faut poursuivre la préparation. Je n?ai aucun reproche à faire à Benjamin Théodore.

Il faut former les joueurs pour le haut niveau. Ashok Chundunsing avait commencé ce travail. Mais il a dû enchaîner beaucoup de compétitions. Il n?a pas eu vraiment l?occasion de se concentrer sur la préparation. Nous avons dû nous séparer de lui. Il y a encore un gros travail à faire pour bâtir une bonne équipe. La MFA en est consciente.

■ <B>Que ressentez-vous en votre qualité de président de la MFA quand Maurice se fait laminer 7-0 par les Seychelles ? </B>

? Comme tout Mauricien, j?étais surpris par ce résultat. Eu égard au statut des deux équipes, nous ne nous attendions pas à être battus ainsi. Mais c?est le football, c?est comme ça, on peut des fois essuyer la défaite.

■ <B>Quel est votre diagnostic de l?état de santé actuel du football mauricien ? </B>

? Nous avons des footballeurs actuellement à Maurice mais ils jouent en tant qu?amateurs. Il n?y a aucune équipe à Maurice qui peut offrir à un joueur un statut de professionnel. Cela pèse lourd dans la balance. Les joueurs doivent travailler pour gagner leur vie et se consacrer au football ensuite. Ils ont une rémunération pour cela mais elle n?est pas suffisante. Il leur faut assurer leurs arrières sur le plan professionnel.

Mamade Elahee l?a déjà dit. Il y a beaucoup de « réservoirs » à Maurice mais un seul qui alimente le football. Tout le monde ne joue pas le jeu. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent ce fait dont le système d?éducation qui a ses exigences.

■ <B> Comment expliquez-vous ce déclin ? </B>

? C?est un aboutissement naturel. C?est comme ça ! Tout changement, dans n?importe quel pays, prend du temps. Il faut du temps pour s?y adapter. L?écart s?est creusé après le passage des équipes ethniques aux équipes régionales. La régionalisation ne s?est pas imposée tout de suite. Cela fait sept ans qu?elle se met en place. On a pris l?équipe X et on l?a mise dans une région. Toutes les équipes ne sont pas bien intégrées.

Je ne parlerai pas de déclin mais plutôt de changement. Tout changement demande un temps d?adaptation et comme vous le savez, c?est très difficile de s?adapter au changement.

■ <B> Est-ce que la disparition des clubs à caractère ethnique est à la base de cette baisse de niveau ? </B>

? C?est une vérité. Mais il n?y a pas eu de déclin. C?est une baisse de niveau. Il faut aussi souligner que dans le monde d?aujourd?hui, les choses évoluent rapidement. Prenons l?exemple du football intercollèges. Le niveau n?est plus celui d?antan. Il faut admettre que les jeunes d?aujourd?hui sont attirés par les attraits du monde moderne qui sont plus puissants que ceux du football.

■ <B>La régionalisation a-t-elle apporté les résultats attendus d?elle ? </B>

? Elle fonctionne mais il faut du temps encore pour en cueillir les fruits. Beaucoup de régions jouent le jeu. Je prends l?exemple de Curepipe SC qui a mobilisé sa région, avec tous les stakeholders. Il faut espérer que toutes les régions en fassent autant. Rivière-Noire, PAS Mates, ASPL 2000 et Savanne ont produit des efforts aussi. Si toutes les régions jouent le jeu, le succès finira par être au rendez-vous.

Il est important que toutes les composantes de la société se retrouvent au sein d?une seule région. Il faut oublier les clubs à caractère communal.

Les équipes d?antan ont fait leurs preuves mais dans l?île Maurice moderne il n?y a plus de place pour les équipes à caractère ethnique. La FIFA ne l?acceptera pas de toute façon.

■ <B> Comment se portent les centres de formation ? </B>

? Dans le passé, nous avions le CNFF. Ce projet a été abandonné avant que je n?accède à la présidence. On avait opté pour des centres techniques régionaux de formation. Le projet a démarré dans les régions avec un centre pour l?Est, l?Ouest, le Sud et le Nord. Un cinquième centre a vu le jour pour le Centre en juillet dernier. Dans chaque centre, il y a actuellement 50 jeunes qui s?entraînent, 25 de moins de 15 ans, 25 de moins de 17 ans. Ils étaient seulement 50 au CNFF dans le passé. Ces enfants qui s?entraînent dans ces centres constituent la pépinière dont est issue l?équipe qui a remporté le tournoi de la CJSOI. Je félicite les entraîneurs, les cadres et les sponsors pour ce succès. Je tiens à faire ressortir que chaque centre a un sponsor.

Les moins de 20 ans aussi font du bon travail. Il y a une bonne équipe. Le niveau est correct mais il y a encore du travail à faire. Je me réjouis qu?il y ait en permanence aujourd?hui dans toutes les régions une sélection de moins de 11 ans, moins de 13 ans, moins de 15 ans et moins de 17 ans. Plus important encore, nous avons mis en place l?année dernière un Centre national d?entraînement et de perfectionnement technique qui accueille la crème issue des centres techniques régionaux et d?autres joueurs issus des équipes de première et de deuxième division.

Un gros travail y est abattu sous la férule de Rajen Dorasami. Akbar Patel supervise, lui, les cinq centres techniques régionaux. Les résultats arrivent. Nous ne nous contentons pas d?organiser des opérations détection uniquement. Nos techniciens vont aussi à la recherche de jeunes talents à travers l?île.

■ <B>Où est-ce que le bât blesse alors ? </B>

? Nous devons respecter le cycle d?éducation. Les enfants des centres d?entraînement ont aussi des impératifs au niveau scolaire. Ils doivent à un moment donné arrêter l?entraînement. Un joueur qui sort du centre à 20 ans a un choix à faire. Il doit gagner sa vie. C?est là que le professionnalisme doit intervenir. Les joueurs sont des amateurs ici. Ils doivent se sentir en sécurité. Il ne faut pas oublier qu?ils ont besoin aussi de suivis médicaux, psychologiques.

■ <B>Ce n?est pas uniquement, selon vous, une question de niveau des joueurs ou des entraîneurs ou l?absence d?un DTN ? </B>

? Qui que soit l?entraîneur qui viendrait aujourd?hui, nous serions battus. Il faut opter pour le professionnalisme.

■ <B>Comment comptez-vous remédier à la situation ? </B>

? Je pense qu?il faut introduire le professionnalisme tout en maintenant les structures qui existent car la formation est primordiale.

■ <B> La MFA et le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) peuvent-ils s?entendre et dégager un plan commun pour redresser la situation ? </B>

? La MFA s?entend bien avec le MJS. Il en a été ainsi de tout temps. Sylvio Tang nous a bien aidés. Devanand Ritoo est bien enthousiaste, il veut faire quelque chose pour le football. Il travaille sur le dossier d?un DTN étranger. Il faut des moyens financiers toutefois si nous voulons des résultats. Il faut aussi des infrastructures dans chaque région à proximité des agglomérations. L?éclairage de ces infrastructures est très important.

■ <B> Si le spectacle est de mauvaise qualité, le public ne suivra pas, les sponsors non plus. Les chaînes satellitaires ont de beaux jours devant elles?</B>

? Les gens de nos jours ont beaucoup d?occupations. Qui fait le spectacle ? Le joueur. Qui doit emmener les spectateurs au stade ? C?est l?équipe. Le Curepipe Starlight le fait. Il faut des infrastructures sur une base régionale. Il faut un travail de chaque équipe à ce niveau. C?est le travail des équipes, pas de la MFA. Elles doivent s?organiser en fan clubs et mettre les collectivités locales dans le coup. Je lance un appel à ces dernières afin qu?elles aident dans cette direction.

<I>?Il y a beaucoup de ?réservoirs? à Maurice mais un seul qui alimente le football ?</I>

■ <B>Est-ce qu?un DTN étranger aurait les coudées franches et les moyens nécessaires pour mettre un pratique un plan de relance ? </B>

? Ils ont toujours eu les mains libres pour faire leur travail. Tout le temps. Nous n?avons jamais imposé quoi que ce soit aux DTN. Il y en a eu des bons qui ont fait du bon travail.

■ <B> Vous disiez plus haut que les temps actuels sont difficiles, qu?il faut gagner sa vie. Comment faire pour aménager des créneaux horaires pour l?entraînement autres que ceux situés après les heures de travail ? Le semi-professionnalisme ou le professionnalisme serait la solution selon vous ? </B>

? Il faut commencer par le semi-professionnalisme et passer ensuite au professionnalisme. Il faut commencer quelque part. Si un joueur perçoit un cachet, il jouera au foot. Il faut augmenter le nombre d?infrastructures avec toutes les facilités dans les régions de façon à être près des équipes et des joueurs. Nous avons des cadres, des entraîneurs qui font du bon travail. Il faut leur donner les moyens de faire mieux.

Les gens de nos jours choisissent la voie facile. Il est plus facile en effet de s?asseoir devant la télé. Les clubs ont un travail à faire dans leurs régions respectives. Il ne faut pas dire pour autant que le football à relent communal doit revenir. Il faut tirer un trait sur cela.

■ <B> L?entraînement reste la clé du problème, ne le pensez-vous pas ? </B>

? Il est difficile d?imposer un certain volume d?entraînement à des amateurs qui ne sont pas rémunérés. L?entraîneur et les dirigeants sont obligés quelque part d?accepter ce que font ces joueurs.

■ <B> Le niveau d?une sélection n?est que le reflet de celui des clubs?</B>

? C?est sûr ! Si les clubs n?ont pas de bons éléments, c?est la sélection qui perd et qui souffre. Il y a des équipes à Maurice qui ont les moyens de rémunérer leurs joueurs et certaines d?entre elles possèdent des joueurs capables.

?Les gens de nos jours choisissent la voie facile. Il est plus facile en effet de s?asseoir devant la télé?</I>

■ <B> Le projet football professionnel est-il réalisable dans un futur proche ? </B>

? Je lance un appel. J?apprécie le fait qu?il y a des personnes de bonne volonté actuellement qui donnent un coup de main à certaines équipes. Je leur dis merci. Je lance un appel aux sponsors, je leur demande d?augmenter leurs contributions. S?ils aident le foot, il y aura de bons joueurs. Il faut commencer quelque part. Les sponsors doivent aussi aider à la formation des joueurs. J?en appelle aux opérateurs économiques dans les régions. Les fruits ne seront pas cueillis tout de suite. Mais avec des efforts réguliers, ils seront au rendez-vous.

Le football professionnel peut devenir un projet pilote. Il y aura sûrement un moment de flottement mais il suffit que les sponsors jouent le jeu et ce projet deviendra réalité. Je lance un appel aux grandes firmes, que chacune prenne une équipe.

C?est un processus qui ne demande pas beaucoup de temps. Tout dépend de la volonté des clubs et des sponsors. Il faut des sponsors comme la Barclays pour que le football se développe. Il y a des firmes qui veulent aider. Je lance un appel aussi aux collectivités locales qui peuvent aider à faire de ce projet une réalité.

■ <B>L?avenir, vous le voyez comment ? </B>

? J?y crois ! Je crois que l?avenir sera meilleur. Il faut des partenaires de bonne volonté, des gens dévoués. Avec mon équipe à la MFA, nous allons dans cette direction. Nous réussirons à sortir de cette impasse. Nous avons commencé à encourager les équipes en offrant des récompenses en espèces, une première dans l?histoire du football local. Le vainqueur du championnat 2007-2008 a reçu une prime de Rs 100 000, l?équipe vice-championne Rs 50 000 et la troisième Rs 25 000. L?équipe vainqueur de la MFA Cup a reçu Rs 40 000. J?ai pu négocier un parrainage de Rs 50 000 pour les onze clubs de première division. J?ai pu obtenir aussi que les arbitres soient habillés par un sponsor. Nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. Je négocie d?autres nouveautés en ce moment. Je veux transformer aussi le paysage du football en deuxième division.

<I>Propos recueillis par </I> <B>Robert D?Argent</B>

PORTRAIT

<B>Etre au service des autres</B>

Premlall Jodha, plus connu sous le nom de Prem Jodha, 54 ans, est président de la Mauritius Football Association (MFA) depuis 2006. Une fonction qui représente pour lui un aboutissement naturel car il affirme qu?il a toujours été au contact des autres, des jeunes notamment, le service étant chez lui une seconde nature.

« Je suis engagé dans le social depuis l?âge de 13 ans. J?ai toujours aidé les gens, j?ai toujours été proche de mon prochain, de ceux qui ont besoin d?aide », déclare-t-il, fier de ces relations humaines qui lui permettent de bâtir des ponts d?altérité entre le social, le sport et le religieux puisqu?il est aussi président d?un temple à Bambous où il habite.

Avant son entrée dans le monde du football, Prem Jodha a été membre du comité des Fédérations de Jeunesse et Sport de Plaines-Wilhems-Rivière-Noire. Il en a été le président pendant cinq ans jusqu?à l?avènement du Sport Act en 1984. Prem Jodha était aussi président du Mauritius Council of Youth Federations, autre fonction qu?il occupait avant l?avènement du Sport Act.

« Le sport a toujours été une vocation pour moi », observe-t-il. Plus particulièrement le football qu?il pratiquait au niveau régional. C?est ainsi qu?en 1986, il fait son entrée au sein du comité directeur de la MFA. Il aura tour à tour le statut de membre, de troisième vice-président, d?assistant-trésorier et de président. Il représentait au départ l?équipe de Blue Whales en deuxième division, équipe qui deviendra par la suite l?Olympique de l?Ouest. Avant de représenter au sein de la MFA la région de Rivière-Noire.

Chef inspecteur de police, Prem Jodha est surtout heureux d?avoir pris durant ces deux dernières années les mesures incitatives, notamment les récompenses en espèces, qui, selon lui, devraient offrir au football les moyens de susciter à nouveau l?engouement tant chez les joueurs que chez les spectateurs, un facteur déterminant dans la réaffirmation de son rang de sport roi.

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