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Enquête sur le marché de Curepipe : Enterrement de 1re classe

17 octobre 2008, 00:00

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L?Anglais conseille : Voulez-vous enterrer à jamais un problème embarrassant ? Nommez un comité à qui vous le confierez. Et de là, aux affaires classées, sinon oubliées. Veillez quand même à ne pas en confier la présidence à quelqu?un du calibre d?un Maurice Rault. Il sera capable de vous pondre, séance tenante, un rapport aux conclusions encore plus gênantes que le problème lui-même.

Seconde leçon de politique pratique. Il convient parfois de faire vite parce que la vérité politique d?aujourd?hui peut ne plus être celle de demain. Avec pour résultat que, si aujourd?hui on peut être bien noté pour faire ceci ou cela, demain la même action, la même décision, peut vous conduire en disgrâce. Un corollaire à ce théorème : Si la vérité politique d?aujourd?hui peut ne pas être celle de demain, il ne convient donc pas toujours de faire aujourd?hui ce qui pourra nous être reproché demain. Il est donc plus prudent, dans ce cas, de remettre à demain ce qu?on peut faire aujourd?hui, avec les conséquences désastreuses que l?on peut imaginer. Rappelez-vous sir Seewoosagur Ramgoolam, expert dans l?art de donner du temps au temps. Facile quand on a affaire à des amnésiques.

Illustration, par l?exemple : Le conseil municipal de Curepipe, élu le 12 décembre 1982, décide de nommer une commission d?enquête pour faire la lumière sur les circonstances, ayant entraîné la démolition de l?ancien marché municipal et son remplacement par le marché actuel (celui avec la hideuse superposition de touques de peinture, de la marque que vous voudrez). Le même comité doit élucider le mystère entourant la disparition d?un véhicule, donné à Curepipe par la France.

Anil Gayan, élu 1er conseiller MMM du 2e arrondissement de Curepipe, avec 42,21% des voix, accepte de présider cette enquête, dont les conclusions risquent d?être désastreuses pour les précédents administrateurs curepipiens, élus ou nommés (conseil municipal PMSD d?avril 1977 à la mi-1980, commissions administratives de 1974 à 77 et de 1980 à décembre 1982, les conseils municipaux PMSD d?avant 1974). Pour les militants purs et durs du MMM, c?est pain béni et brioche, avec gelée de goyaves en sus.

C?est toutefois sans compter avec la guéguerre entre Bérenger et Jugnauth qui scindera le MMM, le 22 mars 1983. Gayan choisit vite le camp Jugnauth où l?on recommande la plus grande prudence à l?égard du PMSD de Gaëtan Duval. Le gouvernement Jugnauth, coupé du clan bérengiste, a besoin des quatre voix de l?opposition (PTr et PMSD). Ce n?est donc pas le moment d?aller chatouiller les ergots de qui que ce soit.

Tous les conseillers MMM ne partagent toutefois pas la mansuétude d?Anil Gayan à l?égard des nouveaux alliés politiques de leur ancien président de parti, Anerood Jugnauth. Les événements se précipitent cependant. Militants, patients et impatients, ont d?autres chats à fouetter que de faire la lumière sur cette affaire de démolition et de reconstruction du marché de Curepipe. Les élections législatives du 21 août 1983, désastreuses pour les Mauves et triomphales pour l?alliance bleu-blanc-rouge, permettent aux choses de se décanter. Le MMM n?a plus de cadeau à faire à Jugnauth ni à ses nouveaux alliés Duval père, Ramgoolam père, et Boolell père.

Le conseil municipal de Curepipe se souvient alors de la commission d?enquête sur les bazars de Curepipe. Au début d?octobre 1983, le conseil municipal décide d?éperonner Anil Gayan pour qu?il aille de l?avant avec sa commission d?enquête. C?est que depuis les législatives, il a ravi le ministère des Affaires étrangères à Gaëtan Duval. Il a donc d?autres chats extérieurs à fouetter.

Raja Bhadain présente une motion d?urgence, demandant que Gayan soit relevé de ses fonctions de président de cette commission d?enquête (Merci pour l?épine enlevée de mon talon). Mira Tapessur souligne les neuf mois d?existence de cette commission sans accouchement de la moindre souris. Bhadain suggère l?ultimatum suivant : soit, Gayan se met à l??uvre sur le champ, toute affaire étrangère cessante ; soit, il se démet de ses fonctions.

Le maire Ponapa Naiken essaye de temporiser, de mettre les formes, de faire preuve de décence. « Permettez-moi d?écrire au conseiller Gayan... » Devant une majorité de regards de travers, il bat en retraite et retire sa proposition mairale. Bhadain fait voter sa motion, relevant Anil Gayan de sa présidence ineffective. Voilà pourquoi ne savons-nous toujours pas s?il y a corrélation ou non entre la belle grille en fer forgé de l?ancien bazar de Curepipe et la clôture d?un bungalow pied dans l?eau. Le Ciel fasse que les voleurs de ferraille ne lisent pas cette chronique.

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