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Au casino de l?or noir

29 septembre 2008, 00:00

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Les cours de l?or noir suivent les oscillations politiques de Washington plus que l?économie réelle, et l?oscillographe s?est beaucoup agité, depuis quinze jours, au gré des annonces du secrétaire au Trésor, Henry Paulson. Le sauvetage de l?assureur AIG avait profité au pétrole, l?incertitude sur le vote au Congrès du plan de 700 milliards de dollars destiné à sauver le système bancaire américain a réveillé la fébrilité des marchés.

Les investisseurs les plus exposés sont partagés... quand ils ont le choix : vendre leurs «barils papier» pour disposer de liquidités et répondre aux demandes de garanties de leurs créanciers ; ou en acheter et se réfugier ainsi sur un actif plus sûr quand le cours des actions dégringole.

La logique de l?économie réelle voudrait que le baril de brut recule à mesure que les nuages s?accumulent à l?horizon de la croissance mondiale. Car qui dit recul de l?activité dit baisse de la consommation d?énergie. Il n?y a plus de logique et le baril a terminé, la semaine dernière, à New York à près de 105 dollars, ignorant les menaces sur la production (Nigeria, golfe du Mexique) et les perspectives économiques sans cesse revues à la baisse dans les pays industrialisés. Quel serait le juste prix ? Celui du coût d?extraction du baril ? forcément le plus cher ? nécessaire pour répondre totalement à la demande de pétrole. Ce prix d?équilibre n?excède pas 75 dollars, selon les experts.

«Chaque jour, environ un milliard de «barils papier» changent de mains pour une consommation physique de 85 millions de barils», note Paolo Scaroni, le patron du pétrolier italien Eni. Faut-il brûler tous les spéculateurs ? Il y a de «bons» spéculateurs, ceux qui utilisent le pétrole et prennent des positions à terme pour se couvrir contre une fluctuation excessive des cours (compagnies aériennes, raffineurs...).

Et de «mauvais» spéculateurs, qui ne brûlent jamais le moindre baril mais tirent profit des mouvements à court terme (banques d?affaires, fonds de pension, hedge funds, fonds souverains des pays arabes...). Ou des analystes en plein conflit d?intérêts, comme Arjun N. Murti, qui a prédit un baril à 200 dollars et a gonflé les positions de sa banque Goldman Sachs ?

De plus en plus de voix s?élèvent pour réclamer une régulation de ces marchés devenus fous, une réduction du volume des transactions, la fermeture du grand casino de l?or noir. M. Scaroni affirme que la seule annonce d?une initiative internationale coordonnée aurait «des conséquences immédiates» sur les prix. Le monde retient son souffle.

Jean-Michel Bezat

© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate

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