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Hommage de Patrick Harel au Dr Jocelyn Maingard
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Hommage de Patrick Harel au Dr Jocelyn Maingard
Qui s?intéresse vraiment à l?histoire de Maurice du deuxième tiers du 20e siècle, du moins en ce qui concerne les énigmes policières, l?agriculture, surtout celle pratiquée à l?échelle familiale, mais aussi de la vie politique, ne peut demeurer indifférent à la fructueuse contribution du Dr Jocelyn Maingard de la Ville-ès-Offrans. Né le 5 août 1898, à Curepipe, il s?éteint, dans cette ville, le jeudi 12 septembre 1983. Patrick Harel, un de nos meilleurs généalogistes, lui consacre un obituaire complet dans l?express du 28 septembre 1983.
Ses parents sont Louis Joseph Hubert Maingard de la Ville-ès-Offrans et Eugène Louise Latapie. Il compte, de ce fait, parmi ses ascendants, le fameux colonel Josselin Maingard et le non moins illustre baron d?Unienville, auteur des célèbres Statistiques de Maurice, publiées en 1830 à Paris.
Il effectue ses études primaires à l?école de Touris et son cycle secondaire au collège Saint-Joseph et au collège Royal de Curepipe. Il s?enrôle dans la Mauritius Volunteer Force quand éclate la Première Guerre mondiale. En 1916, à l?âge de 18 ans, il se rend au Mozambique, comme assistant chimiste de la sucrerie de La Sena. Il ne dissimule point son désir de devenir médecin. Il a l?occasion de démontrer son dévouement exemplaire pendant la funeste épidémie de grippe espagnole.
En 1919, à l?âge de 21 ans, il s?embarque à bord du S.S. Oreil, un navire bolchevique capturé par des Russes blancs et faisant du cabotage dans les océans Indien et Pacifique. Il se rend à Londres via le... Japon. Il a comme compagnon de voyage un certain Malcolm de Chazal. A Londres, Jocelyn Maingard s?inscrit au Guy?s Hospital. Il y est reçu docteur en médecine en 1925. A la faculté de médecine de Paris, il obtient des diplômes en médecine coloniale et en hygiène tropicale et maritime.
Il épouse le 2 septembre 1926, à Londres, une Havraise, Emilienne Cécile Villeneuve. Il rentre à Maurice et accepte un poste de médecin de l?Etat. De 1927 à 1934, il est, entre autres, chargé des prisons. Il collabore étroitement, de ce fait, avec le colonel Deane, chef de la police, qui devient son ami. Cette amitié l?incite à s?intéresser aux affaires policières et même à la criminologie. Il a l?occasion de faire montre de ses nouvelles connaissances et de son savoir-faire naissant, à l?occasion de deux affaires, en 1929, faisant alors grand bruit. Il y a d?abord le meurtre d?un boutiquier de Notre-Dame, petit village proche de Montagne-Longue. Il est assassiné de trois coups de feu, dans la nuit du 6 avril. Les aveux de son commis, nouvellement arrivé à Maurice, permettent l?arrestation de trois bandits chinois et la saisie de plusieurs revolvers et de munitions, dans une chambre d?une pagode de la rue Royale, à Port Louis. Jocelyn Maingard identifie de façon indiscutable l?arme du crime, grâce à une microphotographie, réalisée avec l?aide du policier Arékion, et augmentant par 480 fois le point focal. La science médico-légale naît alors à l?île Maurice.
Les journaux de l?époque précisent que c?est la 4e fois dans le monde qu?un tel procédé est expérimenté. La première fois a lieu, en 1924, en Egypte, et concerne l?assassinat de Sir Lee Staff, gouverneur de l?Egypte et du Soudan, la deuxième aux Etats-Unis dans le cadre de l?affaire de Nicolas Sacco et de Bartolomeo Vanzetti. Aux assises, le 21 août 1929, le juge Roger d?Unienville félicite chaleureusement le Dr Jocelyn Maingard. Deux jours auparavant, il recevait les félicitations du juge Roseby pour sa contribution décisive dans l?élucidation du meurtre du garde forestier Hosseny, sans doute à Camp-Thorel, alors capitale, à Maurice, de la production illicite du rhum Ti-lambic. La même année 1929, le Dr Jocelyn Maingard effectue un stage de perfectionnement à Paris et revient à Maurice diplômé de l?Institut médicolégal de Paris. En 1931, les Annales de la médecine légale fait paraître son étude intitulée La photographie dans les expertises médico-légales aux colonies.
Pendant le cyclone particulièrement dévastateur du 4 au 8 mars 1931, il organise le sauvetage des sinistrés qu?il met à l?abri au collège Royal de Curepipe, transformant cet établissement scolaire en véritable hospice. Il se dépense sans compter auprès des blessés. L?octroi du titre du MBE (Member of the British Empire) récompense son dévouement exemplaire. Il n?a que 33 ans. (A suivre).
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