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Le Traité de Paris, Madagascar et le gouverneur Farquhar
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Le Traité de Paris, Madagascar et le gouverneur Farquhar
En cette année 2008, il y a quelques jours, le monde entier célébrait la Journée internationale du patrimoine. Cela s?est passé presque inaperçu chez nous. Je ne suis pas étonné : nous commençons à perdre, dans certains secteurs du moins, le sens de certaines valeurs patrimoniales. Je le dis ici, à Port-Louis, cette cité qui est, à celui qui sait du moins, un extraordinaire livre ouvert du patrimoine, sur le patrimoine.
Lors des célébrations du vingt-cinquième anniversaire de la cité de Port-Louis, je suggérais au lord-maire de l?époque, en même temps qu?était présenté le livre Témoignages, dont la cité m?avait confié la responsabilité de l?édition, oui, je suggérais l?ouverture d?un musée de la ville de l?histoire de Port-Louis, pour bien souligner, comme il en était besoin, que Port-Louis avait une histoire qu?il convenait de mieux étudier et d?exposer.
La plaque, tenace malgré les années, en face du théâtre de Port-Louis, le montre encore, et sert encore de témoin à ce que je vous dis.
● Des livres de pédagogie et une bible en latin
Monsieur l?adjoint au lord-maire et vous tous, distingués invités, en nous fondant sur des documents irréfutables, mais disponibles à Maurice, nous serions à même de disserter, par exemple, sur la pédagogie que les mamans suivaient au foyer pour leurs enfants, dans le dernier quart du dix-huitième siècle, sinon avant, en un temps où, d?une manière générale, l?école n?était pas encore accessible aux jeunes filles. Notre pays peut le montrer, tout comme nous savons ce que les colons du 18e siècle avaient comme tableaux chez eux, dans leurs salons, et qu?ils achetaient à prix d?or. Comme il y a aussi cette bible en latin du milieu du 18e siècle !
● Rabelais, Hart et les autres
Nous pourrions vous parler, aussi, des éditions rares, disponibles à Maurice, des ?uvres de Rabelais, de 1678, sinon d?avant cette date, comme aussi d?une édition inconnue, en état donc de manuscrit, et pas encore publiée, de Paul et Virginie, ou encore d?un ouvrage de Robert-Edward Hart non répertorié, sans que nous sachions trop pourquoi, dans sa bibliographie officielle. Il faudra aussi rendre public, je dirais, le testament soumis sur son lit de mort, pour des corrections à y apporter, du poète Jean-Claude d?Avoine : le livre Noirault Leblond. Nous laisserons de côté, car trop riche de valeur intrinsèque peut-être, ou trop lourd de souvenirs, mais toujours à Maurice, car nous l?avons maintes fois tenu entre nos mains, un Stradivarius datant du premier quart du 18e siècle, ou tant s?en faut. Ou, enfin, ces pièces de monnaie, se trouvant à Maurice, datant des temps des Romains ! En nous arrêtant à des originaux d?images d?Épinal, en vrai, pas par allusion, ou des caricatures, toujours originales, de Gabriel Gillet.
● Un Rempart contre l?oubli
Je vous parle de choses que je connais, que j?ai touchées, sinon que je peux encore toucher, de mes mains. Me prévalant de ce que je vous ai dit, et que je serais prêt à prouver, je suggérerais, M. l?adjoint au lord-maire et distingués invités, que nous mettions sous les auspices du patrimoine de Maurice, à découvrir ou à faire sortir de l?oubli, comme vous voulez le faire vous-même, sans doute, l?entretien de cet après-midi.
Dressons, une fois de plus, comme nous l?avons fait, il y a des années, un autre Rempart contre l?oubli. Vous vous rappelez, sans doute, ce Rempart contre l?oubli de l?esclavage. Que celui-ci soit un autre Rempart contre l?oubli, donc, l?oubli de certaines phases patrimoniales de notre histoire.
● Quarantième anniversaire
Nous célébrons, cet après-midi, à notre façon, le quarantième anniversaire de l?établissement des liens diplomatiques entre Maurice et Madagascar, pays qui est, pour moi, une seconde patrie.
● Quarante ans !
Et je me revois en 1968, année où, après ma première année d?université, après ce terrible concours de la Propédeutique de la première année d?études à l?université Charles de Gaulle de Tananarive, une des plus prisées et des plus difficiles du monde francophone, je préparais mes deux premiers certificats, en vue d?une licence en lettres modernes, alors que ma femme travaillait comme enseignante à Ambatonility, après un temps à Faravoitry, toujours à Tananarive, qu?on appelait alors le Paris de l?océan Indien. Nous habitions Ambohipo, non loin d?Ankatsoa, où se trouvait la cité universitaire, avec, à peu de distance, le lac de Madrosez. Avec, tout autour, les collines bleues de l?Imerina.
● Les découvertes
- Qu?avions-nous alors déjà appris, déjà découvert ? Bien des choses. Entre autres, que des mots de notre créole mauricien étaient d?origine malgache : fataka, fouka, tambave, lapang, et certainement mazavarou, dérivé du fameux roumazavo.
Nous comprenions que le Malgache n?était pas nécessairement le côtier, très souvent descendant des Andevo, qu?il y avait aussi les Hova et Andriana, souvent si fiers et si distants ! Nous nous mettions en phase avec l?histoire de certains grands personnages de l?histoire du pays : Andrianampoinimerina, Radama 1er, ou Ranavalona. Avec des amis étudiants mauriciens, nous nous laissions aller, en attendant le début des cours, à certaines plaisanteries faciles avec nos amies, étudiantes malgaches, telle que «Tu crois qu?une fille mahafatfaty peut être mafaty ?» Traduction : Tu crois qu?une très belle fille peut être dangereuse ? «Nous avions déjà appris aussi comment dire l?immanquable et nécessaire Je t?aime : Ti Koenao. Puis surtout nous comprenions tout le respect que les Malgaches avaient pour les ancêtres ! Sinon pour ceux qu?ils recevaient chez eux !»
A suivre
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