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Le chat ?
Il y a les gens qui aiment les chats et ceux qui les détestent. Pourquoi ?... Le chat est un animal ambigu : objet de vénération par son côté secret, mystérieux, observateur distant du monde qui l?entoure. Tout le contraire du chien, agité, bruyant, expansif, (sauf s?il s?agit de chiens de garde, dressés, obéissants à des consignes). Le chat convient aux amateurs de discrétion fluide, circulant dans la maison sans importuner quiconque, sollicitant parfois une caresse, un mot gentil de la petite fille ou du maître des lieux. Car, réservé, il n?est pas indifférent. Il a ses préférences : tel coin du canapé, un lit d?enfant (éviter de l?y laisser en compagnie de l?enfant?), une vitre d?où il contemple le spectacle de la rue? Acrobate, il ne craint pas le haut d?un mur ou d?un poteau, observant les curiosités du monde. Poursuivi par un chien hargneux, le voici bondissant au creux d?un arbre, sautant de branche en branche, et attendant patiemment que l?ennemi se décourage ; car il se découragera avant lui? Patient est le chat : il peut tenir des heures sans broncher à l?affût d?une proie dans ses goûts : un oiseau pour la chair fine, une souris pour s?amuser.
Il se débrouille ainsi fort bien tout seul. Et si ses maîtres ont pris congé, oubliant sa pitance, il ne se laissera pas bêtement mourir de faim. A moins d?être devenu un de ces gros « raminagrobis » domestiqué jusqu?aux deux repas quotidiens, oubliant dans l?engraissement sa primitive nature? Car le naturel du chat reste plutôt sauvage, indépendant, aimant à choisir dans l?espèce humaine l?échantillon qui lui convient. On ne retient pas un minou qui ne se plaît pas chez vous. Peut-être préfère-t-il ses habitudes que ses maîtres ? Comment le savoir ? Il parle si peu, méfiant toujours de céder trop de son territoire? Mais quand il veut attirer votre attention, il sait s?y prendre?
C?est probablement ce caractère réservé qui a rendu difficiles et déroutants ses rapports avec les humains, toujours prêts à commander, à dominer? Lui n?aime pas ça. Il ne tient pas spécialement à nous plaire, contrairement à son frère-ennemi le chien (avec qui d?ailleurs il peut pactiser avec élégance, mais jusqu?à un certain point). Si le chien ressent pour l?homme une véritable passion, le chat l?admet à sa volonté. Encore parlons-nous des chiens intelligents, de bonne éducation ; non pas de ces braillards idiots qui se jettent sur n?importe quel mollet qui passe !... Car le chat a beaucoup plus de finesse, de la distinction, une discrétion silencieuse qui en fait le compagnon idéal de qui n?aime ni le bruit, ni les odeurs douteuses, ni être dérangé à tout moment.
Ce qui explique sans doute les sympathies rares qui naissent entre les chats et les artistes, les écrivains surtout. D?ailleurs, un chat aime se blottir dans les papiers, les bureaux l?intriguent, le silence des bibliothèques le charme. Baudelaire aimait les chats, Colette ne pouvait pas s?en passer. Drieu La Rochelle et Malraux appréciaient leur compagnie, admiraient ces yeux de béryl bleu ou vert? Paul Léautaud, qui ne supportait personne, les collectionnait. Ils dépassaient la vingtaine ; ce qui répandait dans ses appartements certains effluves de félins, destinés à écarter les importuns? Quant à Annie Duperrey, elle en a écrit des livres. « L?idéal du calme, disait Jules Renard, est un chat assis. »
Ambigu : bénéfique ou maléfique, selon les points de vue, le chat est porteur de signes. Les égyptiens tenaient les chats pour doués de divination. Ils en ont laissé de nombreuses représentations, peintures, sculptures altières, scrutant au plus profond du temps passé ou avenir : la déesse Bastet veillait sur l?humanité. Attribué compagnon des sorcières, il a souvent mauvaise réputation. Les Japonais se méfient des chats ; les Chinois l?estiment... Au point d?en manger. Ils ne sont pas les seuls : la chair du chat rappelle, dit-on, celle du lapin. En Inde, c?est le symbole de la sérénité. Au Viêt-Nam, il est comparé au mandarin, gros mangeur impassible?
Dans les pays du Nord, le chien est beaucoup plus apprécié que le chat. Pourtant le campagnard lui reconnaît une grande utilité ; les fermes, les maisons isolées hébergent des chats, redoutés chasseurs de rats, de mulots, de rongeurs, plaies des récoltes et des granges. Ils hantent volontiers les greniers, à l?affût des souris ? thème de nombreux contes de nos folklores. L?un d?eux, « Le Chat botté » met en évidence ses qualités de ruse et d?ingéniosité?
Mais le plus célèbre chat de notre Histoire contemporaine restera le chat « Bébert » de l?écrivain Céline, fidèle compagnon de Louis-Ferdinand et de sa femme Lucette, qui de Paris jusqu?au Danemark traversa, dans une « musette », l?Allemagne en flammes sous les bombes, en I944. Planqué dans ce sac de toile, il regardait s?écrouler le monde?
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