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Nicolas Ritter, esprit de lutte
Une femme est isolée par des cônes routiers à l?extrémité d?une plage. Dans un tunnel, un homme est prisonnier des bandes de restriction de police. Le regard vide et indigné, tous deux sont impuissants. «Isolés et rejetés parce qu?ils ont le sida ! C?est une situation absurde, n?est-ce pas ?», s?insurge Nicolas Ritter, en désignant les affiches de la dernière campagne anti-sida. Energie imparable et combativité à toute épreuve. Le sida, c?est son virus, sa bataille! Oui, il coule dans ses veines. Pas la peine d?en faire une maladie ! «Je suis un traitement. Je vis avec, normalement. C?est aussi simple que cela. » Il ne veut pas parler de ses émotions, encore moins s?appesantir sur les petites misères d?une vie avec le VIH. «Le plus grand mal, ce n?est pas le virus mais ce maudit regard. Celui qui pousse les gens à se tenir à l?écart, à refuser de toucher les séropositifs et même de leur parler. Celui qui les condamne d?avance», rugit-il.
Faire du tapage pour apporter des solutions
Le directeur de l?association Prévention, Information et Lutte contre le sida (PILS) s?époumone, « tape du poing sur la table » pour dénoncer ces vérités qui dérangent. «Pour certains, je suis une grande gueule. Car dès que je parle du VIH, de sexualité ou de prévention, on tourne le dos, prétextant que c?est tabou. Mais le pire serait de ne pas en parler», s?enflamme-t-il. Radical ! Nul n?aura raison de « sa liberté de penser ». Il fait du tapage pour essayer d?apporter des solutions.
L?une d?elles est l?actuelle campagne nationale qui a démarré le 28 août. «Pas akoz li éna sida ki bizin mette li apart », martèlent les affiches placardées dans l?île ainsi que les spots diffusés sur les ondes et la chaîne nationale. «Nous travaillons depuis six mois sur ce projet avec l?agence Circus et le ministère de la Santé. Si la campagne a lieu maintenant, c?est parce que nous avons fini par obtenir le financement du ministère?», s?esclaffe-t-il. Une petite vanne et voilà ce grand espiègle de 40 ans, revenu aux choses sérieuses.
«Chez PILS, nous accueillons actuellement plusieurs personnes vivant avec le VIH qui sont rejetées par leur famille mais aussi leurs collègues. C?est en les écoutant et en les voyant vivre que nous avons pris conscience du problème de la stigmatisation et que nous avons décidé de lancer cette campagne et d?entamer des présentations de PILS au Salon de la Santé à Mer Rouge aujourd?hui », raconte-t-il, une pointe de révolte dans la voix.
Il tournicote nerveusement la manche de son polo noir, brodé du ruban rouge, emblème incontournable de la lutte anti-sida. Pour lui, la stigmatisation a un effet ricochet : « Lorsque certains séropositifs sont victimes de discriminations, d?autres prennent peur. Ils hésitent à se faire soigner et dissimulent leur maladie à leurs proches, craignant d?être rejetés», explique-t-il.
Le rejet : c?est un sentiment qu?il n?a, personnellement, pas connu. Il en prend conscience en découvrant sa séropositivité, au détour d?un test de dépistage en 1994. «A l?époque, j?étais steward sur Air Mauritius. Je voyageais beaucoup et j?ai été sensibilisé par les campagnes internationales que j?ai vues un peu partout dans le monde », se souvient-il.
A la lecture des résultats, il est anéanti: « Quand on a le VIH, on réalise qu?on est mortel, que sa vie est fragile. » Soutenu par ses parents, il file à la Réunion pour des soins, indisponibles à Maurice à l?époque. Toutefois, le traitement est dur à supporter. Diarrhées, vomissements, nausées entre autres ; Nicolas Ritter serre les poings et se bat. «J?avais les moyens de me payer des anti-rétroviraux. Mais qu?en serait-il de mon frère, de mon ami ou mon voisin s?il était séropositif ? Je voulais réagir, combattre cette injustice et aider les autres à surmonter cette difficulté. »
Cette volonté d?agir a donné naissance à l?association PILS en 1996. Le petit local aménagé dans son garage a été vite remplacé, dans un premier temps, par un emplacement à Floréal. Puis, PILS a mis le cap sur Port-Louis. Timidement, les séropositifs viennent frapper à sa porte. Ils ont peur du qu?en dira-t-on.
Mais le rempart Ritter est là pour les soutenir C?est une préoccupation dominante chez lui. Il veut les protéger, les épargner. Il n?hésite pas à bondir, à assaillir les autorités pour prendre des actions concrètes. Au besoin, il fait aussi appel à d?autres organisations militantes, locales et internationales. «Le sida, c?est une conséquence de la mondialisation.
Le déni, ça suffit ! Cela n?arrive pas qu?aux autres. On doit tous se sentir concernés», plaide-t-il.
S?élever contre la stigmatisation
Nicolas Ritter a donc décuplé ses efforts pour secouer tout un chacun. Ainsi, en annonçant publiquement sa séropositivité, il a donné son visage à la maladie. Il « en avait assez de le cacher », voulait montrer qu?on peut vivre normalement avec le virus. Toucher les séropositifs et contrer les idées préconçues sur la maladie. Pari gagné. Séropositifs et bénévoles séronégatifs se sont rués à ses côtés pour s?élever contre la stigmatisation à Maurice.
Il a bien préparé son plan de bataille. Son ardeur a gagné la région. Il préside l?association Ravanne Plus, qui soutient les personnes vivant avec le VIH à Maurice, à l?île de la Réunion, aux Seychelles et à Madagascar. Nicolas Ritter a encore plusieurs projets en tête : le lancement d?une caravane médicale de prévention qui sillonnera l?île et un site web sera bientôt sur pied. Un colloque régional est aussi prévu pour novembre. Il sera suivi de la Journée mondiale contre le sida, le 1er décembre, à laquelle succèdera une quête.
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