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Cancer : ce que vivent les proches

28 septembre 2008, 00:00

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Il est 11 heures au département de radiothérapie de l?hôpital Victoria. La salle d?attente grouille de monde. Des patients, tous atteints d?un cancer, sont accompagnés de leurs proches. Visages crispés, traits tirés, angoissés, ils attendent de rencontrer leur médecin pour connaître l?évolution de leur maladie. « J?accompagne mon père qui souffre d?un cancer du côlon. Il s?est fait opérer l?année dernière. Mais il a fait une rechute. On attend le médecin pour avoir son avis », confie Valerie. Dossier, appels, rendez-vous? c?est le même scénario tous les jours. Plus loin au centre de chimiothérapie, ils sont quelques-uns à attendre leurs parents qui y suivent une chimio. Voilà presque une demi-heure que la porte est fermée. Dehors, l?attente semble interminable pour les parents. « Ma mère est à l?intérieur. Elle souffre d?un cancer du sein. On n?a pas voulu que les autres membres de la famille sachent », explique Rajiv, le regard caché derrière des lunettes de soleil?

Jeannine, employée de bureau nous confie aussi son sentiment d?incapacité face à cette maladie. « Mon père souffrait d?un cancer et ses jours étaient comptés. Je le voyais se tordre de douleur. Il était sous morphine pourtant. Je le regardais avec des yeux impuissants, car je ne pouvais l?aider. »

Une épreuve pour la famille

Le cancer n?est pas seulement dur pour la personne qui en souffre, mais c?est aussi une épreuve pour la famille. Priscilla qui est atteinte d?un cancer du sein et qui vient d?apprendre qu?elle a un deuxième cancer, en est bien consciente. « Je me sens coupable envers ma famille. Ils sont déjà très bouleversés et ils doivent encore encaisser. Mais tous les jours je me réveille en me disant que chaque minute a son importance, que chaque jour se vit différemment. Je me donne du courage pour avancer, car je suis entourée », ajoute-t-elle.

Mais la chance d?avoir une famille sur laquelle on peut compter ne sourit pas à tout le monde. Certains doivent affronter cette maladie seuls. Priya, mère de deux enfants en bas âge, est atteinte d?un cancer du sein. Diagnostic : elle devra subir une ablation du sein. C?est le choc pour la jeune femme. En larmes, elle l?annonce à son époux. ?Bisin tire to sein. Ki pour fer avek ene fam avec ene sel sein », lance-t-il. Le même soir, il la délaisse avec ses deux enfants et se réconforte finalement dans les bras d?une autre femme.

Des centres d?écoute et d?encadrement aident les malades et leur famille à mieux vivre leur cancer. Au centre Clos de l?espérance à Belle-Rose, l?accueil et l?attention sont ce que recherchent les malades et leurs proches.

Link To Life, c?est aussi créer une chaîne de solidarité autour du cancer. « Ici, nous avons la thérapie de groupe. Les malades et les proches racontent leurs problèmes et on partage nos expériences », explique Alix Lagesse, directrice du centre.

Un conseiller clinicien est aussi mis à la disposition de l?association et il encadre non seulement les enfants qui sont malades, mais aussi leurs parents qui ne savent pas souvent comment affronter la maladie de leurs gosses.

Ce qu?on retient dans tous les témoignages, c?est que malgré la souffrance qu?engendre la maladie, la forte envie de vivre domine la peur de mourir. Les malades et leurs proches font de leur mieux pour se soutenir, et pour rester forts dans l?adversité. La solidarité, l?amour des uns et des autres sont précieux dans ces moments.

QUESTIONS A

VIJAY GUNGABISSOON, PSYCHOLOGUE CLINICIEN A « LINK TO LIFE »

« Tenter d?avoir un mode de vie normal »

Comment les proches réagissent-ils lorsqu?ils apprennent qu?un membre de leur famille est atteint d?un cancer ?

La réaction immédiate est le choc, puis c?est le déni. Ils se disent que ce n?est pas vrai, qu?il doit y avoir une erreur quelque part. En fait, aujourd?hui encore, le cancer est souvent associé à la mort. Mais la réaction change après. Chaque personne réagit différemment à la situation selon son expérience, ses connaissances et son milieu. S?ensuit la colère. Contre les médecins, les infirmiers et même Dieu. La personne a le sentiment que le monde s?écroule autour d?elle. Il y a aussi la tristesse, le désespoir? bref, les émotions sont multiples. J?ai vu dans des cas de cancer du sein, des époux délaisser leur conjointe et chercher du réconfort auprès d?autres femmes. Il y a eu beaucoup de divorce à cause du cancer, mais également des familles qui se sont au contraire soudées. Et parfois, les proches deviennent des protecteurs excessifs. Donc, les réactions sont variées. Il y a certes le choc, la colère, le blâme, la culpabilité et finalement l?acceptation.

Face au cancer de l?autre, on ne sait pas toujours quelle attitude adopter. Est-il mieux de se cacher derrière le silence, de banaliser la situation, de donner des messages d?espoir?

Il doit y avoir de la transparence. Chaque détail doit être discuté. Quand il y a de la compréhension, il y a de la tolérance et de l?acceptation. Il faut essayer de comprendre le malade, car il n?a pas choisi cette situation. Comprendre quels sont les effets émotionnels et physiques sur le malade. Mais ce qui manque souvent c?est une discussion franche entre les médecins et les malades. C?est donc primordial que les proches puissent de leur côté en parler, peu importe l?ampleur de la situation. Quand ils sont découragés, l?atmosphère est sombre. Ils ont tendance à devenir peu coopératifs. L?atmosphère est tendue, irritante. Le résultat final est la désunion. Il ne faut donc pas se laisser aller.

La communication et les relations au sein de la famille doivent-elles être les mêmes avant et pendant la maladie ?

C?est sûr et c?est dans l?intérêt du malade, pour que ce dernier ne se sente pas infirme. Il faut autant que possible tenter d?avoir un mode de vie normal. La famille, les amis peuvent encourager les malades à pratiquer du sport, à faire des exercices, du yoga. Car le cancer n?est pas synonyme de mort. C?est une maladie qui change le schéma de la vie? La volonté de tout un chacun est un atout capital qui donne l?envie de vivre. L?amour et le soutien des proches l?aideront à affronter cette épreuve.

TEMOIGNAGES

RAJ. SA FILLE SOUFFRAIT D?UN CANCER DES OS

« Richa n?avait que trois ans et demi lorsque le médecin a découvert qu?elle avait un cancer des os (Ewing Tumour). C?était le choc, car il n?y avait pas de traitement pour cette maladie. A ce moment-là toutes les émotions m?ont envahi. Frustration, colère contre Dieu, désespoir, impuissance. Pour m?aider à évacuer toutes ces émotions négatives qui m?envahissaient, j?ai fait du karaté. Toutefois, dans mon couple, ça n?allait pas. Je me disputais souvent avec ma femme.

Le jour où j?ai pleuré, c?est après que ma fille a subi deux opérations sans succès. A la troisième opération, les médecins lui ont enlevé trois côtes. J?ai demandé au docteur quelles étaient ses chances de survie. Il m?a dit trois mois. Là je me suis senti vidé et j?ai pleuré pendant 45 minutes. Ma fille voulait aller à Lourdes et je l?y ai emmenée. J?ai aussi pensé qu?il fallait que je la prépare à affronter la mort.

De retour en Angleterre, je lui ai annoncé qu?elle allait nous quitter et que la Vierge de Lourdes prendrait soin d?elle. Et à l?âge de 4 ans, elle s?en est allée paisiblement. Après la mort de Richa, ma femme et moi avons divorcé. Pour moi, Richa est vivante d?une manière plus positive car j?ai suivi des cours en Counselling qui m?ont beaucoup aidé à accepter le cancer et la mort de ma fille. »

PIERRE. SON EPOUSE A FAIT UNE RECHUTE

« Mon épouse a d?abord eu un cancer du sein. Il a été détecté lors d?un contrôle de routine. Ça n?a pas été facile, mais j?avais quand même l?esprit positif vis-à-vis de la maladie. Mais quand j?ai appris qu?elle devait subir une ablation du sein, c?était comme si je recevais un coup de massue sur la tête. Mais je n?avais pas le choix, il fallait faire face.

Toutefois, après quatre ans de traitement, un deuxième cancer a été localisé dans la région abdominale. Sauf que là, il y a eu une grosse anomalie, car même si elle était suivie régulièrement, les médecins n?ont pas diagnostiqué correctement la maladie.

Je me suis révolté contre la médecine. Les émotions sont fortes à ce moment-là. Le choc et les idées noires s?embrouillent dans votre tête.

Avec le second cancer de ma femme, je me suis dit qu?on ne pouvait rien faire contre la maladie. Que c?était comme vivre avec une épée de Damoclès sur la tête. Je suis à la retraite depuis un mois, et je suis plus disponible mentalement et physiquement. La famille et les amis sont d?un grand soutien. »

EHSAAN. SA MERE A EU UN CANCER DU SEIN

« Je me souviens que j?avais peur. J?étais angoissé. Dès la première biopsie, on savait déjà que c?était un cancer. Ma mère était très affectée par la nouvelle, mais nous, les enfants, nous l?avons pris calmement, tout en lui donnant tout notre soutien. Etant très proche de ma mère, je la voyais souffrir. J?étais impuissant. La seule aide que je pouvais lui prodiguer c?est l?amour et le soutien. C?est vrai que maintenant elle est guérie, mais en repensant à ces durs moments, je frissonne.

La chimiothérapie est très éprouvante. On a dû l?encourager et ne pas lui montrer que sa maladie nous affectait ou que l?on baissait les bras. Au début, on a changé nos habitudes. On était plus attentionné avec elle, mais on s?est vite rendu compte que si on lui donnait plus d?attention, elle pouvait penser que son état était grave. La peur, c?était surtout au début Mais après j?ai accepté la maladie car on ne la choisit pas.

Même si ma mère va mieux aujourd?hui, je suis quand même préparé à une rechute si elle se manifestait. »

ADRESSES UTILES :

● Clos de l?espérance centre d?écoute et d?accompagnement, Couvent du Bon et Perpétuel Secours, Belle-Rose, Tél.: 454.90.86.

● Link To Life, 13 Brittania Park, Vacoas, Tél.: 686.06.66.

Joëlle ELIX

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