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M.A. Umanee : de la censure au ministère de l?Information

16 septembre 2008, 20:00

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Mi-septembre 1983 : M. Amoordalingum Umanee se retire de la fonction publique, après 40 ans de bons et loyaux services. Il raconte leur contenu à notre presse indépendante. Il en résulte une richesse humaine hors normes.

1943 : M. Umanee se joint au service civil comme planton temporaire. Il est affecté au département de la censure militaire et de la propagande. Les bureaux se trouvent à l?arrière du bâtiment de la poste centrale. Le directeur est l?Anglais E.F. Twining. Il deviendra ultérieurement le gouverneur de la Tanganyika (aujourd?hui une partie de la Tanzanie). Son adjoint est M. Vaughan. M. R.H. Ardill est l?officier des relations publiques. Il y a aussi quelques rares Mauriciens dont M. Loïs Lagesse, le futur directeur fondateur de l?Ecole des Aveugles, et alors directeur et rédacteur en chef du magazine gouvernemental d?information Savez-vous que?

Ce département censure toutes les informations, parvenant à Maurice, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s?agit simplement d?empêcher la diffusion de toute nouvelle susceptible de créer une panique générale au sein de la population.

Le Mauricien aujourd?hui, en 2008, centenaire, et Advance, le journal naissant de Seewoosagur Ramgoolam mais aussi de Jay Narain Roy, d?Aunauth Beejadhur, d?Abdool Razack Mohamed, contournent habilement et d?une manière exemplaire, les restrictions de la Seconde Guerre mondiale, en paraissant sur une feuille commune. Ils attendront les lendemains des législatives d?août 1948 pour recommencer à faire journal à part. Les autres journaux sont L?Après-Midi de Gaston Pierre, L??uvre du Dr Edgar Millien, le New Era de M. Audeer, le Chinese Daily News ( qui le contrôle ?) et La Vie Ouvrière.

1943 : M. Amoordalingum Umanee s?enrôle dans les forces territoriales, basées à Madagascar. Il rentre au pays en 1946 et reprend son poste. Il a de la chance car nombreux sont ses compagnons d?armes à devoir attendre des mois et même des années avant de retrouver un emploi digne de ce nom, en dépit des qualifications professionnelles acquises à l?armée. Surprise : le département se dote d?un cinéma mobile. Comprenez un véhicule pouvant projeter des films documentaires, à la louange de Rule Britannia, dans nos villages les plus excentrés toujours privés des bienfaits de la Fée Electricité. M. Umanee a de la chance : son salaire est de Rs 30 par? mois. C?est mieux que le chômage chronique, même sous l?uniforme d?ancien combattant.

1947 : le département devient bureau des relations publiques. Le gouvernement colonialiste et donc anglais est simplement en avance de vingt ans sur le défunt PROSI ainsi que sur notre secteur privé (également défunt mais il ne le sait pas). Le dirigent Mlle Marcelle Esclapon et MM. Ardill et Loïs Lagesse. La MBS (l?ancêtre de notre MBC, aussi connue comme NBC) possède à Curepipe, au grenier de l?hôtel de ville, l?unique téléscripteur Reuter de l?île. Les télex sont envoyés au Port Louis par?train. M. Umanee porte les dépêches quotidiennes aux patrons de la presse de l?époque : Raoul Rivet, Hervé de Sornay, Aunauth Beejadhur, Gabriel Martial, Marcel Cabon, Francis Collendavelloo, Roger Merven, Fausto Dalais.

1957 : le bureau devient le CIO ou bureau central de l?Info. Le Dr Kissoonsingh Hazareesingh dirige, avec l?aide de Régis Fanchette, de Jacques Cantin, de Sydney Savrimootoo. On fait aussi des campagnes nationales de prévention : pour l?autosuffisance alimentaire, contre le crachat par terre (crachez plutôt dans l?air), pour les précautions cycloniques (et quid des pluies torrentielles ?), contre la tuberculose, pour préparer les Mauriciens à la visite de Margaret, la princesse aux yeux tristes car privée d?écuyer Townsend

1965 : la CIO devient ministère de l?Information. Seewoosagur Ramgoolam le confie successivement à Guy Balancy, à Abdool Hacq Osman, à R. Jeetah, à R. Jaypal. Quand ça va mal, SSR reprend le contrôle de la censure. On passe à l Overseas News Services. L?AFP s?ajoute à Reuter. La télévision se met en place. Bonanza, High Chaparal, Black and White Menestrels rassemblent des villages entiers devant l?unique téléviseur communautaire. Le gardien du centre social ou du Village Hall est «ène tiguitte pli pitit ki Bon Dié». Vous le regardez de travers et le village est privé de télévision.

Après l?Indépendance, il faut préparer l?OCAM, la citoyenneté d?honneur de la cité de Port-Louis conférée par Gaëtan Duval à l?anthropophage Jean Bedel Bokassa, la visite de la reine Elizabeth II et de son prince consort, la première viste d?Indira Gandhi mais surtout de son fils Sanjay, l?OUA et la présidence africaine offerte à Seewoosagur Ramgoolam par le sinistre Idi Amine Dada.

1983 : quarante de bons et loyaux services? M. Amoordalingum Umanee se souvient de tout comme si c?était hier?en 1943.

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