Publicité

Un politique qui avait soif de savoir

15 septembre 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«C?était le meilleur des pères. Il était unique. Ce que mon père a fait pour l?île Maurice, personne d?autre n?en a fait autant.» Un panégyrique prononcé par Khatijah Hansrod, la fille de Goolam Mohamed Dawjee Atchia, plus connu sous le nom de GMD Atchia.

Naturellement, on s?attend à ce qu?une enfant fasse l?éloge de son père. Mais Khatijah, aujourd?hui âgée de 70 ans, l?une des trois seuls enfants qui restent d?une fratrie de treize, a dans bien des cas, l?histoire pour témoin.

L?histoire retient en effet qu?en 1938, GMD Atchia a accédé au siège de maire de Port-Louis. Faisant de lui le premier indo-mauricien à occuper ce poste. Il y accédera une seconde fois en 1946. Il eut alors comme adjoint sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR). «C?est mon père qui a poussé SSR à entrer en politique», affirme Khatijah, en montrant la copie d?une lettre retrouvée dans les archives personnelles de GMD Atchia, où SSR le remercie pour son soutien financier. «A une époque, SSR voulait abandonner ses études de médecine faute de moyens financiers. Mon père ne voulait pas de ça. Alors, pendant deux ans, mon père a payé les études de SSR», raconte Khatijah.

«J?aurais préféré que son nom soit donné au collège Royal de Port-Louis, car il est pour beaucoup dans la création de ce collège.»

Dans le salon de sa demeure près du Champ-de-Mars, elle nous montre avec fierté les portraits de son père à différentes étapes de sa vie. «Celui-là, c?était quand il est devenu maire de Port-Louis pour la première fois. Il faut le restaurer», dit-elle en tapotant affectueusement l?encadrement, victime du poids du temps.

GMD est né en 1890 à Rose-Hill. Il est l?aîné des garçons. Son père qui est commerçant, compte sur ce fils pour s?occuper de son magasin de vêtements avec lui. Mais, GMD a soif de connaissance. Il préfère les livres et ce, depuis l?âge de 7-8 ans. «Il économisait son argent de poche pour emprunter des livres de la bibliothèque de son maître d?école», raconte Khatijah. Au grand dam de son père. Alors «il cachait son livre sous le comptoir du magasin pour apprendre,» poursuit-elle. Il complète ses études primaires à la Curepipe Boys School. Quant aux études secondaires, il s?instruit lui-même, avec l?aide d?un enseignant, et de livres qu?il faisait venir d?Angleterre et d?Afrique.

Quand son père décède, il a environ quatorze ans. Il peut donner libre cours à son amour pour les livres. Mais il doit aussi subvenir aux besoins de sa mère et de ses trois jeunes frères. Il travaille alors dans le magasin de son père et dans ceux de ses grand frères.

Jusqu?à ce qu?il fasse son entrée dans l?arène municipale en 1921. Il fait alors partie de l?Union mauricienne (UM). Il devient adjoint au maire en 1922 pour la première fois. Il le sera à cinq autres reprises. Mais quand il échoue face à Raoul Rivet pour le titre de maire de Port-Louis, il démissionne de l?UM entraînant dans son sillage Jules Koenig, Marcelin Savrimoutou, Abdul Haq Noormahomed et Léopold Bour.

GMD Atchia a aussi joué un rôle prépondérant dans l?éducation à Maurice. Il a contribué à la création du collège Royal de Port-Louis en 1927. Cela avec l?aide de Soopramanien Pillay et du Dr Edgar Laurent. Le but de ce collège était de faciliter l?accès à l?éducation aux enfants de Port- Louis, des Plaines-Wilhems, de Rose-Hill et de Beau-Bassin. Parce que en ces temps-là, les non blancs n?étaient pas admis au collège Royal de Curepipe, qui était alors le seul collège secondaire d?Etat du pays. «A ses yeux, hindous, chrétiens, musulmans, tous étaient égaux? Il aurait voulu que le système des castes disparaisse à Maurice. S?il avait une meilleure santé, il y serait parvenu», soutient Khatijah.

En 1932, il s?est battu pour que les filles de Maurice reçoivent une éducation laïque. Cela en soumettant une requête aux autorités coloniales britanniques pour la création d?une école secondaire gouvernementale pour les filles. C?est ainsi que fut fondé le collège Queen Elizabeth.

«C?est sur son initiative que l?enseignement de l?urdu et les autres langues orientales avait été introduit dans nos écoles primaires», avait souligné l?ex-ministre de l?Education, Dharam Gokhool, dans son discours prononcé lors du changement de nom du collège.

En 1921, il déménage à la rue Mgr Gonin à Port-Louis dans une maison que son petit-fils, Dawood Rawat, le président du British American Investment, vient d?acquérir. Il est prévu que ce dernier en fasse une grande bibliothèque, contenant entre autres des ?uvres sur son grand-père.

Dawood Rawat a, pour l?occasion, fait don d?un million de roupies au collège qui porte désormais le nom de GMD Atchia.

GMD Atchia fit ses adieux à la politique en 1953. Khatijah se félicite d?avoir pu rester à ses côtés jusqu?à sa mort en 1966. Au prix de sacrifices. «Il voulait que je me marie. Moi, je ne voulais pas laisser mes parents malades seuls. Quitte à avoir eu à rompre mes premières fiançailles.» Elle ne se passera la bague au doigt qu?à 35 ans, soit quatre ans après la mort de son père. Le jour de la disparition de GMD Atchia, l?homme de lettres mauricien Marcel Cabon, écrira de lui dans Advance, un quotidien de l?époque, que «c?est un grand patriote que l?île perd en cet homme et l?un des hommes qui ont le plus fait pour notre petit pays.»

Après tout cela, l?on comprend qu?une reconnaissance s?impose. Elle est arrivée le 27 août dernier, date de son anniversaire. Le monsieur aurait fêté ses 118 ans ce jour-là. «J?aurais préféré que son nom soit donné au collège Royal de Port-Louis, car il est pour beaucoup dans la création de ce collège. C?est ce qu?il aurait voulu lui aussi, mais, bon? J?aime tellement mon père que j?ai accepté cela.»

Une reconnaissance qui vient un peu «tardivement», souligne Sulleman Hansrod, l?époux de Katijah. «Tout cela aurait dû être fait il y a bien longtemps. Enfin, mieux vaut tard que jamais.» Katijah, pour sa part, espère que d?autres lieux porteront un jour le nom de son père. «On nous l?a promis bien des fois, mais rien ne s?est jamais fait jusqu?aujourd?hui.»

Publicité