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«La subvention du prix du gaz donne lieu à des dérives»
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«La subvention du prix du gaz donne lieu à des dérives»
● <B> Vous partez après plus de trois années à la tête de «Total Maurice», que retenez-vous de votre passage à Maurice ? </B>
Je pars avec beaucoup de chagrin car pour ma famille et moi-même, cela n?est pas facile de quitter votre beau pays. Vous les Mauriciens, vous avez un trait tout à fait exceptionnel : vous êtes fiers et profondément accueillants. Je l?ai dit à plusieurs reprises, vivre à Maurice est un privilège.
Total a aujourd?hui du succès dans des contextes très diversifiés et s?impose comme une référence sur le marché pétrolier local. J?ai eu de la chance. Mes trois ans ont coïncidé avec un certain nombre d?événements historiques pour cette filiale du groupe Total : les célébrations des 50 ans de présence dans le pays, la fusion des activités ELF en 2005, le rachat des actifs d?Esso Mauritius en 2006, les développements importants, notamment dans la logistique de stockage, trois ans d?action au service du pays comme le field test pour valider le schéma d?incorporation de l?éthanol à l?essence, le parrainage par la fondation Total du projet de gestion durable de ressources marines à Tamarin, l?engagement de soutenir l?école d?alphabétisation de Fatima.
Ma première mission au lendemain de la fusion avec ELF était celle de mettre en commun les ressources humaines des deux entités pour en faire une équipe homogène et motivée avec un fort esprit d?appartenance à Total. Quelques mois après, nous avons racheté Esso Mauritius. Il s?agissait là d?une opération importante et délicate.
Les pouvoirs publics ont très bien compris l?urgence d?aller vite dans le processus d?amalgamation en jouant pleinement leur rôle. Nous avons su créer, avec le soutien du groupe et de nos actionnaires mauriciens, un partenariat avec votre pays. Total croit en le potentiel de développement de Maurice. C?est pour cela, qu?à la différence de nos concurrents directs, nous investissons massivement. Sur les cinq dernières années, nos investissements s?élèvent à 1,2 milliard de roupies.
● <B> Avec la baisse du prix du baril de pétrole, sur le marché mondial, vos prévisions avec le prochain «Automatic Pricing Mechanism» (APM) ? </B>
L?APM a été conçu afin de ne pas être déconnecté face à ce qui se passe sur le marché international. C?est une formule arithmétique qui intègre le prix des produits pétroliers du trimestre précédent et le taux de change de la roupie. A Maurice comme partout ailleurs, les produits pétroliers fluctuent par rapport au marché international. Nous ne pouvons pas évoluer en marge de ce marché; nous sommes tributaires des prix du marché mondial. Il y a des systèmes où les prix s?adaptent jour par jour, d?autres sont trimestriels, comme l?APM. C?est vrai que le dollar est en train de remonter, mais le prix du pétrole baisse, je crois que toutes les conditions sont remplies pour avoir quelques bonnes surprises au prochain APM.
● <B> Total a contribué au test sur le projet E10 de distribution du carburant éthanol, parlez-nous de son évolution, et du bénéfice pour le consommateur mauricien ? </B>
Trois éléments plaident en faveur de l?incorporation d?un bioéthanol dans l?essence. Il y a d?abord la réduction, même partielle, de la dépendance aux carburants issus du pétrole brut et donc de la facture pétrolière. La reconversion graduelle de la filière sucrière vers l?après-sucre dans un moment très difficile pour ce secteur doit aussi être considérée de même que la réduction des gaz à effet de serre. Maurice dépendant à 100 % de ses importations de produits pétroliers pour ses besoins d?énergie et ayant une économie qui mise sur le tourisme doit par conséquent protéger son environnement. Du coup, l?E10 (une essence avec incorporation de 10 % d?éthanol) a son importance.
● <B> Que souhaiteriez-vous voir s?améliorer dans le marché pétrolier à Maurice ? </B>
J?ai quelques préoccupations au sujet du prix du gaz domestique subventionné. La subvention, qui est en soi une initiative louable, donne malheureusement lieu à des dérives car, avec la flambée de prix du pétrole, l?écart entre prix internationaux et prix subventionnés est devenu trop important. Ces dérives peuvent avoir des conséquences sur la sécurité des populations. Le gaz en bonbonne, pour son prix relativement bas, est transvasé dans des réservoirs de GPL carburant. C?est une opération illégale et très dangereuse. A mon avis, il faut veiller à ce que les subventions aillent uniquement à ceux à qui elles sont destinées. Ce n?est pas le cas aujourd?hui.
Le second point concerne la marge de profitabilité. A Maurice, l?environnement est difficile. Les marges sont faibles. Il y a une meilleure compréhension du monde pétrolier et je pense qu?il y a une volonté des autorités à faire évoluer les choses. Mais les retours ne sont malheureusement pas encore à la hauteur des engagements financiers. Ceci est plus vrai pour Total que pour certains de nos concurrents qui ne sont plus dans une logique d?investissement.
● <B> La «Total Maurice» du futur ? </B>
Aujourd?hui, la filiale dispose d?outils logistiques, d?une capacité financière, du support du groupe Total et des actionnaires locaux. Elle a tout pour bien faire. Mais le premier atout de la Total Maurice du futur, le meilleur héritage que je laisse à François de Charnacé, mon successeur, se trouve au niveau de nos employés ; un environnement dynamique, créatif, multiculturel et solidaire. Avec cette équipe, je suis sûr que Total sera en mesure de faire face aux défis des années à venir. Nous sommes devenus et resterons la référence à Maurice.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Fidèle HONVOU</B>
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