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Les misères des petits planteurs
SUDESH MOLOYE, PLANTEUR DE POMMES DE TERRE
L?aube se lève à peine en ce matin de septembre. Et déjà, Sudesh Moloye s?affaire avec quelques laboureurs dans sa plantation de pommes de terre à La Marie. Une culture de tubercules sur un arpent. La récolte est annoncée pour la mi-décembre. Et pourtant, Sudesh Moloye affiche une mine préoccupée. Voici les raisons pour lesquelles il s?inquiète.
Des semences à varier
L?une des principales préoccupations de Sudesh, c?est la « qualité » des semences de pommes de terre qu?il s?est procurées auprès de l?Agricultural Marketing Board (AMB) et qui risquent d?affecter, de manière néfaste, sa production. Et pourtant, il a cassé sa tirelire et investi quelque Rs 110 000 pour l?achat de ces germes (pour une superficie d?un arpent). « Dommage que les variétés auxquelles on a droit sont de mauvaise qualité. Ce sont au fait des embryons qui, à force d?être replantés, ont perdu de leur efficacité et de leur rendement. Dans le jargon, on appelle ça des semences de troisième génération », déplore Sudesh Moloye.
Ainsi, cette variété de qualité inférieure rapporte quatre à six fois moins que celles de la première génération. « Malgré les nombreuses recherches sur les semences de pommes de terre effectuées à Maurice, les résultats n?ont pas eu les effets escomptés », regrette Sudesh Moloye. Pour l?heure, son seul répit c?est qu?avec la libéralisation des importations de semences qui entrera en vigueur en 2009, il pourra les importer de l?étranger à des prix plus compétitifs.
Risques climatiques et assurances inadéquates
L?autre souci qui taraude le petit planteur concerne les intempéries et l?absence d?une assurance adéquate offerte par le Small Planters Welfare Fund (SPWF). Risques de grosses pluies, de basses pressions qui triturent les plantes, périodes de grand ensoleillement, etc. sont nuisibles aux plantations.
« Hélas, l?assurance qui couvre les petits planteurs prend effet seulement un mois après la germination de nos plantes. Entre-temps, s?il y a une calamité, c?est nous qui en faisons les frais », soutient Sudesh. Pire, l?assurance ne couvre pas les ravages qui peuvent être causés par les maladies agricoles qui sont plutôt fréquentes. L?année dernière, la production de Sudesh avait été affectée par une épidémie de late blight ? des poux qui affectent les champs ? et il a encouru des pertes. Dans les milieux des petits planteurs, on raconte aussi que depuis les dernières grosses pluies, il y a encore des agriculteurs qui attendent d?être remboursés par leur service d?assurances.
Coûts de production élevés et spirale de l?endettement
Les coûts des intrants qui vont en s?accroissant ont fini par avoir raison du moral des petits planteurs. Fertilisants, main-d??uvre, pesticides et autres engrais, carburants? les prix de ces intrants ont pris l?ascenseur et Sudesh Moloye n?est nullement épargné par la valse des étiquettes. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, ce n?est pas de sitôt que les prix connaîtront une baisse. Pire, certains collègues de Sudesh Moloye se sont retrouvés coincés dans la spirale de l?endettement. « A chaque fois qu?il y a eu une calamité, les autorités ont offert des aides. Mais à force de bénéficier de prêts, il est devenu difficile de rembourser les banques.
Et la hausse des prix des intrants alourdit l?ardoise de nos dettes », regrette un planteur sous le couvert de l?anonymat.
AJAY BEERSAM CULTIVE DES OIGNONS
Autre planteur, autres problèmes. Ajay Beersam est un petit planteur trentenaire d?oignons dans la région de La Marie. Comme son collègue, Sudesh Moloye, il fait face à des problèmes qui sont autant de handicaps dans son secteur d?activité.
Sous-location des terres : gare à l?arnaque
L?une des difficultés que connaît le secteur est, selon Ajay Beersam, la manière dont les terres agricoles appartenant à l?Etat sont gérées. « L?Etat loue ses terres agricoles Rs 1 000 par an. Hélas, il y a des personnes peu scrupuleuses qui les sous-louent à Rs 15 000 par an à d?honnêtes planteurs », explique-t-on dans le milieu.
« Et faute de contrat, il devient difficile de cultiver sur le long terme car à tout moment, ces personnes peuvent demander à reprendre les terres en question », soutient un planteur.
Manque de main-d??uvre
« Le secteur de la plantation est devenu une activité vieillotte où ne travaillent que des chevaux retraités », lâche Ajay Beersam. Une indication des difficultés que rencontrent les planteurs pour recruter de la main-d??uvre. « L?agriculture est perçue comme une activité difficile, requérant beaucoup d?efforts et les jeunes sont de plus en plus réticents à y entrer », constate Ajay Beersam. C?est pourquoi il faut moderniser ce secteur et la bonne recette se trouve dans la mécanisation. « À l?étranger, deux tracteurs et deux planteurs suffisent pour planter des centaines d?hectares. C?est la mécanisation qui est l?avenir de l?agriculture », lâche-t-il. Et Ajay Beersam ne peut s?empêcher de prendre l?exemple des agriculteurs réunionnais.
« Là-bas, les planteurs disposent des facilités pour des machines légères adaptées à la superficie de leur terrain. Or, à Maurice, il reste à introduire la technologie afin de pallier le manque de main-d??uvre », explique-t-il.
Regroupement et stockage : une nécessité !
Ajay Beersam voudrait contribuer à la lutte contre l?insécurité alimentaire.
« Les régions du plateau central se proposent d?être le grenier de Maurice pour la fourniture des oignons », constate-t-il. Mais la principale faiblesse demeure que le surplus de production d?oignons n?est pas conservé. Idem pour la carotte où il y a surproduction en hiver et sous-production en été. « L?année dernière les oignons conservés à l?AMB ont tous été abîmés faute de ventilation. Alors que nous parlons de sécurité alimentaire et d?autosuffisance, il faut qu?on soit capable de conserver nos productions sur une période d?au moins trois mois. Et pour ce faire, il faut que les petits planteurs puissent regrouper leur production et disposer des infrastructures de conservation », déclare Ajay Beersam. Avis que partage Vikash Doongoor, planteur de carottes, qui souhaiterait des facilités pour que les petits planteurs puissent entrer dans le secteur de la transformation des légumes.
IMPORTATION :
Alléger la facture?
La facture d?importation des produits alimentaires est de l?ordre de Rs 21 milliards. Sur la consommation annuelle de 25 000 tonnes de pommes de terre, le pays en importe 11 000 soit 46 %.
Seul un tiers de nos consommations en oignons est produit localement et le reste, qui est importé, a coûté quelque Rs 168 millions en 2007. Et pourtant, la production locale de la pomme de terre et des oignons peut augmenter et ainsi contribuer à diminuer la facture d?importation. Un comité a été institué pour gérer un Food Security Fund d?un montant d?un milliard de roupies pour assurer une mobilisation des ressources, la production de surplus pour l?exportation et la promotion de campagnes de sensibilisation à une alimentation saine.
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