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Une éminente référence : Les meubles Laval

12 septembre 2008, 00:00

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Au début de septembre 1983, Roland Tsang Kwai Kew tient à présenter, aux lecteurs de l?express, quelqu?un qui demeure, un quart de siècle après, une référence en matière d?ébénisterie et d?ameublement. Il s?agit de M. Laval Koo Seen Lin, l?heureux propriétaire de l?entreprise Meubles Laval Ltée. Mais le terme «propriétaire» est loin de dire, avec toute l?exactitude et la précision voulues, qu?il est, en fait, non seulement la cheville ouvrière mais encore l?âme de cet établissement industriel, faisant honneur au savoir-faire mauricien. Nous pouvons même aller plus loin, en soutenant qu?il aurait manqué quelque chose d?important à ce que d?éminents experts étrangers ont surnommé «le miracle mauricien» s?il n?y avait pas eu les meubles Laval, pour justement accommoder et encadrer toute cette ingéniosité mauricienne, suscitant admiration et envie, ici et là, à l?étranger, tant du côté des pays industrialisés que des organismes internationaux et onusiens, pour ne rien dire des pays en développement, voulant émuler notre île Maurice.

Le miracle chez Laval Koo Seen Lin c?est qu?il n?y a pas de changement intérieur entre le jeune apprenti, en début de carrière, apprenant à raboter à l?ombre d?un arbre maigrichon, et le chef d?entreprise, fournissant, en 1983, du travail quotidien à une soixantaine d?ébénistes, de menuisiers, de vernisseurs, de rotineurs, qualifiés et expérimentés, et s?assurant que leur travail demeure toujours à la hauteur de ce qu?il attend de chacun de ses employés.

Les choses changent donc du tout au tout mais Laval Koo Seen Lin reste le même, humainement parlant. Il demeure toujours l?humble tâcheron, demandant à ses mains le pain quotidien pour lui, pour les siens, pour ses employés et leur famille. Sexagénaire, en 1983, il compte quatre décennies, sinon un demi-siècle, de travail manuel au service de l?ameublement local. C?est dire qu?il connaît toutes les ficelles du métier et du secteur. Il dirige, en 1983, une entreprise installée dans un local de 24 000 pieds carrés, à Baie du Tombeau. Son usine est en mesure de se doter des équipements les plus sophistiqués et les plus performants, si cela s?avère nécessaire pour améliorer la productivité de son personnel. Il n?oublie pas pour autant le modeste atelier de la rue Magon où il fait son apprentissage, comme il n?oublie pas ses séances initiales de rabotage. De même, sa gratitude va toujours à ses premiers mentors, ainsi qu?à ceux ayant marqué de leur empreinte l?histoire mauricienne de l?ameublement.

Selon Laval Koo Seen Lin, l?industrie de l?ameublement satisfait largement la demande locale, dès le début du 20e siècle. Il faut cependant savoir que, pendant la seconde moitié du 19e siècle, les plus gros propriétaires sucriers peuvent vivre, comme de véritables nababs, pendant les années de vaches grasses, s?offrir des séjours semestriels en Europe et revenir à Maurice avec des meubles primés et même médaillés, lors des expositions universelles les plus courues. Ils ne sont pas moins surpris de constater que nos meilleurs ébénistes peuvent s?inspirer et même reproduire à l?identique ces meubles, ayant récolté des médailles d?or à Crystal Palace, à Londres ou au Trocadéro à Paris.

Maurice peut alors importer les meilleurs bois disponibles et ne s?en prive pas. La Malaisie, l?Indonésie, la Birmanie sont proches et leurs bois abordables. Il suffit de vérifier les avis de mutations immobilières, dans la presse, pour constater que les établissements sucriers changent fréquemment de mains et que leurs bâtiments industriels comportent souvent des poutres d?une trentaine de pieds de long et mesurant jusqu?à douze pouces d?épaisseur. Sans oublier les essences indigènes. Les grands propriétaires terriens ont le loisir de faire couper sur leurs immenses propriétés des pièces de bois d?une hauteur impressionnante. Elles sècheront pendant des années, dans des conditions idéales, avant d?être transformées en poutres, en charpente, mais aussi en meubles d?une rare beauté. Cette belle époque prend fin, en quelque sorte, avec la guerre de 1939-45.

Laval Koo Seen Lin conserve un souvenir ému d?Abdool Satar Jackaria, un des pionniers de la mécanisation de l?industrie de l?ameublement à Maurice. Grâce à son exemple, nombre d?ébénistes et de menuisiers, travaillant à leur compte, s?équipent en appareils, leur permettant de gagner du temps et d?améliorer leur productivité. A partir de 1970, grâce à l?aide technologique et financière de l?ONUDI et du PNUD, des chefs d?entreprise, spécialisée dans l?ameublement, sont en mesure de parfaire leurs connaissances et expérience, en participant à des stages de formation et autres séminaires en Europe, principalement en Allemagne fédérale. C?est en 1976, que Laval Koo Seen Lin se sent capable de passer du modeste atelier de la rue Magon à la vaste usine de Baie du Tombeau. En 1983, il ne peut que confier à Roland Tsang Kwai Kew qu?il entrevoit le plus bel avenir qui soit pour l?ameublement à Maurice. Un avenir en mahogany. A défaut d?ébène...

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