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Rec

12 septembre 2008, 00:00

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«Rec» pour «Record / Enregistrer». Il y a à peu près une dizaine d?années, certains annonçaient que pratiquement n?importe qui aurait les moyens de réaliser un long métrage, grâce à l?arrivée de la caméra vidéo digitale compacte. Il ne resterait plus alors à tout un chacun qu?à en avoir le talent et à en développer la maîtrise technique; ce qui même de nos jours, reste encore une autre paire de manches, évidemment. Propos qui ne tardèrent pas à être vérifiés peu de temps après avec la sortie de The Blair Witch Project, film d?horreur tourné en caméra DV et aussi film phénomène, notamment à cause de son côté «sur le vif», mais qui hélas n?arriva jamais sur nos écrans. Même chose également pour le tout récent Cloverfield, film catastrophe tourné selon ce format.

Pour la plupart des cinéphiles d?ici et les amateurs de grosses frayeurs, Rec, film d?horreur espagnol signé Jaume Balaguerò et Paco Plaza, sera donc une première occasion d?aller constater de visu l?efficacité de ce genre de cinéma. Le récit s?inspire de Resident Evil (le jeu vidéo) ainsi que de l?univers de George Romero, mais cette fois l?action reste confinée à l?espace d?un immeuble en plein Barcelone. Pas de héros ou d?héroïne expert(e) en armes, explosifs ou arts martiaux : juste une journaliste (Manuela Velasco) et son caméraman qui, au départ, effectuent un reportage chez les pompiers pour une télé de proximité. Pas de soldats : juste deux pompiers, deux policiers et des gens ordinaires qui sont aussi typés que l?inspecteur Derrick. Pas d?explosions non plus, ni de combats spectaculaires à grands coups d?effets numériques, ni de musique disco tonitruante : juste une toute petite caméra digitale vidéo, ordinaire, qui filme le cauchemar.

D?une certaine façon, nous sommes assez proches dans l?esprit du fameux Dogme 95 de Lars Von Trier. Sauf qu?à l?époque (1995), la caméra DV était encore inconnue. Comme chacun le sait, l?appareil (ou le jouet) est utilisable dans pratiquement toutes les circonstances. Son seul inconvénient étant que son objectif ne couvre qu?un tout petit espace, ne permettant pas une vue d?ensemble à l?écran. C?est la raison pour laquelle bien peu de réalisateurs l?utilisent. Mais cet inconvénient disparaît dès qu?il s?agit de filmer seulement deux ou trois personnes dans un espace restreint et peut même se transformer en avantage, lorsqu?il s?agit d?entretenir le mystère sur ce qui se passe en dehors du champ de la caméra.

Ce qui convient parfaitement à un film d?horreur. Plans serrés, éclairages crûs, mouvements désordonnés de la caméra, coupures intempestives (voulues), etc : Rec a un côté «c?est arrivé près de chez vous» qui le rend réellement effrayant. Les auteurs parviennent à transformer les clichés les plus usés du film d?horreur en véritables poussées d?adrénaline et cela non pas malgré, mais justement grâce au peu de moyens dont ils disposent : à savoir une caméra, une poignée d?acteurs compétents et rien de plus, sinon leur talent de scénaristes. Au début aussi irritant que ces pseudo-documentaires diffusés sur les chaînes satellites, le film installe progressivement le mystère, puis l?angoisse et enfin la panique. Et, partagés entre l?horreur sous nos yeux et l?angoisse hors-champ, nous retiendrons que le véritable héros de l?histoire est en fait celui qui continue de filmer quoi qu?il arrive. Comme dans la vraie vie, il reste un héros sans nom.

Il paraît qu?un remake américain de Rec serait déjà en tournage. Sachant ce que valent généralement les remakes américains, nous avons pour une fois l?occasion de voir une version originale qui est un excellent petit film.

<B>G.N.</B>

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