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Tourisme : sécuriser pour viabiliser
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Tourisme : sécuriser pour viabiliser
Le bleu turquoise du lagon de Péreybère s?étend devant eux. Eux, ce sont 11 touristes indiens qui décident, le matin du 28 août, de prendre un bateau pour faire une marche sous l?eau. L?esquif chavire. Les 11 touristes se retrouvent en difficulté. Heureusement, une embarcation, avec à son bord un touriste australien, Karl Secondis, se porte à leur secours. Les éléments de la National Coast Guard (NGC) viennent à leur tour. Ce fait divers a précipité la décision de la Tourism Authority d?imposer des normes plus strictes aux opérateurs de bateaux de plaisance. Les normes, en termes de capacité maximale, seront clairement notées.
Pour que les normes soient respectées, il faut que les skippers soient formés. C?est ce que fait la Tourism Authority. Les formations durent quatre jours et sont assurées par des capitaines de la structure. «Un examen pratique sanctionne la formation. On insiste sur différents aspects, bien entendu la navigation, le code de la mer, les équipements et la sécurité», explique le capitaine José Latour. C?est du haut de ses 40 ans d?expérience qu?il enseigne les bases aux aspirants skippers. Avec son franc-parler, il concède que ces aspirants «ont, déjà, pour la plupart appris à naviguer dans le lagon avec des amis».
Poursuivant le propos du capitaine Latour, Robert Pallamy, directeur de la Tourismn Authority, plus posément, précise: «De toute façon, la formation est obligatoire pour l?obtention d?une licence à but commercial.» Ce sont aussi des habitudes que les formateurs inculquent à leurs stagiaires. Par exemple, «pour la sécurité, il s?agit surtout des équipements et de la discipline. Des skippers pensent alors qu?ils ne doivent pas le faire pendant leur temps de travail, ce qui me semble normal ! Aussi, je leur conseille de laisser un plan de voyage avec une personne restée sur terre pour répondre à toute éventualité. Il faut respecter scrupuleusement le nombre maximal de passagers que l?embarcation peut contenir et communiquer aussi le nombre de personnes montées à bord. En plus de tout cela, il faut bien entendu savoir utiliser la radio, sortir une personne de l?eau, être en possession du matériel de base ,c?est-à-dire les équipements essentiels sans lesquels on ne peut pas travailler en toute sécurité», développe, volubile, le capitaine Latour.
Il s?agit des bases du métier de skipper. Mais qu?en est-il du sauvetage d?une personne tombée à l?eau ? «Pour le moment, on n?a pas de formation pour les premiers secours mais c?est un item qui sera introduit de manière obligatoire, très bientôt, dans les formations. Ces cours seront assurés par la Croix Rouge car on ne peut faire l?économie de spécialistes pour former au mieux les skippers», informe Robert Pallamy sous l??il approbateur du capitaine Latour.
Quoi qu?il en soit, le processus pour l?obtention d?une licence de navigation de plaisance, surtout à titre commercial, n?est pas si aisé. Cette réalité ne vise nullement à décourager de potentiels investisseurs, gros ou petits, dans le secteur. Il s?agit simplement d?assurer une sécurité maximale dans le lagon ainsi que la viabilité de ce segment de marché. «Avant de donner une licence pour un bateau à but commercial, il faut demander une lettter of intent qui est ensuite examinée par un comité qui décide d?accorder ou non la licence. Si quelqu?un nous demande une licence d?opération pour Trou-d?Eau-Douce, il est presque sûr d?essuyer un refus, compte tenu du nombre déjà très important d?opérateurs dans la zone. Il y a une politique ministérielle qui va dans ce sens. L?achat du bateau n?est possible que s?il obtient notre accord», fait ressortir Robert Pallamy.
<B>La formation : un passage obligé</B>
Cependant, l?achat du bateau ne suffit pas. On l?a vu : la formation est un passage obligé. Mais concernant l?embarcation elle-même, une expertise est faite par les éléments de la Tourism Authority. Le directeur de l?instance détaille : «Les capitaines font une expertise pour déterminer le nombre maximum de passagers alloué. Ce nombre est communiqué aux autorités. Le calcul répond à des normes ISO internationales. La plupart du temps, on révise à la baisse et drastiquement les chiffres avancés par les opérateurs eux-mêmes car par exemple, les constructeurs qui vendent des bateaux de 50 places ne pourront pas, selon l?expertise de nos capitaines, accueillir plus de 35 personnes».
De fait, de nombreuses plaintes et autres contestations remontent. Il est évident que les propriétaires de bateaux enregistrent un manque à gagner si leur quota de passagers passe de 45 à 30 personnes, par exemple. Dans le même sens, si une personne achète un bateau neuf disposant de 50 places alors que les experts de la Tourism Authority n?en identifient que 35, c?est le retour sur investissement qui sera donc plus long. Les velléités ont une coloration financière évidente.
Auparavant, cette évaluation du nombre de places était faite par la Mauritius Port Authority. Or, ce ne sont pas les mêmes méthodes de calcul qui sont utilisées. «Mais une fois que cette prérogative nous a été dévolue, l?évaluation du nombre de personnes a toujours été revue à la baisse. Tous les deux ans, une évaluation est à nouveau faite. Nous sommes intransigeants malgré les contestations. L?aspect sécuritaire est primordial», souligne Robert Pallamy.
Toutefois, il semblerait que cette mesure ne soit pas toujours respectée puisque «le bateau qui a chaviré, à Péreybère, ne pouvait contenir que huit passagers alors qu?il y en avait 11!», déplore le directeur de la Tourism Authority. D?où l?intransigeance et les contrôles. Le suivi des mesures est impératif pour qu?elles soient respectées. «La loi nous autorise à nous doter d?un monitoring unit. Un capitaine peut faire des contrôles surprise sur le terrain avec les éléments de la NCG qui peuvent, en collaboration avec un de nos capitaines, dresser une contravention».
«La Tourism Authority travaille en étroite collaboration avec la Police du tourisme qui peut, le cas échéant, transmettre le problème à la NCG.» Cette collaboration est primordiale pour assurer la sécurité des baigneurs et autres personnes profitant des activités nautiques. La formation est une première étape de sensibilisation pour que la sécurité soit assurée. On ne peut donc faire l?économie d?un suivi des actions. Ni de mesures contraignantes à l?égard des contrevenants.
Le lagon est devenu une zone disputée par les opérateurs nautiques. Les mesures adoptées pour assurer la sécurité ne font pas toujours l?unanimité même s?il ne s?agit que de faire preuve de bon sens. C?est que l?argument commercial et économique a la dent dure. Chaque opérateur veut son bout de lagon comme il veut sa part du «gâteau touristique». Mais pour que ce gâteau profite au plus grand nombre, il faut assurer sa durabilité. Autrement dit, la sécurité.
<B>Exit le nomadisme</B>
■ Il a été noté que certains opérateurs stationnés à un endroit précis ont tendance à aller chercher des clients sur d?autres sites. Or, cela développe une concurrence extérieure et peut importuner les touristes et les Mauriciens qui profitent de la plage. C?est pourquoi la «Tourism Authority» insiste pour que le propriétaire d?un bateau reste bien basé à son site d?attache au lieu de pratiquer un genre de nomadisme en quête de clients. C?est un fait que des zones sont déjà très fréquentées et que le nombre d?opérateurs a atteint une limite. Comme à Trou-d?Eau-Douce, Rivière-Noire ou Grand-Baie. Pour ces zones, peu ou pas de permis sont actuellement délivrés mais les contrôles sont plus fréquents contre ceux qui viendraient d?un autre endroit à la recherche de clients.
Immatriculation</B>
■ L?une des prochaines mesures, qui seront adoptées, concerne l?immatriculation des bateaux de plaisance. A l?heure actuelle, ces immatriculations donnent des informations sur la taille de l?embarcation mais aussi sur la tolérance d?accueil. Pour le capitaine Latour, cette immatriculation permet d?identifier rapidement un contrevenant qui aurait trop de personnes à bord. Il reconnaît cependant que seuls les initiés peuvent comprendre les informations que comporte le code d?immatriculation. C?est pourquoi la «Tourism Authority» souhaite rendre obligatoire la présence d?une plaque visible à bord de chaque embarcation stipulant la zone de mouillage et d?opération, ainsi que le nombre maximal de personnes autorisées à monter à bord. Actuellement l?immatriculation établit la taille du bateau (AX ou AY par exemple), le type d?activité (PC pour «Pleasure Craft» à but commercial ou PPC pour «Private Pleasure Craft») et le numéro de licence. A présent, les initiales OL («Outer Lagoon») ou IL («Inner Lagoon) tendent à remplacer les initiales AX ou AY.
Restrictions</B>
■ Les lagons sont des zones de plus en plus fréquentées. De fait, pour assurer la sécurité de tous, du baigneur au plaisancier, il est nécessaire de découper le lagon en fonction des activités pratiquées. Dans certaines zones, la vitesse des embarcations ne peut dépasser les cinq n?uds. De fait, cette limitation est contraignante pour les opérateurs de ski nautique. Cette décision a suscité le mécontentement de certains opérateurs, notamment dans la région du Morne où ils sont obligés de pratiquer leur activité vers l?île-aux-Bénitiers, c?est-à-dire loin des zones où la clientèle est présente. Des zones de baignade ont également été délimitées, comme à Péreybère ou Flic-en-Flac. Le Capitaine Latour assure que les opérateurs de Flic-en-Flac respectent bien les limitations et les zones de baignades. Enfin, le ski nautique reste interdit et «aucun changement ne se profile à l?horizon à ce sujet», estime Robert Pallamy.
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