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ABAIM : SOS patrimoine musical
Que faire quand souffle le vent ? Qu?il vous empêche d?enregistrer votre prochain album en plein air. Dimanche dernier d?abord. Et ensuite mercredi. ABAIM actuellement en période d?enregistrement a trouvé refuge à l?église de Cassis.
«C?était déjà prévu», précise Marousia Bouvéry d?ABAIM. «C?est pour avoir une couleur plus douce.» En attendant que les couleurs du ciel s?éclaircissent.
Le prochain album d?ABAIM n?a pas encore de titre. C?est trop tôt. C?est surtout difficile de trouver un consensus. Même si comme elle explique, «Nous avons fait comme un petit sondage mais il n?y avait pas de fiches pareilles au niveau des préférences. Bizin dir ki tou bann sante la zoli. Kitfoi li pa pou tit enn sante, me enn lot zafer.»
Trente-deux morceaux de texte
Quel en sera le contenu ? Pas moins de 32 morceaux de textes restitués par une trentaine de chanteurs âgés entre 11 et 46 ans ainsi qu?une dizaine de musiciens. Des textes classés par thème : la joie ou la douleur d?une mère, la nature, les road songs ? «Cela montre la profondeur du patrimoine immatériel et c?est un défi énorme», soupire Marousia Bouvéry. Travail de classification assorti d?une «analyse littéraire et pédagogique», pour sortir du simple registre nostalgique et en faire un héritage que l?on peut transmettre. «C?est pour apprendre des choses, pas seulement se souvenir.» Si tout va bien, l?album devrait sortir pour Noël. Mais cela dépend des finances d?ABAIM, qui, selon Marousia Bouvéry, sont dans une passe difficile. «Nous avons besoin de Rs 600 000 à Rs 700 000.» Si Medine Horizons finance le voyage d?un ingénieur du son belge, le reste est encore à trouver.
Une initiative qui s?inscrit dans la philosophie du travail de collecte et de préservation du patrimoine musical. «Cela se fait au quotidien depuis quinze ans. Li vini ler nou ekout dimoun koze. Nos sens sont toujours en éveil», raconte Marousia Bouvéry. «C?était déjà là dans les premiers albums», dit-elle en citant La boutik an tol où, «c?est juste la musique qui a été retravaillée par ABAIM».
Un choix qui a pris de l?ampleur avec l?album 16 ti morso nou lanfans et qui s?exprime aussi dans le choix des instruments. ABAIM préférant utiliser la ravanne comme percussion pour la base rythmique. «C?est un choix délibéré pour montrer qu?à la base de notre travail il y a un instrument qui fait lui-même partie du patrimoine, c?est-à-dire la ravanne.»
Un instrument qui a touché l?ingénieur belge Philippe de Magnée, qui collabore avec ABAIM sur ce nouvel album. «Filou» pour la joyeuse équipe de Beau-Bassin, l?ingénieur du son a déjà une solide expérience de la musique locale. Avant ABAIM, il a travaillé sur Krapo Kriyé du Grup Lataniers ou Fler raket de Bam Cuttayen. «Il était là à la naissance de la musique locale», nous assure Marousia Bouvéry. Plus récemment il a aussi enregistré Charlesia Alexis et Fanfan, c?est là que les responsables d?ABAIM font sa connaissance.
Pourquoi s?associer à Philippe de Magnée ? Pas besoin de réfléchir. Marousia Bouvéry a un exemple tout prêt. Celui du «simbalet» ce «sink sou ki lontan ti mete dan ravann». Si les ingénieurs du son en général demandent de l?enlever pour les enregistrements en studio à cause des dissonances qu?il crée, «Filou» lui ne s?en formalise pas. «Il a compris notre quête de naturel, cela nous a plu.»
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