Publicité
Ségolène Royal à quitte ou double
Pendant deux jours et demi, lors de leur université d?été de La Rochelle, les socialistes se rappellent qu?ils sont européens. Ils reçoivent les cousins allemands, italiens ou espagnols, mais pas les Britanniques, ces malotrus qui osent être au pouvoir depuis onze ans. Ils critiquent, aussi, la politique de Nicolas Sarkozy, ce que ce dernier a fait en sorte de leur rendre plus difficile en sauvant le revenu de solidarité active (RSA) et en le faisant payer par les riches, comme aurait dit Georges Marchais (1920-1997).
Mais, à l?approche de leur congrès de novembre, l?attention se porte plutôt sur la succession de François Hollande, alors qu?il va quitter le poste de premier secrétaire. Qui va devenir le principal dirigeant de l?opposition au président de la République et à la majorité en place ? Cela intéresse les Français dans leur ensemble, pendant que les militants et sympathisants du Parti socialiste (PS) et de la gauche recherchent, en outre, des politiques alternatives à celles menées par la droite.
La critique de la présidence sarkozyenne porte, notamment, sur la personnalisation du pouvoir. C?est au nom du refus de cette personnalisation que les socialistes ont voté contre la réforme des institutions proposée par le chef de l?Etat. En même temps, ils voient bien qu?ils ne peuvent pas se contenter de lui opposer les vertus du collectif. Il leur faut, eux aussi, un chef, pas seulement pour arbitrer leurs débats et diriger leurs batailles électorales à venir, mais aussi pour faire face au président, pour le contester, et donc, potentiellement, pour rivaliser avec lui en 2012.
Parce qu?elle a déjà affronté Nicolas Sarkozy et qu?elle a rassemblé contre lui près de dix-sept millions d?électeurs, Ségolène Royal s?estime la plus légitime pour diriger le PS, comme François Mitterrand, il y a quarante ans, après avoir été l?adversaire de Charles de Gaulle à l?élection présidentielle de 1965. Encore avait-il fallu plusieurs années au député de la Nièvre pour s?imposer aux différents courants qui se rassemblaient alors, laborieusement, dans un nouveau parti. Il y était parvenu parce qu?il était porteur d?une stratégie, l?alliance avec le Parti communiste, dont la majorité des socialistes avaient fini par considérer qu?elle était la seule viable.
La candidate de 2007 n?est porteuse d?aucune stratégie qui la distingue au sein du PS. Elle a pour elle d?avoir rassemblé des électeurs de toute la gauche. Son essor, à partir de 2005, et le mouvement qui l?a portée en tête des primaires socialistes sont des souvenirs auxquels beaucoup restent attachés. Mais ce qu?elle eut l?audace de présenter, au soir du 6 mai 2007, comme une «victoire» fut une sacrée défaite. Les sondages montrent que les initiatives qu?elle a prises, depuis un an, et la manière dont elle a voulu jouer le rôle de première opposante à Nicolas Sarkozy ne convainquent pas les Français en général ni les sympathisants socialistes en particulier.
Face à elle, deux prétendants au poste de premier secrétaire - l?un désormais déclaré, l?autre encore virtuelle - ont une envergure de candidat possible à l?élection présidentielle. Dans cet étrange parti, ce qui devrait être un atout est un handicap. Aussi Bertrand Delanoë jure-t-il, avec une mauvaise foi candide, qu?il n?y songe aucunement. Martine Aubry ne dit rien sur ce sujet, pas plus que sur la fonction de premier secrétaire. Son pari est d?y être portée par élimination, bien qu?elle ait le gabarit «présidentiable» et bien que l?idée de l?avoir pour patronne épouvante, au bas mot, 99 % des socialistes.
Les militants trancheront en votant sur les motions, le moment venu. Mme Royal l?emportera-t-elle de nouveau auprès d?eux et, si oui, de combien ? Pour elle, ce sera quitte ou double.
Patrick Jarreau
© Le Monde 2008
Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents